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    L’approche directive jouerait contre la vaccination

    11 avril 2015 | Martine Letarte - Collaboratrice | Santé
    L’article publié dans The Lancet en 1998 et faisant le lien entre la vaccination et l’autisme s’est avéré frauduleux.
    Photo: Greg Keller/Idaho Press-Tribune/Associated Press L’article publié dans The Lancet en 1998 et faisant le lien entre la vaccination et l’autisme s’est avéré frauduleux.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    De nombreuses informations plus ou moins fiables et rumeurs sur les vaccins circulent dans les médias sociaux. Cela crée de l’inquiétude chez des parents d’un enfant en âge d’être vacciné. Faut-il s’en inquiéter, alors qu’on voit d’ailleurs plusieurs cas de rougeole dans Lanaudière depuis quelques mois ? D’un point de vue historique, la crainte des vaccins est-elle nouvelle ? Des experts se prononcent.


    Qui n’a pas entendu parler de la possibilité que les nombreux cas d’autisme aujourd’hui soient liés à la vaccination ? Pourtant, cette idée est basée sur une seule étude scientifique, publiée dans The Lancet en 1998, puis déclarée frauduleuse. L’auteur de l’article a été radié de la médecine. Le doute semé, l’information continue toutefois de circuler.

     

    « Les rumeurs se répandent comme une traînée de poudre sur les médias sociaux, souvent par des gens qui se disent spécialistes et qui ne le sont pas, affirme Robert Gagnon, professeur spécialisé en histoire de la médecine, des sciences et de la technologie à l’UQAM. Ils répandent des rumeurs antivaccin ou des faussetés qui confortent leurs préjugés. »

     

    Environ le tiers des parents hésiteraient à faire vacciner leur enfant, affirme Maryse Guay, professeure titulaire au Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke.

     

    « Cette hésitation est un phénomène relativement nouveau, encore peu étudié, mais on sait qu’une bonne proportion des parents hésitants décident finalement de faire vacciner leur enfant », précise-t-elle.

     

    Le taux de vaccination complète chez les enfants québécois âgés de deux ans se situe entre 80 et 85 %.

     

    Il y a toutefois un danger si les parents hésitent trop longtemps ou retardent le moment de la vaccination.

     

    « Ce n’est pas pour rien qu’on demande aux parents de faire vacciner leur enfant très tôt ; les enfants ont besoin d’être protégés à ce moment-là, dit-elle. Par exemple, c’est important que les enfants soient vaccinés contre la coqueluche dès l’âge de deux mois, sinon on met la santé de l’enfant en jeu, parce que la mère ne transmet pratiquement aucun anticorps contre cette maladie. »

     

    Autre temps, autres réalités

     

    Le mouvement antivaccin n’est pas nouveau, toutefois. Le premier vaccin a été mis au point en 1796 par Edward Jenner.

     

    « C’était un vaccin contre la variole, et on a commencé à le donner au XIXe siècle un peu partout, notamment au Canada », raconte Robert Gagnon.

     

    Rapidement, des médecins se sont opposés aux vaccins. La Ligue universelle des antivaccinateurs, fondée en Belgique, était très active et tenait des congrès internationaux.

     

    « Les vaccins de l’époque n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui, explique Robert Gagnon. On ne connaissait pas les microbes et on faisait des vaccins sans méthodes antiseptiques. On pouvait transmettre toutes sortes de maladies par les vaccins. »

     

    La vaccination obligatoire a causé de violentes contestations lors de l’épidémie de variole survenue à Montréal en 1885, raconte l’historien, qui est membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie.

     

    « Il y a eu des émeutes, précise-t-il. Les journaux anglophones qualifiaient les Canadiens français de gens ignorants et insalubres. La population était divisée. Il y avait des raisons idéologiques, mais aussi un contexte économique. Il fallait obligatoirement déclarer les personnes infectées dans la population et on sortait leurs biens de leur maison pour les brûler. Or les Canadiens français étaient plus pauvres que les Canadiens anglais. »

     

    Différentes raisons

     

    Aujourd’hui, si certains parents ne sentent pas l’urgence de faire vacciner leur enfant, c’est probablement en partie parce que la vaccination est un succès.

     

    « La population et les professionnels de la santé ici ne voient plus plusieurs des maladies contre lesquelles on vaccine, explique Maryse Guay, qui fait partie du Comité sur l’immunisation du Québec. On a vu récemment plusieurs cas de rougeole dans Lanaudière, mais, à part cette épidémie qui a éclos dans un groupe qui refuse la vaccination pour des raisons religieuses, on n’en voit presque plus. La polio a pratiquement été éliminée des Amériques. Mais on peut tout de même être exposé à des cas ; on ne peut pas toujours être dans sa bulle. »

     

    D’autres parents ont peur d’une conspiration de l’industrie pharmaceutique ou encore craignent d’être contaminés.

     

    « Des erreurs ont laissé des traces dans la population, comme la production d’un mauvais lot de vaccins BCG contre la tuberculose en 1929, qui a rendu des gens malades », raconte M. Gagnon.

     

    Il n’y a pas de profil typique non plus des parents qui hésitent à faire vacciner leurs enfants.

     

    « On sait, par contre, que les gens les moins vaccinés ont un statut socioéconomique plus faible, mais ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont plus hésitants, indique Mme Guay. Ils ont plus de barrières, de la difficulté à prendre des rendez-vous, etc. Certaines études qualitatives ont montré, toutefois, un profil de parents hésitants plus axés sur la nature, qui ne veulent pas faire entrer de produits chimiques dans le corps de leur enfant, et certains parmi eux sont relativement éduqués. Mais il n’y a pas d’études qui montrent que plus un parent est éduqué, plus il est hésitant. En fait, il n’y a pas vraiment eu d’études approfondies sur le phénomène d’hésitation au Québec et au Canada. »

     

    Stratégies à développer

     

    Il n’y a pas non plus de stratégies développées pour sensibiliser les parents hésitants à faire vacciner leur enfant.

     

    « On demande aux gens d’être à l’écoute des hésitants et d’éviter l’approche très directive, puisqu’elle joue souvent en défaveur de la vaccination, explique Mme Guay. Il faut tenter de comprendre la position de ces hésitants et essayer de les amener à comprendre que, avec les vaccins, on veut seulement assurer la santé de leur enfant. »

     

    Le défi, toutefois, est de bien faire comprendre la question des probabilités.

     

    « Les probabilités d’avoir une protection versus un malaise après un vaccin ne sont pas comparables, affirme Mme Guay. Mais bien des gens comprennent mal le concept ; s’ils le comprenaient bien, ils arrêteraient d’acheter des billets de loterie et Loto-Québec ne ferait plus d’argent ! »

     

    « Je suis convaincu, par contre, que si le Québec vivait une épidémie sérieuse ici, qu’on voyait des gens mourir comme on en a vu en Afrique avec Ebola et qu’un vaccin pourrait permettre de s’en sortir, tous iraient se faire vacciner », croit Robert Gagnon.













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