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    Procréation assistée

    Sherbrooke et Québec n’auront pas leurs cliniques de FIV

    À Montréal, le sort des cliniques publiques existantes est aussi incertain

    11 décembre 2014 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Le projet de loi 20 met fin à la couverture publique des services de procréation assistée.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le projet de loi 20 met fin à la couverture publique des services de procréation assistée.

    Les deux nouveaux laboratoires de procréation assistée qui devaient compléter l’offre publique pour la fécondation in vitro (FIV) en dehors de Montréal ne verront pas le jour. Le ministre de la Santé a décrété le gel de tout nouvel investissement dans la foulée du projet de loi 20, condamnant du même coup les projets des centres hospitaliers universitaires de Québec (CHUQ) et de Sherbrooke (CHUS). Ces projets étaient attendus depuis des années par les couples infertiles de l’est et du sud du Québec.

     

    « Les investissements sont suspendus en raison des efforts de retour à l’équilibre budgétaire », a confirmé au Devoir l’attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette, Joanne Beauvais. Sans fermer la porte à un investissement futur, Québec retarde tout nouveau projet pour une période indéterminée.

     

    Le ministre veut également attendre la réaction du public avant de voir si la demande sera suffisante, avec la fin de la couverture publique, pour justifier l’ouverture de nouvelles cliniques. Les couples, désormais admissibles à un crédit d’impôt variable en fonction de leurs revenus, seront-ils au rendez-vous ? Québec s’attend à un certain « ralentissement » au début, le temps que les couples « économisent », dit Joanne Beauvais.

     

    Mais le ralentissement ne devrait pas mener à la fermeture des cliniques publiques existantes, affirme-t-elle. L’avenir des cliniques du CHUM, du CUSM et de Sainte-Justine, toutes à Montréal, n’en est pas moins incertain. Québec indique toutefois que ces cliniques seront autorisées à facturer les services non couverts, comme la FIV, directement aux patients.

     

    Les établissements devant des choix

     

    Québec ne forcera aucune clinique existante à fermer. « Chaque établissement devra prendre ses décisions », indique Joanne Beauvais. Mais selon les volumes de patients et les coûts d’exploitation, les administrations hospitalières devront, on le comprend, prendre les décisions qui s’imposent.

     

    Une chose est certaine, pour la FIV, il faudra continuer à se déplacer dans la région de Montréal. Seule Procrea offre des services au privé à Québec. Dans un mémoire déposé au commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, le CHUQ déplorait cette iniquité interrégionale. « Les délais d’attente pour avoir accès aux services sont de 6 à 9 mois à Québec et de 3 à 4 semaines à Montréal », déplorait l’hôpital universitaire.

     

    « Nous poursuivons nos activités jusqu’à l’adoption du projet de loi, on attend les développements », indique Mélanie Dallaire, responsable des communications à l’hôpital Sainte-Justine. Ouverte en 2013, cette clinique a nécessité un investissement de 5,1 millions de dollars. Elle a réalisé 200 cycles de FIV en 2013, et projetait de doubler la cadence d’ici 2016.

     

    La clinique du CUSM est la seule installation publique qui offrait la FIV avant l’avènement du programme, en 2010. Son sort est maintenant incertain. Le quotidien The Gazette écrivait la semaine dernière que l’hôpital universitaire montréalais est en pleine réflexion. L’hôpital Royal-Victoria où elle est située fermera au printemps en raison de son déménagement au site Glen. La clinique ne suivra pas. L’administration devait lui trouver de nouveaux locaux. « L’hôpital et l’université étudient le projet de loi, a indiqué le directeur de la clinique, le Dr William Bucket, à The Gazette. On ne sait pas ce qui adviendra. Nous cherchons la meilleure solution. »

     

    La clinique du CHUM a été inaugurée en 2011. À la fine pointe de la technologie, elle a nécessité un investissement public de 16 millions. Elle a une capacité de 1500 cycles de FIV par an, mais l’objectif était plutôt autour de 500 jusqu’à maintenant. Le Dr François Bissonnette, qui y pratique, met en doute son avenir. « Je vois très mal comment ce sera possible de maintenir les cliniques publiques », dit-il. Il anticipe une baisse certaine de fréquentation par les patients en raison des coûts, malgré les crédits d’impôt. Pour le Dr Bissonnette, Québec agit de façon irresponsable, car il affamera carrément des cliniques publiques dans lesquelles il a investi des millions.

     

    Des hausses à prévoir au privé

     

    Le Dr Bissonnette est également actionnaire de la clinique privée OVO. Cette dernière existait avant la gratuité, mais le programme a aussi largement profité à la croissance du secteur privé. En 2012-2013, le Montreal Fertility Centre et OVO ont respectivement réalisé 18 et 8 % plus de FIV que l’année précédente.

     

    Ce sont 35 % des FIV qui ont été réalisées au public en 2013-2014, une part de marché en croissance constante, mais timide. Québec visait au moins 50 % lors du lancement du programme.

     

    Le Dr Pierre Miron, qui a ouvert la clinique Fertilys à Laval il y a peu de temps, prédit une hausse « certaine » des prix des services de procréation assistée, dont la FIV, dans les cliniques privées, en raison d’une baisse de volume. « Si le volume diminue, les coûts vont augmenter et les patients vont devoir éponger », se désole-t-il. Il envisage toutes les options, d’une désaffiliation d’avec la RAMQ à la transformation de son entreprise en organisme sans but lucratif. Une chose est certaine, l’inquiétude est aussi au rendez-vous pour les propriétaires de cliniques de procréation privées.

     

    Les patients pourront continuer à choisir entre une clinique privée ou publique, mais ils devront débourser dans les deux cas pour les services non couverts. Les coûts seront fixés par Québec pour les cliniques publiques.

     

    Déposé le 28 novembre, le projet de loi 20 pourrait être adopté d’ici le printemps. Il met fin à la couverture publique des services de procréation assistée, sauf pour certains services comme l’insémination artificielle. Il encadre aussi de manière beaucoup plus serrée la pratique.













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