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    Papillome humain

    La 3e dose du vaccin est annulée

    Québec continuera tout de même de mener des tests durant cinq ans

    9 juin 2014 |Isabelle Paré | Santé

    Le ministère de la Santé n’administrera pas la troisième dose du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), prévue au calendrier vaccinal en troisième secondaire, compte tenu des données scientifiques actuelles, qui indiquent que deux doses assurent une protection similaire à un coût optimal, et des limites de l’« acceptabilité » d’une troisième dose dans la population.

     

    Malgré cette décision, basée sur la recommandation claire du Comité d’immunisation du Québec (CIQ) faite en 2013, le ministère de la Santé et des Services sociaux financera, au cours des cinq prochaines années, une étude pour continuer de tester l’efficacité d’une troisième dose auprès de 4000 jeunes filles faisant partie des trois premières cohortes vaccinées lors du lancement du programme, en 2008. Cette vaste recherche sera menée de façon conjointe par le Centre de recherche du CHUM et celui du CHUQ à Québec.

     

    Cette position surprenante, qui semble nier la nécessité d’une troisième dose tout en continuant à tester son efficacité, découle aussi de recommandations du CIQ, qui estime qu’un suivi scientifique s’avère plus sécuritaire, compte tenu du faible recul dont dispose la communauté scientifique à l’égard de ce vaccin relativement récent. Plus encore, l’étude vise à vérifier concrètement si le taux d’infection et de lésions vaginales sera différent chez les filles ayant reçu deux ou trois doses, une fois que celles-ci seront sexuellement actives.

     

    « Le but de l’étude est de s’assurer que les deux doses vont donner la protection attendue. On sait, grâce au niveau des anticorps, que la réponse immunitaire au vaccin est très bonne chez les plus jeunes de 9-10 ans, même meilleure que chez les filles de plus de 16 ans. Mais la question qui reste en suspens, c’est la durée de la protection. On va avoir la seule étude qui pourra apporter une réponse à cette question », indique la Dre Marie-Hélène Mayrand, cochercheuse principale de l’étude, affiliée au CR-CHUM.

     

    Depuis six mois, des centaines de lettres ont ainsi été envoyées dans la région de Québec et de Montréal pour recruter des élèves des trois premières cohortes qui ont aujourd’hui 14 ou 15 ans, afin de comparer les taux d’infection et de lésions vaginales qui seront observés entre 15 ans et 20 ans chez un groupe contrôle, ayant reçu deux doses du vaccin, et l’autre groupe, qui recevra la troisième dose.

     

    Des jeunes filles se sont déjà portées volontaires et ont été associées au hasard à l’un ou l’autre des deux groupes. Toutes les participantes devront se soumettre à des prélèvements sanguins et fournir des autoprélèvements de sécrétions vaginales tous les six mois pendant cinq ans.

     

    Comme les jeunes de 9 à 10 ans n’ont pas encore d’activités sexuelles, les études produites jusqu’ici ne démontraient que l’efficacité du vaccin à produire des anticorps contre le VPH. En 2013, une étude canadienne a d’ailleurs établi que le taux d’anticorps chez les préadolescentes vaccinées était aussi bon, qu’elles aient reçu deux ou trois doses. La Suisse a adopté depuis une politique d’immunisation préconisant seulement deux doses. Trois doses sont toujours données dans les autres provinces canadiennes, sauf en Colombie-Britannique.

     

    8,5 millions de moins

     

    Interrogé sur les raisons de l’abandon de la troisième dose, le ministère de la Santé a répondu que l’administration de celle-ci avait toujours été hypothétique et qu’il s’est rangé l’an dernier à l’avis du comité d’immunisation lui recommandant de ne pas aller de l’avant avec son projet initial. Alors que, en 2012-2013, le coût du programme était de 18,5 millions, il plafonnera à 10 millions en 2013-2014, compte tenu de l’abandon de la troisième dose.

     

    Dans une réponse livrée par courriel, l’attachée de presse du ministère de la Santé, Stéphanie Ménard, précise que cette décision « n’est aucunement liée à une question de coûts ». « L’objectif [du ministère de la Santé] est d’offrir la meilleure protection contre le VPH et, selon les données scientifiques disponibles, l’administration de deux doses est suffisante », a-t-elle répondu. Québec dit en sus qu’il se conforme ainsi aux récentes recommandations en ce sens de l’Organisation mondiale de la santé.

     

    Un vaccin toujours controversé

     

    Au cours des dernières années, des rapports européens ont remis en question la sécurité du vaccin et signalé certains effets secondaires graves. Plusieurs autres scientifiques, dont des Canadiens, ont pour leur part continué à mettre en doute l’utilité de cette vaccination universelle — parmi les plus coûteuses — pour éradiquer un virus que 90 % des personnes éliminent seules, en moins de deux ans.

     

    Interrogée pour savoir si les effets secondaires graves imputés en Europe au vaccin Gardasil avaient joué dans la décision d’abandonner la troisième dose, la Dre Mayrand a répondu : « Les effets secondaires sont toujours préoccupants pour n’importe quel vaccin et heureusement très rares. Ça peut donc être un avantage de ne donner que deux doses. »

     

    Dans son rapport, rendu en juin 2013, le comité d’immunisation affirmait : « Les vaccins contre les VPH administrés aux filles de 9-11 ans sont bien tolérés. Cependant, un calendrier à deux doses pourrait éviter des manifestations cliniques inhabituelles (MCI), contrairement à un calendrier à trois doses. »

     

    Le fait que la troisième dose du VPH s’ajoute aux rappels, déjà prévus en 3e secondaire, du vaccin contre le méningocoque et du triple vaccin contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos aurait aussi joué dans la décision du comité d’immunisation. On aurait craint que cette énième vaccination n’ait un effet de ressac sur les taux de vaccination atteints contre ces autres maladies.

     

    Même si le débat sur son utilité réelle divise toujours médecins et scientifiques, les études actuelles montrent que le vaccin contre le VPH protège à 100 % contre les condylomes et à 90 % contre deux types de virus du papillome humain, à l’origine de 70 % des cas de cancer du col de l’utérus. Seulement 10 % des infections au VPH sont susceptibles de dégénérer en lésions cancéreuses.

     

    Le cancer du col utérin est le deuxième en importance chez les jeunes femmes de 20 à 44 ans. Au Québec, 325 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et 80 femmes en décèdent.













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