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    Cliniques de proximité sans médecin

    Un remède à la «bureaucratite» aiguë

    Les initiatives de personnes d’exception pourraient-elles gagner tout le réseau?

    17 janvier 2015 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir
    La clinique SABSA, à Québec, ou les projets des Centres de santé et de services sociaux (CSSS) de la Montagne et du Nord de Lanaudière existent grâce au refus du statu quo par des gens animés par une motivation sans faille, des chevaliers combattant les moulins à vent de la bureaucratie.
     

    «La souffrance n’attend pas », glisse Bernard Roy. En quelques mots, le professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval résume le mantra qui anime les artisans de différentes initiatives qui mettent les infirmières à l’avant-plan.

     

    Quand la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Régine Laurent, a annoncé le projet de son syndicat de financer des cliniques infirmières de proximité sans médecin, elle ne se doutait pas du chemin qui allait être parcouru quelques mois plus tard. « On avait dit qu’on le ferait, envers et contre tous ! » Chose promise avec le financement de la clinique SABSA, dans la basse-ville de Québec. « C’est tellement ça que j’en voudrais partout », lance-t-elle dans un cri du coeur.

     

    Lorsqu’on lui demande si elle a rencontré des obstacles dans la mise en place de la clinique de proximité, elle éclate d’un grand rire sincère. « Du côté du ministère, c’est : pas de son, pas d’image. Aucune réaction. Peut-être parce que nous allons totalement à l’encontre de son modèle qui privilégie les fusions et les mégastructures. Nous, c’est une petite structure dans la communauté, indépendante… » Les relations avec le CSSS, par contre, sont cordiales. « Ils ont été très emballés », dit Mme Laurent. Les médecins du quartier ont aussi bien collaboré. Ce qui lui fait dire que « ce n’est pas si compliqué à mettre en place quand il y a de la volonté ! »

     

    Plus d’une dizaine de communautés ont contacté la FIQ dans l’espoir de reproduire le modèle chez eux. « Malheureusement, on doit les freiner pour l’instant, déplore Mme Laurent. On va achever la recherche sur cette expérience-là et ensuite nous allons pouvoir en faire profiter tout le monde. »

     

    Un espace à prendre

     

    Il y a certainement de la place pour élargir le rôle des infirmières dans le réseau, surtout en première ligne. Selon Martin Beaumont, directeur général du CSSS du Nord de Lanaudière, 75 % des besoins d’une communauté « sont de nature primaire et peuvent être pris en charge par une équipe interdisciplinaire supportée par une infirmière d’expérience ».

     

    Plusieurs personnes ont les yeux rivés sur l’expérience qui se déroule à Saint-Gabriel-de-Brandon et dans les environs, constate Robin Gagnon, directeur de la prestation sécuritaire des services et des soins infirmiers au CSSS du Nord de Lanaudière. Il croit pouvoir démontrer noir sur blanc, avec le projet, la plus-value des infirmières.

     

    Mais il faudra encore réduire la bureaucratie pour permettre à ces dernières d’occuper entièrement leur champ de pratique. « Par exemple, le processus pour appliquer les ordonnances collectives nationales pourrait être allégé » pour qu’elles soient davantage utilisées, estime-t-il. « Au dernier congrès de l’Ordre des infirmières, quand on a demandé aux 1500 délégués dans combien de régions les ordonnances collectives étaient employées, environ 15 mains se sont levées… »

     

    Des chercheurs ont obtenu une importante subvention pour étudier ces projets infirmiers novateurs. Bernard Roy se charge d’observer la clinique SABSA de Québec. « Le rôle qu’on se donne, c’est de documenter la façon dont une infirmière soigne. Le temps qu’elle prend, son écoute, l’enseignement qu’elle donne aux patients. D’une certaine manière, c’est assez ethnographique ! »

     

    Il veut aussi comprendre pourquoi la clinique est née. « La coopérative a émergé parce que des gens souffraient et n’avaient pas de soins vu que le réseau n’était pas adapté à eux », croit-il.

     

    Est-ce possible à reproduire ? « C’est très difficile de mettre en place quelque chose de différent, constate-t-il. Je pense que SABSA peut susciter de la transformation dans un système très hospitalocentré. Le réseau est rendu tellement rigide, avec tellement d’intérêts corporatifs, que c’est très difficile de le changer. »

     

    « Il n’en pleut pas, des femmes comme [l’infirmière praticienne] Isabelle Têtu, reconnaît-il. Mais elle rayonne, elle en inspire d’autres, notamment les étudiantes en soins à l’université. » Pour lui, Isabelle Têtu s’inscrit dans la lignée des « infirmières de combat » qui ouvrent des sentiers inexplorés.

     

    Diminuer les visites à l’urgence

     

    Damien Contandriopoulos constate que les barrières ne sont pas toujours là où on le croit. Il étudiera les projets des CSSS Nord de Lanaudière et de la Montagne. « Je m’attendais à ce que le manque d’enthousiasme médical soit un obstacle, et nous ne l’avons pas observé jusqu’à maintenant, dit le chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal. L’obstacle le plus important, c’est la bureaucratie. L’administration fait rentrer les projets dans de petites cases et à la fin, tu risques de te retrouver avec une infirmière qui prend la pression des gens un après-midi par semaine ! »

     

    Il veut vérifier si les économies seront au rendez-vous. Notamment à la ressource de la Montagne. « Si on arrive à diminuer le nombre de visites à l’urgence des personnes hébergées, on devrait avoir assez d’économies pour justifier le salaire de la permanence infirmière. »













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