jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 21h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Hôpital Saint-Charles-Borromée - Un grand ménage s'impose

Fabien Deglise   26 novembre 2003  Santé
Amères mais déterminées, les soeurs de la patiente victime d’abus et de harcèlement au centre d’hébergement Saint-Charles-Borromée — dont l’identité ne peut être dévoilée — ont exigé hier en conférence de presse que toute la lumièr
Photo : Jacques Nadeau
Amères mais déterminées, les soeurs de la patiente victime d’abus et de harcèlement au centre d’hébergement Saint-Charles-Borromée — dont l’identité ne peut être dévoilée — ont exigé hier en conférence de presse que toute la lumièr
À situation extrême, mesures radicales. Après avoir rendu publics des enregistrements sonores mettant en lumière les mauvais traitements infligés à une patiente du centre d'hébergement Saint-Charles-Borromée à Montréal, la famille de la victime a exigé hier la mise en tutelle immédiate de l'institution ainsi que le congédiement du directeur général, Léon Lafleur, pour «briser la loi du silence qui règne» dans ce CHSLD et y ramener un climat de confiance, a-t-elle dit en conférence de presse. Un remède démesuré pour un cas isolé, un directeur sans cesse préoccupé par le bien-être de sa clientèle et un centre d'hébergement innovateur loin de ressembler à l'enfer que l'on dépeint par les temps qui courent, a répliqué le syndicat des employés.

«Il n'est pas question d'excuser les gestes commis par deux préposés à l'endroit d'une patiente, a expliqué en entrevue Sylvio Robinson, porte-parole du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Résidence Saint-Charles-Borromée. Ce qu'ils ont fait est inexcusable. Mais c'est un accident de parcours et surtout un comportement loin d'être généralisé dans le centre.»

À preuve, selon lui, les conditions de vie qui prévalent depuis des années dans cet établissement situé au coeur de la métropole. «Tout ce qui nous arrive en ce moment est injuste, poursuit-il. Notre directeur est le premier qui parle autant et sans cesse du bien-être des résidents. Et qui agit. Nous avons par exemple, dans les dernières années, adapté nos horaires de travail pour répondre à leurs besoins. Saint-Charles-Borromée, c'est plus qu'un centre d'hébergement, c'est un milieu de vie harmonieux qui respecte le rythme et les aspirations de tous et qui s'est même retrouvé, par le passé, au coeur de plusieurs reportages télévisés élogieux.»

Peut-être. Mais pour la famille de la femme de 51 ans atteinte d'un traumatisme crânien depuis l'âge de 18 ans, et dont l'identité comme celle de ses soeurs est tenue secrète, c'est avant tout le théâtre d'un harcèlement psychologique et de mauvais traitements. Quatre-vingt-dix heures d'enregistrement sonore, réalisées à l'insu du personnel pendant deux semaines le printemps dernier, en témoignent. Entre deux hurlements de la patiente hémiplégique (paralysée du côté gauche), on y entend deux préposés, et parfois une troisième, tenir des commentaires disgracieux à saveur sexuelle, faire des remarques pour le moins irrespectueuses et surtout ne pas répondre, comme il se doit, aux besoins normaux — comme obtenir un verre d'eau — de la résidente.

Le ton est tantôt agressif, tantôt menaçant. Les blagues entre préposés sont parfois de mauvais goût. Mais elles demeurent surtout inacceptables dans un endroit censé prendre soin et respecter les droits élémentaires de personnes handicapées, estiment les soeurs de la patiente. «Il faut dénoncer ces pratiques, a dit l'une d'elles hier. D'autres handicapés sont sans doute confrontés aux mêmes traitements et il faut faire la lumière là-dessus pour éviter que cela perdure.»

Au coeur de leur colère, une demande: un grand ménage à Saint-Charles-Borromée, où le directeur de l'endroit a imposé trois jours de suspension à deux employés et porté une note au dossier d'une troisième en plus de «banaliser», selon elles, les gestes perpétrés auprès de la patiente. «Ce sont des sanctions ridicules, a souligné Jean-Pierre Ménard, avocat de la famille, qui donnent aux employés un permis d'abuser. Comment peut-on également faire confiance à un homme qui banalise ce type de comportement?»

Se disant «profondément choqué» par l'attitude de la direction du centre, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a confié hier à Jean-Jacques Camera l'enquête visant à faire la lumière sur l'incident. L'homme a réalisé un travail similaire au début de l'automne à l'hôpital Robert-Giffard de Québec où, autre lieu, autres moeurs, un patient avait été laissé six jours dans ses excréments. Il devra, entre autres choses, se prononcer sur le «caractère isolé ou généralisé» des cas d'abus révélés par la famille de la patiente, a précisé le ministre. Le rapport est attendu pour le 8 décembre prochain.

En attendant, les soeurs de la victime, par la voix de leur avocat, exigent, outre la mise sous tutelle du centre et le congédiement de son directeur, une réévaluation du personnel affecté aux unités de patients lourdement handicapés, la formation du personnel sur les doits et les besoins de cette clientèle ainsi que la nomination d'un protecteur des usagers externe à l'établissement. Pour le bien-être et le respect des droits de l'ensemble des personnes vivant encore à Saint-Charles-Borromée, ce qui n'est plus le cas de leur soeur transférée, après la mésaventure, dans un autre centre d'hébergement en août dernier.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    mercredi 26 novembre 2003 08h29
    Un changement de culture
    « Nonobstant les enquêtes et les rapports, il faudra un véritable changement de type deux (un changement de paradigme) pour que le problème ait une véritable chance de se résorber. Notre système de santé n'est pas malade de ses structures (même si depuis des années, c'est une structite continue qu'on lui prescrit ) mais malade de son absence de vision.

    Il faut du courage pour changer les choses et il est évident que le courage n'est pas une qualité que l'on recherche chez les gestionnaires. On préfère encore les bonnes vieilles méthodes traditionnelles de l'absence de vagues ! Aussi ne faut-il pas s'étonner si devant un évènement inacceptable, la réaction officielle de la direction soit "banalisante"! Le ministre s'indigne pour la galerie mais rien ne changera véritablement. On demandera probablement à un quelconque gestionnaire, aux qualités traditionnelles éprouvées de reprendre l'établissement en main. C'est ce que l'on a fait, il y a quelques années. On voit le résultat ! »

  • Jean-Claude Béliveau
    Inscrit
    mercredi 26 novembre 2003 10h58
    Inadmissible !
    « Je suis tout à fait en accord avec les proches de cette patiente, dont le traitement est inadmissible. Comment se fait-il que personne de l'intérieur n'aie réagis à ces paroles blessantes, sur le dos d'une patiente en perte d'autonomie. Et si c'étais des proches de ces intervenants, auraient-ils agis de la même façon !

    C'est tout de meme injuste pour la majorité, car selon moi, il ne faut pas généraliser...du moins j'ose croire que la plupart des intervenants donnent de bons soins à ces malheureux, en perte d'autonomie. Que la lumière soit faite sur cet incident me semble tout à fait d'à propos. Il faut que ces actions cessent et une enquète devrait freiner les incompétents qui se reconnaitront surement, et réfléchiront à la portée de leurs actes indécents ! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009