Les appels à la concertation se multiplient

Photo: Michaël Monnier Le Devoir

Le projet de loi 10 sera soumis au bâillon vendredi, mais des voix continuent à s’élever pour réclamer la mise en veilleuse des réformes de Gaétan Barrette le temps de tenir un sommet réunissant les différents acteurs du réseau de la santé.

Après le Collège des médecins du Québec et l’avocat Jean-Pierre Ménard, notamment, des chercheurs et des professionnels de la santé invitent le ministre à mettre en branle un exercice de concertation.

« Nous nous entendons tous pour affirmer que le statu quo n’est pas acceptable », explique le gériatre David Lussier qui, avec plusieurs autres, réclame le retrait du projet de loi 20 sur la productivité des médecins. « Mais le projet de loi ne s’attaque pas aux vrais problèmes. Le ministre doit s’impliquer dans un exercice de consultation et écouter les solutions qui viennent du terrain. »

Une dizaine d’intervenants du milieu de la santé joignent leurs voix à celle du Dr Lussier dans une lettre envoyée au Devoir. Il s’agit entre autres de l’ancien ministre Jean Rochon, de l’ex-présidente de l’Ordre des infirmières Gyslaine Desrosiers, du pharmacien Olivier Bernard, de l’infirmière praticienne spécialisée Chantal Fortin et des docteurs Réjean Thomas et Alain Vadeboncoeur.

« Mon espoir initial était que le projet de loi 20 allait obliger les fédérations médicales et le gouvernement à trouver des solutions. La confrontation ne semble pas nous mener là. Aujourd’hui, je constate que tant le projet de loi 20 que le statu quo ne sont pas acceptables », explique le chercheur à l’Université de Montréal Damien Contandriopoulos, également signataire.

Même si de nombreux rapports ont posé des diagnostics sur le réseau de la santé cette année, il croit un nouvel exercice de consultation nécessaire, avec la participation des professionnels de la santé à titre individuel, pour sortir des intérêts des différents groupes de pression.

L’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Chantal Fortin observe que le projet de loi 20 a déjà des effets pervers, avant même son adoption. « Des médecins ne sont plus intéressés à collaborer avec des IPS car, en partageant leurs patients, ils devraient en prendre davantage pour atteindre leurs quotas. D’autres seront moins enclins à superviser les stages des futures IPS. Les médecins ont aussi moins intérêt à laisser les cas plus simples aux infirmières, car les cas complexes demandent plus de temps. »

De plus, mercredi, la Coalition solidarité santé a aussi réclamé avec les syndicats de la santé et des organismes communautaires la tenue de consultations sur l’avenir du réseau public de la santé.

2 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 5 février 2015 07 h 33

    Le bâillon est antidémocratique, c'est l'échec de la séparation des pouvoirs.

    Cependant...

    Le réel patron des médecins sont les Québécois, qui les rémunèrent par les impôts, taxes et droits élevés qu'ils doivent payer. Ce qui est vrai aussi est que malgré les hausses indécentes de leur rémunération, les médecins ne livrent pas la marchandise, les soins n'ayant pas augmenté ni en quantité ni en accessibilité ni en qualité. Bien au contraire, les statistiques démontrent qu'ils en font moins. Et pourquoi en serait-il différent? Quand on se fait servir une augmentation de 60%, bien on peut travailler 30% moins tout en gagnant 30% plus! (En réalité, beaucoup plus que 30% car les frais fixes des médecins sont très loin d'avoir augmenté à ce rythme, et ces derniers peuvent maintenant s'incorporer.)

    Les Québécois n'en ont pas pour leur argent... et les médecins ont poussé le bouchon trop loin. La fracture est maintenant inévitable et l'heure est arrivée de rendre des comptes, de changer les paradigmes. Aucun autre patron n’accepterait un tel comportement des ses employés, aucun autre client n’accepterait un tel service de ses fournisseurs.

  • eric poirier - Inscrit 6 février 2015 19 h 02

    je prescris: tu exécutes. Point final.

    Un médecin rédige des ordonnances et on les exécute sans discussion, sans explication. Est-ce que nos médecins politiciens, particulièrement le Dr. Barrette, auraient oublié de changer de profession?