Santé: Les soucis... littéraires
15 novembre 2003
Santé
Les femmes s'inquiètent-elles davantage que les hommes? Je ne sais pas pourquoi, j'ai le sentiment que si... sans vouloir vous enlever quoi que ce soit, messieurs, y compris vos tourments. Mais on s'en fait pour vous, mes chéris: on s'inquiète pour les enfants, on se met martel en tête pour concilier le travail et la vie de famille; en un mot, on se fait du souci.
La prochaine question est une obsession personnelle: quelle est la frontière entre le normal et le pathologique? Par exemple, en fin de semaine, je me demande si je suis une lectrice compulsive ou une amateure passionnée de lecture. Est-il normal de pouvoir trouver au Salon du livre des bouquins qu'on ne voit plus depuis des lustres dans les librairies «ordinaires» ou bien est-ce notre façon de vendre les livres qui ne va pas — on brûle les invendus après deux ans?
D'accord, d'accord, il y a des limites à être élastique avec la santé, on ne va pas se mettre à analyser la santé du livre. Parlons plutôt de nos problèmes de santé dans les livres, ce qu'on écrit pour nous, petites âmes qui avons besoin d'être guidées et rassurées. Ce week-end, si vous allez au Salon du livre, vous verrez justement des livres pour orienter votre démarche personnelle — il s'en écrit, en veux-tu, en v'là. Les lisez-vous?
Je ne sais pas pourquoi, j'ai encore le sentiment que ce sont surtout les femmes qui... J'irais même jusqu'à penser que ce sont surtout des hommes qui écrivent et surtout des femmes qui lisent ce que les Américains ont joliment appelé l'univers du self-help. Mais ça pourrait changer: je viens d'apprendre que chez nos amoureux anglophones, il y a ce mouvement du Fathers Matter, vous avez vu ça? Certains nouveaux pères font une dépression post-partum. Ils perdent du poids ou prennent soudainement du ventre, ils ont des problèmes de sommeil, sont tristes, perdent de l'intérêt pour le monde extérieur et ont de la difficulté à prendre des décisions. On dirait que les hormones les travaillent! La première clinique pour les «papas déprime» ouvrira en Grande-Bretagne en janvier prochain. Ça ouvre des perspectives pour écrire, vous ne pensez pas? Ce coup-là, on titrera: «Redevenez vous-même après l'accouchement de votre femme»...
Mais revenons à nos moutons, à notre Salon du livre, à notre week-end. En se promenant dans les allées, nous verrons Arrêtez de vous faire du souci pour tout et pour rien, une injonction d'une équipe de psys sous la direction de Robert Ladouceur, spécialiste international qui vient de publier son programme de soins pour les anxieux (Odile Jacob). Vaincre fatigue, stress, déprime et protéger son coeur, nous promet Pierre Palardy (Robert Laffont), une star qui, livre après livre, soigne les stars... et nous. Tiens, une autre vedette, Jacques Salomé, qui donnera cet après-midi à 13h une conférence nous indiquant «comment vivre les pertes et les séparations sans se détruire». Restons chez les psys: le populaire Guy Corneau a publié cet automne Victime des autres, bourreau de soi-même (Éditions de l'Homme)... J'ai tourné le titre à l'envers et, savez-vous, j'ai trouvé que ça marchait aussi bien! Marie-Lise Labonté, dans Le Déclic (Éditions de l'Homme), nous explique qu'à défaut de mettre en mots l'expérience libératrice, elle peut nous aider à transformer nos douleurs en guérisons. Je veux? Suffit pas de vouloir, petits futés. Il faut se rendre compte de nos manières de nous autodétruire et changer d'attitude... en espérant le déclic...
Tous ces auteurs mêlent les histoires de Jeanne et de Jacques à des explications théoriques. C'est le principe des ouvrages grand public: nous permettre d'éprouver des émotions en comparant nos expériences et nous faire accepter le raisonnement qui nous conduit à vouloir résoudre le problème qui nous a menés jusqu'à la caisse, le livre à la main... On commence à lire, et... comme c'est un guide, il faut travailler. On nous pose des questions, on doit répondre, réfléchir! Ça me fait penser à The Artist's Way, qui a eu tellement de succès il y a quelques années: j'ai lu la méthode résumée en quatre cases d'une petite bande dessinée dans un journal de langue anglaise le mois passé, ça m'a donné un coup. Tous ces mois à me casser la tête...
Parfois, je regarde l'ensemble de ces livres utiles et pertinents, j'ai la chance de les avoir pour me documenter, j'y puise des idées pour ma vie personnelle... Il m'arrive de devenir mélangée, tout se brouille et, un jour, je reçois un cadeau.
C'est mon ancien libraire Michel Bouchard, passé chez Dimedia, que je revois chaque année au Salon du livre. Cette fois, il a pris de l'avance et m'envoie... Le Voyage d'Hector, de François Lelord (Odile Jacob). On ne me dit pas quoi faire, comment me réussir, quel chemin emprunter. Dans ce récit d'un psychiatre portant un regard «naïf» sur le monde, Hector parle aux enfants que nous restons face aux difficultés, nous racontant gentiment ses tribulations. C'est un peu comme si on se retrouvait devant un Martine philosophique, dont le but est d'amasser des leçons de bonheur. Après le melting pot d'ouvrages que je viens de consulter, c'est reposant. Ça nourrit l'âme au lieu de la fouiller.
Mais je me demande, avec tout ce qu'on peut lire, apprendre, mettre en pratique... comment se fait-il que nous ne nous en soyons pas encore sortis?
vallieca@hotmail.com
La prochaine question est une obsession personnelle: quelle est la frontière entre le normal et le pathologique? Par exemple, en fin de semaine, je me demande si je suis une lectrice compulsive ou une amateure passionnée de lecture. Est-il normal de pouvoir trouver au Salon du livre des bouquins qu'on ne voit plus depuis des lustres dans les librairies «ordinaires» ou bien est-ce notre façon de vendre les livres qui ne va pas — on brûle les invendus après deux ans?
D'accord, d'accord, il y a des limites à être élastique avec la santé, on ne va pas se mettre à analyser la santé du livre. Parlons plutôt de nos problèmes de santé dans les livres, ce qu'on écrit pour nous, petites âmes qui avons besoin d'être guidées et rassurées. Ce week-end, si vous allez au Salon du livre, vous verrez justement des livres pour orienter votre démarche personnelle — il s'en écrit, en veux-tu, en v'là. Les lisez-vous?
Je ne sais pas pourquoi, j'ai encore le sentiment que ce sont surtout les femmes qui... J'irais même jusqu'à penser que ce sont surtout des hommes qui écrivent et surtout des femmes qui lisent ce que les Américains ont joliment appelé l'univers du self-help. Mais ça pourrait changer: je viens d'apprendre que chez nos amoureux anglophones, il y a ce mouvement du Fathers Matter, vous avez vu ça? Certains nouveaux pères font une dépression post-partum. Ils perdent du poids ou prennent soudainement du ventre, ils ont des problèmes de sommeil, sont tristes, perdent de l'intérêt pour le monde extérieur et ont de la difficulté à prendre des décisions. On dirait que les hormones les travaillent! La première clinique pour les «papas déprime» ouvrira en Grande-Bretagne en janvier prochain. Ça ouvre des perspectives pour écrire, vous ne pensez pas? Ce coup-là, on titrera: «Redevenez vous-même après l'accouchement de votre femme»...
Mais revenons à nos moutons, à notre Salon du livre, à notre week-end. En se promenant dans les allées, nous verrons Arrêtez de vous faire du souci pour tout et pour rien, une injonction d'une équipe de psys sous la direction de Robert Ladouceur, spécialiste international qui vient de publier son programme de soins pour les anxieux (Odile Jacob). Vaincre fatigue, stress, déprime et protéger son coeur, nous promet Pierre Palardy (Robert Laffont), une star qui, livre après livre, soigne les stars... et nous. Tiens, une autre vedette, Jacques Salomé, qui donnera cet après-midi à 13h une conférence nous indiquant «comment vivre les pertes et les séparations sans se détruire». Restons chez les psys: le populaire Guy Corneau a publié cet automne Victime des autres, bourreau de soi-même (Éditions de l'Homme)... J'ai tourné le titre à l'envers et, savez-vous, j'ai trouvé que ça marchait aussi bien! Marie-Lise Labonté, dans Le Déclic (Éditions de l'Homme), nous explique qu'à défaut de mettre en mots l'expérience libératrice, elle peut nous aider à transformer nos douleurs en guérisons. Je veux? Suffit pas de vouloir, petits futés. Il faut se rendre compte de nos manières de nous autodétruire et changer d'attitude... en espérant le déclic...
Tous ces auteurs mêlent les histoires de Jeanne et de Jacques à des explications théoriques. C'est le principe des ouvrages grand public: nous permettre d'éprouver des émotions en comparant nos expériences et nous faire accepter le raisonnement qui nous conduit à vouloir résoudre le problème qui nous a menés jusqu'à la caisse, le livre à la main... On commence à lire, et... comme c'est un guide, il faut travailler. On nous pose des questions, on doit répondre, réfléchir! Ça me fait penser à The Artist's Way, qui a eu tellement de succès il y a quelques années: j'ai lu la méthode résumée en quatre cases d'une petite bande dessinée dans un journal de langue anglaise le mois passé, ça m'a donné un coup. Tous ces mois à me casser la tête...
Parfois, je regarde l'ensemble de ces livres utiles et pertinents, j'ai la chance de les avoir pour me documenter, j'y puise des idées pour ma vie personnelle... Il m'arrive de devenir mélangée, tout se brouille et, un jour, je reçois un cadeau.
C'est mon ancien libraire Michel Bouchard, passé chez Dimedia, que je revois chaque année au Salon du livre. Cette fois, il a pris de l'avance et m'envoie... Le Voyage d'Hector, de François Lelord (Odile Jacob). On ne me dit pas quoi faire, comment me réussir, quel chemin emprunter. Dans ce récit d'un psychiatre portant un regard «naïf» sur le monde, Hector parle aux enfants que nous restons face aux difficultés, nous racontant gentiment ses tribulations. C'est un peu comme si on se retrouvait devant un Martine philosophique, dont le but est d'amasser des leçons de bonheur. Après le melting pot d'ouvrages que je viens de consulter, c'est reposant. Ça nourrit l'âme au lieu de la fouiller.
Mais je me demande, avec tout ce qu'on peut lire, apprendre, mettre en pratique... comment se fait-il que nous ne nous en soyons pas encore sortis?
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