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    Accès à l’avortement

    Sus aux quotas!

    Josée Boileau
    26 mars 2015 |Josée Boileau | Santé | Éditoriaux

    Le ministre Barrette faisait l’horrifié : jamais, au grand jamais il n’a été question que son projet de loi 20, et le règlement afférent, restreigne l’accès à l’avortement ! Mais s’il se voulait rassurant, son projet de règlement (en date de quelques jours à peine) ne l’est pas du tout. Et les caquètements du ministre ne pèsent rien face aux textes.


    Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne souffre ni les critiques ni les contradictions. Il a sa vérité, qu’elle corresponde ou pas aux écrits ; et il n’a cure de répondre à ceux qui, bien renseignés, veulent se faire expliquer précisément ses intentions. Il préfère jaser avec les médecins qu’il connaît « personnellement » et les micros des mêlées de presse.

     

    À cette aune, nous avons donc vu du grand Gaétan Barrette à l’oeuvre mercredi, noyant l’impact possible du projet de loi 20 sur l’accès à l’avortement sous un flot de mots où le mépris pour les « lanceuses » d’alerte, dont Le Devoir (à qui le ministre n’avait pas le temps de parler) aurait eu le tort d’exposer le propos !, se mêlait à des distinguos pour noyer le poisson. Tant pis pour ceux qui se sont laissé prendre à ces filets, mais problème il y a toujours.

     

    Le député caquiste François Paradis l’a fort bien, et simplement, exposé à l’Assemblée nationale : un médecin qui souhaite pratiquer des avortements doit « pouvoir le faire librement et sans contraintes ». Pour garantir l’accès sans se perdre dans les méandres réglementaires, on retire le quota, point.

     

    Le ministre a répondu non, pour des motifs qui évoluaient au fil de la journée. On a eu droit aux données sur les endroits où se pratiquent présentement les avortements au Québec (comme si aujourd’hui était garant de l’avenir) ; au fait que le règlement prévoit une clause de droits acquis (dite « grand-père »), donc que les quotas ne s’appliquent qu’aux nouveaux médecins ; à la précision que le règlement épargne les cliniques de planification familiale ; à l’affirmation que le quota de 504 avortements prévu dans l’ébauche de règlement du 18 mars a déjà doublé.

     

    Et tout ça est écrit où ? Nulle part. Pour le doublement du quota, il faut prêter foi à M. Barrette qui, nous dit-il, a décidé de modifier le chiffre après avoir jasé avec bien du monde de terrain. Ce terrain n’est toutefois pas celui des cliniques d’avortement et des médecins qui les pratiquent puisqu’ils avaient déjà interpellé le ministre sans avoir droit à une réponse.

     

    M. Barrette ajoute que les cliniques de planning sont clairement exemptées des quotas, à l’article 2 du règlement. Et pourtant, elles n’y sont pas ! L’article parle d’activités cliniques en milieu carcéral, en centres jeunesse, en centres de réadaptation, etc., mais pas en centres de planning ou d’avortement. Ils relèveraient donc de la catégorie « autre » ? Bonjour la limpidité !

     

    Le ministre a aussi martelé qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter : son projet de loi ne vise que les nouveaux médecins. Les pros de l’avortement seront protégés par des clauses dites « grand-père ». Et pourtant, inquiétons-nous. L’avortement n’est pas une pratique comme les autres : les médecins ne se précipitent pas pour en faire, et assurer une relève a toujours présenté un défi. Le principe même d’établir un quota est un embêtement inutile pour les jeunes médecins. Le quota est aussi un piège pour les femmes : 504 il y a 10 jours, 1008 demain, 150 ou 200 quand le ministre changera ? Les vents de droite soufflent si fort que rien n’est plus garanti.

     

    Enfin, le ministre peut bien faire l’autruche, dénoncer « des gens qui construisent un drame qui n’existe pas », dire qu’il n’a « aucune espèce d’idée d’où ça sort », il connaissait ces inquiétudes : le mémoire du Conseil du statut de la femme sur le projet de loi 20 en fait précisément état. Assez, donc, des leçons d’interprétation : que le ministre daigne écouter.













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