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    Une étude novatrice sur l’arthrose du genou

    11 avril 2015 | Pierre Vallée - Collaborateur | Santé
    L’Université de Montréal (CRCHUM) entreprend une vaste étude portant sur la prise en charge de l’arthrose du genou et menée auprès de patients atteints de cette maladie et de leurs médecins traitants.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’Université de Montréal (CRCHUM) entreprend une vaste étude portant sur la prise en charge de l’arthrose du genou et menée auprès de patients atteints de cette maladie et de leurs médecins traitants.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Selon l’Alliance de l’arthrite du Canada (AAC), environ 4,4 millions de Canadiens souffrent d’une forme plus ou moins sévère de l’arthrose du genou. De plus, l’AAC estime que les coûts directs et indirects liés à cette maladie s’élèvent à 27 milliards de dollars par année et que, d’ici 2040, si rien n’est fait, le fardeau financier de cette maladie représentera une somme totalisant 1445,5 milliards de dollars.

     

    Des chiffres à faire frémir. C’est du moins l’effet qu’ils ont eu sur Nicola Hagemeister, professeure et chercheure au Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie (LIO) de l’École de technologie supérieure (ÉTS), affilié au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). C’est la raison pour laquelle elle entreprend une vaste étude portant sur la prise en charge de l’arthrose du genou et menée auprès de patients atteints de cette maladie et de leurs médecins traitants.

     

    La pratique courante

     

    Que fait une personne lorsqu’elle a véritablement mal au genou ? Elle se résout à consulter un médecin. « L’omnipraticien va commander une radiographie pour établir le diagnostic, raconte Mme Hagemeister, et il y a ensuite de fortes chances qu’il va recommander le patient à un orthopédiste, qui lui va commander un examen IRM. Si l’arthrose du genou est grave, la seule solution est souvent l’arthroplastie. Mais, dans les cas qui ne nécessitent pas une intervention chirurgicale, l’orthopédiste va retourner le patient chez l’omnipraticien. Ce va-et-vient est cause de frustration pour le patient, mais aussi pour l’omnipraticien, qui dispose de peu d’outils pour prendre en charge l’arthrose du genou, surtout si celle-ci a été diagnostiquée à un stade précoce. »

     

    Une nouvelle approche

     

    Que faire alors ? C’est exactement la question que se sont posée les chercheurs du LIO sous la direction de Jacques A. de Guise. « Il nous est apparu évident qu’une mesure cinématique précise serait utile pour les maladies du genou », explique Mme Hagemeister. Les chercheurs ont donc mis au point une technologie et un dispositif permettant de faire une graphie de la cinématique du genou (GCG).

     

    Il s’agit d’un petit harnais circulaire, muni de capteurs de mouvement optiques et relié à un ordinateur, qu’on fixe autour du genou du patient. Ce dernier, placé sur un tapis roulant, exécute ensuite des pas de marche et les capteurs optiques enregistrent ensuite en 3D les mouvements de l’articulation. « Lorsque votre genou bouge, votre peau bouge aussi, ce qui peut induire des erreurs de lecture. La beauté de cette technologie, c’est que les sites de placement des capteurs ont été choisis pour éviter le mouvement de la peau, ce qui donne une lecture très précise du mouvement de l’articulation, de l’ordre millimétrique. » L’ordinateur traduit ensuite ces données en images 3D sur son écran. « De plus, cette technologie permet de produire automatiquement un rapport qui identifie les déficits biomécaniques reconnaissables, ainsi que les facteurs biomécaniques à risque pour l’arthrose du genou. »

     

    Aujourd’hui, cette technologie de la graphie cinématique du genou développée par le LIO est commercialisée sous le nom de KneeKG par l’entreprise privée Emovi inc., une entreprise québécoise qui a acheté la licence. Certaines cliniques médicales privées québécoises l’utilisent déjà dans le cadre du programme « Mon arthrose, je m’en occupe ». Ce programme, en plus de se servir de la technologie de la graphie cinématique du genou, propose une prise en charge médicale multidisciplinaire qui comprend un programme d’exercice personnalisé, sous la supervision de thérapeutes.

     

    L’étude de Mme Hagemeister

     

    L’étude que mène Mme Hagemeister, avec le concours de ses deux codirectrices, Nathalie Bureau et Manon Choinière, du CRCHUM, tentera de démontrer la validité de la graphie cinématique du genou et de la prise en charge multidisciplinaire de la maladie. Ce sont 2000 patients atteints de l’arthrose du genou, recrutés parmi la clientèle des 75 groupes de médecine familiale (GMF) du Québec, qui participeront, ainsi que leurs médecins traitants, à cette étude d’une durée de quatre ans.

     

    Trois cohortes seront formées. La première passera une GCG au début et à la fin de l’étude, mais sa prise en charge sera celle de la pratique courante. La seconde cohorte passera les mêmes examens, mais la prise en charge sera multidisciplinaire telle que proposée par le programme « Mon arthrose, je m’en occupe ». La troisième cohorte passera les examens GCG, mais il n’y aura pas de prise en charge médicale.

     

    « La troisième cohorte servira uniquement à établir l’efficacité et la précision de la technologie. La première et la deuxième cohortes nous permettront d’identifier les avantages et les désavantages des deux types de prise en charge médicale. Est-ce que la prise en charge multidisciplinaire offre de meilleurs résultats ? Est-ce que le patient souffre moins ? A-t-il besoin de moins de médicaments ? Est-il satisfait de cette nouvelle approche ? Est-ce que le médecin trouve cette technologie utile ? »

     

    Au final, cette étude permettra, selon Mme Hagemeister, de produire « une analyse coûts-bénéfices de cette technologie et de déterminer si son introduction à une plus grande échelle dans le système de santé au Québec est utile ou non. C’est une technologie qu’on peut facilement déployer sur l’ensemble du territoire québécois, mais la véritable question est : doit-on le faire ? Lorsqu’on introduit une nouvelle technologie, surtout dans le milieu des soins de santé, on suppose que cette nouvelle technologie apportera des bénéfices. Ce que notre équipe propose plutôt, c’est de carrément mesurer les bénéfices de cette nouvelle technologie. » D’ailleurs, Mme Hagemeister croit que l’approche qu’elle préconise avec cette étude pourrait devenir un cadre de recherche pour l’introduction de toute nouvelle technologie.













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