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Institut Santé et société - La pluridisciplinarité est l'avenir

Identification des déterminants psychologiques, culturels, sociaux et environnementaux

Christian Lévesque   15 novembre 2003  Santé
Le 2 juin dernier, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) créait l'Institut Santé et société (ISS). Étonnant pour une université qui n'est pas réputée pour ce domaine d'études. Pourtant, les efforts qui sont déployés par cette institution pour réunir la recherche et les applications pratiques sont plus qu'imposants. Portrait de ce rassemblement de chercheurs.

L'«université du peuple» n'a jamais été reconnue pour ses recherches dans le domaine de la santé. En fait, elle ne possède pas de faculté de médecine. Selon la directrice de l'ISS, cette situation n'est pas liée au manque de ressources: «Les personnes qui traitaient de ce sujet étaient éparpillées dans les diverses facultés de l'université», explique Diane Berthelette. Professeure à l'École des sciences de la gestion et titulaire d'un doctorat en santé communautaire, elle dirige l'ISS depuis six mois, mais affirme que le projet était dans l'air depuis deux ans. «C'était très difficile d'inciter les étudiants à poursuivre leurs études à la maîtrise et au doctorat en santé. Quand on veut créer des projets de recherche d'une plus grande envergure, il est indispensable d'avoir une équipe

multidisciplinaire.»

L'ISS permet dorénavant de faciliter les activités de recherche de ces chercheurs, d'accroître leurs capacités de formation, d'encourager les approches de recherche novatrices intégrant diverses dimensions de la santé et d'améliorer l'utilisation des résultats de recherche par différentes catégories d'usagers.

Annoncé comme «le plus grand regroupement multidisciplinaire de chercheurs au Canada dans le domaine de la santé», l'Institut Santé et société cherche avant tout à améliorer les retombées des recherches fondamentales et appliquées sur la population. Déjà, près de 90 professeurs se sont associés au projet, mais plusieurs autres pourraient s'y greffer d'ici peu. «On collaborait ensemble depuis déjà très longtemps, affirme la nouvelle directrice. Nos expertises complémentaires ont fait en sorte que la direction de l'université a fait de la recherche en santé une de ses priorités.» Des liens avec des chercheurs étrangers et avec d'autres universités sont également en développement afin de pousser encore plus loin le concept.

Des recherches importantes

Profitant du récent courant qui valorise fortement la pluridisciplinarité et l'ouverture historique de l'UQAM vers les nouveaux courants, l'envergure des recherches proposées par les chercheurs rendait inévitable un tel regroupement.

Pour illustrer comment fonctionne le nouvel institut, Diane Berthelette relate un cas typique visant notamment à être solutionné par le futur Centre de recherche et d'innovation pour la prévention des troubles musculo-squelettiques, une initiative de l'ISS. Pour comprendre et résoudre un problème de cette nature, de nombreux domaines de recherche entrent en jeu. Il faut d'abord analyser en milieu de travail les causes des douleurs. Ensuite, une seconde équipe effectue de la recherche sur ces maux. Un autre groupe est alors sollicité pour tenter de faire de la prévention en créant de nouveaux outils de travail. Une équipe de psychologues peut alors être appelée pour déterminer si le stress, ou d'autres facteurs psychologiques, peuvent être à la source du problème. Finalement, le développement et l'application de traitements spécialisés sont mis de l'avant afin de rétablir la situation. À chaque étape du processus, les connaissances approfondies et variées des équipes de recherche permettent de trouver la façon la plus appropriée pour appliquer les méthodes visant à résoudre les causes et les conséquences du problème.

Les travaux des chercheurs de l'ISS se concentrent principalement sur l'identification des déterminants psychologiques, culturels, sociaux et environnementaux de la santé et des problèmes de santé. Bref, des domaines dans lesquels l'UQAM excelle. S'y rajoute l'évaluation scientifique d'interventions médicales et non médicales visant à prévenir les problèmes de santé et les incapacités qui en découlent.

Puisque la santé est intimement liée à des facteurs de nature sociale, culturelle et économique, l'UQAM tire profit de sa situation géographique (au milieu du centre-ville de Montréal) pour mettre de l'avant le développement de plans d'intervention. «Grâce à notre emplacement, on peut facilement s'associer à des groupes qui sont directement impliqués auprès de la population», dit Diane Berthelette.

Difficile de trouver du financement

Cette nouvelle approche pluridisciplinaire est cependant difficile à financer. «C'est plus compliqué d'avoir des subventions car se sont des sentiers qui sont moins bien compris. Les gens qui évaluent les projets n'ont pas de formation multidisciplinaire et cela cause parfois des problèmes

supplémentaires», explique Diane Berthelette.

«C'est plus ardu car on doit former une équipe avec des gens qui n'ont pas du tout la même approche et qui n'ont pas la même vision des choses, poursuit-elle. Cela prend plus de temps pour écrire un projet de recherche et on n'est même pas assuré que ceux qui accordent les subventions vont la comprendre, ni si les publications vont vouloir la publier.» La directrice de l'ISS espère néanmoins que cette situation évoluera avec le temps.

Des prix pour l'UQAM

L'approche pluridisciplinaire impose toutefois sa marque dans le monde scientifique. Récemment, le professeur René Roy, du département de chimie de l'UQAM, a reçu le prix Melville L. Wolfrom de l'American Chemical Society pour sa conception de nouvelles architectures moléculaires impliquées dans plusieurs maladies d'origine immunitaire et infectieuse. Ce prix constitue l'un des plus prestigieux dans ce domaine de recherche: de quoi augmenter la confiance envers l'Institut Science et société.

En plus de ce récent exploit, René Roy a aussi contribué à la mise au point de trois vaccins synthétiques permettant le traitement d'infections d'origine bactérienne et de certaines formes de cancer. Avec ses collaborateurs cubains, il est également à l'origine d'un vaccin breveté contre la méningite et un certain type de pneumonie. Ce sérum, conçu à l'intention des enfants des pays en voie de développement et de personnes ayant des défaillances au niveau du système immunitaire, est présentement en phase clinique.

Des possibilités immenses...

Les recherches menées à l'ISS peuvent ainsi ouvrir des portes à bien des réalisations. Depuis sa création, l'Institut a en outre mis sur pied un diplôme d'études supérieures spécialisées en prévention des incapacités au travail. De plus, l'ISS participe activement au consortium pour la création d'un campus virtuel en santé en collaboration avec les universités McGill, de Montréal et de Sherbrooke. Le lancement étant pour bientôt, Diane Berthelette s'est faite discrète quant à sa portée réelle afin de conserver secrets les détails de l'opération: «L'utilisation croissante du Web pour faire de la formation à distance est importante et la collaboration entre nos universités permettra des choses qui sont impossibles à faire présentement.»

Après seulement six mois d'existence, l'Institut Santé et société de l'UQAM se porte plutôt bien. Selon sa directrice, on espère également créer un doctorat en études pluridisciplinaires dès janvier prochain. Les membres de l'ISS espèrent d'ailleurs que la direction de l'université leur consacrera un pavillon entier doté d'équipements de pointe. Rien de moins! Toutefois, si l'ISS poursuit sur sa lancée actuelle, il faudra peut-être se demander si cela suffira...
 
 
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