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Santé - L'interféron serait bénéfique aux victimes du SRAS

Isabelle Paré   23 décembre 2003  Santé
En cas de future épidémie, l'interféron devrait constituer un traitement de premier choix pour les patients infectés par le SRAS, affirment des chercheurs canadiens dans une des rares études faites sur le traitement de ce syndrome que publie aujourd'hui le Journal of the American Medical Association (JAMA).

L'équipe de chercheurs dirigée par le Dr Eleanor Fish, professeur d'immunologie à l'université de Toronto et chercheur principal au Centre de recherche du Toronto General Hospital, conclut en effet qu'un traitement combiné à l'interféron et aux corticostéroïdes se révèle probablement plus efficace que les traitements aux anti-inflammatoires seuls, auxquels ont eu recours la plupart des hôpitaux du monde dans la foulée de l'épidémie survenue l'hiver dernier.

Ces premiers constats, tirés des observations cliniques faites sur deux groupes de treize et neuf patients admis au North York Hospital entre le 11 avril et le 22 mai derniers, au plus fort de l'épidémie de SRAS qui a frappé Toronto, mettent même en doute l'efficacité véritable du traitement unique aux anti-inflammatoires qui a été utilisé sur des centaines de patients gravement atteints par le SRAS.

«Bien que le recours aux stéroïdes à des niveaux bas ou élevés ne semble pas causer de complications sévères chez les patients infectés par le SRAS, il semble peu certain que l'évolution de la maladie et sa guérison soient affectées par ces médicaments», soutient cette étude.

Jointe à Toronto, le Dr Fish a soutenu que cette première étude a permis de jauger pour la première fois la valeur des traitements offerts de façon exploratoire aux patients pendant la crise du SRAS. Ces traitements étaient ajustés au jour le jour compte tenu du peu de connaissances qu'avait le monde médical de ce nouvel ennemi microscopique.

«Au début, les médecins ont prescrit des corticostéroïdes en raison de l'inflammation pulmonaire provoquée par le virus. Mais d'une perspective scientifique, j'étais préoccupée par ce traitement parce qu'on sait que les stéroïdes suppriment le système immunitaire. En théorie, cela laissait donc la chance au virus de se reproduire», a affirmé cette spécialiste en entrevue au Devoir.

Le groupe de chercheurs de Toronto a donc décidé l'hiver dernier de riposter au virus du SRAS avec l'interféron, un médicament antiviral largement utilisé pour d'autres affections, notamment pour combattre le virus de l'hépatite. Forts d'une subvention de recherche de un demi-million de dollars versée par l'Institut canadien de recherche en santé (IRCS), les chercheurs ont pu mettre en commun leurs observations et vérifier l'efficacité de ce nouveau traitement.

Une guérison plus rapide

Les résultats, bien que préliminaires, sont étonnants. Dans le premier groupe de 13 patients traités aux seuls anti-inflammatoires, 38 % ont dû être transférés aux soins intensifs et 23 % ont été intubés et placés sous un ventilateur, comparativement à 33 % et 11 % dans le groupe recevant aussi l'interféron. Un patient est décédé dans le premier groupe mais aucun parmi ceux qui ont bénéficié de l'interféron.

Les radiographies pulmonaires des patients traités à l'interféron sont aussi redevenues normales deux fois plus rapidement que celles des autres malades, soit en moyenne après quatre jours plutôt que neuf. Le manque d'oxygénation du sang s'est aussi révélé beaucoup moins important dans le deuxième groupe, ce qui leur a permis de respirer sans apport artificiel d'oxygène en moyenne après 10 jours plutôt que 16.

À ce chapitre, 21 jours après avoir été hospitalisés, la moitié des patients traités aux seuls anti-inflammatoires recevaient encore de l'oxygène alors qu'au jour 17, tous les patients recevant le traitement combiné avaient cessé de recourir à l'oxygénation. Les patients, seize femmes et six hommes, étaient âgés de 16 à 86 ans.

«Il semble que l'interféron ait un effet positif sur le taux de créatine kinase dans le sang. Quant au taux de mortalité, nous ne pouvons encore tirer de conclusion car les groupes étudiés étaient trop petits. Pour l'instant, le décès survenu dans le groupe des patients aux corticostéroïdes seuls doit être considéré comme étant anecdotique», soutient le Dr Fish.

À la fin mai, l'interféron a finalement été offert à tous les patients victimes du SRAS sans exception, compte tenu des bénéfices évidents de ce médicament. Le Canada est l'un des rares pays où les patients ont pu recevoir une thérapie combinée à l'interféron, soutient le Dr Fish.

Chose certaine, ces résultats préliminaires ont été jugés à ce point intéressants pour piquer la curiosité de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, qui se préparent à la prochaine épidémie en préparant des protocoles de soins qui permettront d'éviter le plus grand nombre possible de décès.

L'épidémie de SRAS de l'hiver dernier a fait pas moins de 8098 victimes dans 27 pays, dont 774 en sont mortes. Le taux de mortalité lié au SRAS, considéré très élevé, a dépassé la barre des 10 % dans certains pays, atteignant 50 % chez les personnes âgées de plus de 65 ans.

Malgré les conclusions de son étude, le Dr Fish ne pose pas de jugement sur les traitements spontanés donnés aux patients victimes du SRAS au cours de cette épidémie. «Ce fut une situation de crise, donc il n'y avait pas du tout de connaissance sur le type de traitement efficace. À Toronto, nous avons été capables d'attraper les patients au début et de regrouper rapidement nos chercheurs pour faire cette étude. On peut dire, encore aujourd'hui, que les connaissances sur le SRAS demeurent anecdotiques. Il faudra des études plus approfondies pour développer de véritable consensus», croit-elle.






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