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    Itinérance et santé mentale

    L’Agence de la santé de Montréal fait fausse route, selon des psychiatres

    15 avril 2014 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    L’Agence de la Santé de Montréal a désigné quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’Agence de la Santé de Montréal a désigné quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale.
    «C'est un transfert de patients sans transfert de ressources.» — Le Dr Olivier Farmer

    Des psychiatres dénoncent la décision de l’Agence de la Santé de Montréal, qui a nommé quatre hôpitaux pour répondre aux besoins des itinérants qui doivent être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale. Sans ressources supplémentaires, ces médecins affirment qu’ils seront submergés, au détriment des patients.

     

    « C’est une terrible décision » : le Dr Olivier Farmer, psychiatre au CHUM, ne mâche pas ses mots. La Dre Karine Igartua, de l’Hôpital général du CUSM, qualifie carrément le plan « d’ineptie ». À l’Hôpital général juif, le Dr Khalil Geagea parle d’une réforme « unilatérale » et « précipitée ».

     

    À compter de cette semaine, lors de l’intervention des ambulanciers ou de la police, les itinérants seront d’abord transportés vers l’hôpital le plus proche. Ensuite, si une hospitalisation en psychiatrie s’avère nécessaire, l’Hôpital Notre-Dame du CHUM, l’Hôpital général juif, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’Hôpital général du CUSM seront de garde, une semaine sur quatre chacun. Le tout entrait en vigueur lundi.

     

    Dans l’ancien système, des patients se retrouvaient parfois à des kilomètres de leur milieu habituel. C’est ce que l’agence voulait corriger.

     

    Le CHUM submergé

     

    Depuis janvier, en raison de son emplacement, l’Hôpital Notre-Dame du CHUM ploie sous la demande. Lundi, 40 % des lits de l’unité de psychiatrie étaient occupés par des personnes en situation d’itinérance. La situation dure depuis janvier, quand les directives aux services d’urgence ont changé. L’achalandage de l’urgence psychiatrique a bondi de 50 %, selon le Dr Olivier Farmer. À l’Hôpital général, la Dre Igartua fait état d’une situation semblable, à moindre échelle: 50 % de patients itinérants de plus ont été reçus depuis janvier. Sept ont été hospitalisés, contre deux de janvier à avril 2013, dit-elle.

     

    Séjours sur civières, attente de plusieurs jours avant d’obtenir un lit à l’unité psychiatrique, transfert en catastrophe vers d’autres hôpitaux, faute de ressources. À entendre les psychiatres, le remède de l’agence serait pire que le problème initial. « Avant, huit hôpitaux se partageaient les gardes. Là, nous sommes quatre. C’est un transfert de patients sans transfert de ressources. La vérité, c’est qu’on a coupé les services de 50 % ! », dénonce le Dr Farmer.

     

    La situation est d’autant plus frustrante pour lui que le CHUM souhaite depuis plusieurs années mettre sur pied un programme consacré aux itinérants vivant avec un problème de santé mentale, mais que ni l’agence ni Québec n’ont voulu le financer.

     

    C’est avec surprise que l’Hôpital général juif, qui n’a pas l’habitude de composer avec les itinérants, s’est retrouvé sur la liste de garde. « Je comprends que l’ancien système ne fonctionnait pas, il fallait agir », dit le Dr Khalil Geagea. Mais le psychiatre estime que cette nouvelle responsabilité mobilisera huit lits à temps plein.

     

    « Mais là, sans ressources, sans personnel et sans lits, on est en train de noyer le système », dit le psychiatre.













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