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Saint-Charles-Borromée - Comme un baume sur une plaie

Isabelle Paré   10 décembre 2003  Santé
Le ministre de la Santé a décidé de mettre en tutelle l’hôpital Saint-Charles-Borromée, ce qui a eu l’heur de plaire à tout le monde.
Photo : Jacques Nadeau
Le ministre de la Santé a décidé de mettre en tutelle l’hôpital Saint-Charles-Borromée, ce qui a eu l’heur de plaire à tout le monde.
Les familles et les résidents qui ont dévoilé au grand jour les situations de mauvais traitements à l'hôpital Saint-Charles-Borromée ont accueilli hier avec un soupir de soulagement l'annonce de la mise en tutelle de cet hôpital.

Les soeurs de la résidente handicapée qui avaient placé des micros dans la chambre de celle-ci pour prouver la violence psychologique dont elle était victime ont remercié hier le ministre Couillard de son geste, qui constitue à leurs yeux une grande victoire pour les «personnes vulnérables».

«Je suis très contente car beaucoup de résidents avaient peur de parler. À partir de maintenant, on doit se dire que c'est tolérance zéro», a commenté Diane, l'une des deux soeurs qui avaient choisi de dévoiler cette histoire dans les médias, déçues qu'elles étaient du traitement accordé à leurs plaintes par la direction de l'hôpital.

Hubert Dupont, un autre résident handicapé qui avait dénoncé le fait d'avoir été confiné dans son lit pendant trois mois, privé d'eau et traité cavalièrement à plusieurs reprises, s'est dit soulagé de cette mise en tutelle. «Je suis content de la tournure des événements. Pas pour moi, mais pour les autres. Lorsqu'une société ne s'occupe plus de ces orphelins, on doit se demander quel genre de société on a», a-t-il commenté.

Leur avocat, Me Jean-Pierre Ménard, a soutenu hier que le rapport réalisé par l'enquêteur et la décision du ministre qui a suivi prouvaient que des changements sont possibles dans les hôpitaux et que les personnes maltraitées et leurs familles doivent avoir le courage de dénoncer ouvertement ces situations sur la place publique.

«Ce qui est arrivé à Saint-Charles-Borromée révèle qu'il est possible de briser la loi du silence dans une organisation et que les choses peuvent changer. Je tiens à souligner le courage des soeurs de Danièle et de M. Dupont qui ont amené sur la place publique ces situations-là», a-t-il dit.

Selon Me Ménard, le rapport de l'enquêteur met très clairement en relief les failles graves dans le traitement des plaintes qui, dans le cas de ses clients, sont restées sans réponse satisfaisante. À son avis, il est urgent que des organisations externes, indépendantes des hôpitaux, aient accès aux résidents et à leurs familles pour surveiller la qualité des soins dispensés dans ces milieux de vie. Compte tenu de l'ampleur des pouvoirs donnés au tuteur, il faut changer l'approche actuelle du syndicat, où, croit Me Ménard, règne «la langue de bois».

Les employés

Le responsable de l'information au syndicat des employés de Saint-Charles-Borromée, Sylvio Robinson, s'est pour sa part montré fort heureux de la tournure des événements et a offert son «entière collaboration» au fondé de pouvoir nommé par Québec.

«Les gens sont contents qu'un nouveau chapitre s'ouvre dans cette histoire. On sait que le ministre n'a pas choisi une approche bulldozer mais une approche de conciliation», a-t-il dit.

Ce dernier, qui nie l'existence d'une culture syndicale influencée par une poignée de «gros bras», affirme qu'il entend lui aussi privilégier la tolérance zéro et la vigilance. Même si le tuteur aura le pouvoir de congédier ou de suspendre certains employés fautifs, le syndicat, souvent accusé de couvrir les fautes de ses membres, affirme qu'il jaugera dans chaque cas de la défense à offrir. «S'il y a des décisions à prendre, on les prendra. C'est clair qu'on va se parler dans le blanc des yeux. Comme syndicat, on va tenir les guides plus serré. Mais la tolérance zéro, ça ne veut pas dire congédier tout le monde. La hauteur de la sanction dépendra dans chaque cas de l'intention et de la gravité du geste commis», a expliqué au Devoir M. Robinson.

La porte-parole de Handicap Vie Dignité, Hélène Rumak, un organisme de défense des droits des personnes handicapées qui est à l'origine d'un recours collectif intenté par des résidents contre l'hôpital Saint-Charles-Borromée, s'est dite soulagée de cette mise en tutelle. Toutefois, la tutelle seule ne pourra régler les rapports de force qui règnent à l'intérieur de l'hôpital et qui ont marqué son histoire depuis 30 ans, croit-elle. «La tutelle, ce n'est pas magique. Il va falloir que quelques têtes tombent pour que les choses changent. Si on prône la tolérance zéro, ça veut dire qu'on devra congédier dans le futur tout employé qui commet des écarts comme ceux qui ont été dénoncés», souligne-t-elle.

Le directeur de la Régie régionale de la santé de Montréal, David Levine, a quant à lui affirmé hier qu'il apporterait son soutien au fondé de pouvoir, Léonard Vincent, au cours des prochains mois «pour confronter certaines situations», notamment pour offrir un encadrement plus «intense et plus fort aux employés».






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