Pas d’argent frais pour l’assurance autonomie

«Les gens vont être encore malades demain, indépendamment du budget du Québec », s’indigne la directrice générale de l’AQESSS, Diane Lavallée. Elle promet que ses membres ne vont pas « rester les bras croisés ».
Photo: Annik MH de Carufel - Archives Le Devoir «Les gens vont être encore malades demain, indépendamment du budget du Québec », s’indigne la directrice générale de l’AQESSS, Diane Lavallée. Elle promet que ses membres ne vont pas « rester les bras croisés ».

Québec demande au réseau de la santé de puiser les 110 millions promis pour financer les soins à domicile et l’assurance autonomie à même l’enveloppe globale. Cela forcera un réseau déjà pris à la gorge à couper dans plus de services, avertissent les établissements de santé. Le manque à gagner total pourrait atteindre 618 millions.

 

Le ministre de la Sant Réjean Hébert a confirmé mardi à l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) que l’argent promis pour le soutien à domicile est compris dans l’augmentation de 3 % du budget de la santé. Le réseau devra donc couper 110 millions de services ailleurs, avertit la directrice générale de l’AQESSS, Diane Lavallée.

 

« C’est le réseau public qui est mis en danger », scande-t-elle, catégorique.

 

Le bureau du ministre de la Santé Réjean Hébert a refusé de confirmer cette information, affirmant que les crédits budgétaires seraient dévoilés «en temps et lieu»

 

Un défi impossible ?

 

En déposant le projet de loi sur l’assurance autonomie à l’automne, Québec avait promis une enveloppe « supplémentaire » de 500 millions jusqu’en 2017-2018, dont 110 millions en 2014-2015. Ces sommes doivent être dédiées aux soins à domicile, mais le projet de loi n’a pas encore été adopté: la Caisse autonomie n’existe pas encore. Le virage vers les soins à domicile est toutefois amorcé afin de mettre la table pour l’entrée en vigueur en avril 2015.

 

L’AQESSS approuve le projet d’assurance autonomie. « Mais dans quels services va-t-on devoir couper pour le financer ? » demande Mme Lavallée.

 

L’attachée de presse du ministre Hébert, Ariane Lareau, continue d’affirmer que le gouvernement a « doublé l’enveloppe récurrente des soins à domicile », et que ces derniers sont « résolument priorisés ». Le cadre budgétaire de l’assurance autonomie, que le ministre avait promis pour le début de la commission parlementaire, n’a toujours pas été rendu public. Avec les élections probables, il y a peu de chance que cette commission se tienne à court terme.

 

Avec cette nouvelle tuile à son budget, l’AQESSS calcule qu’il lui reste un maigre 226 millions pour honorer des engagements de 844 millions, nécessaires au maintien des services actuels. Cela comprend un déficit anticipé de 150 millions pour l’année qui s’achève. Ou, si on regarde les chiffres par l’autre bout de la lorgnette, qu’il faudra couper 618 millions dans les services pour équilibrer le budget. « On ne peut pas penser qu’on va pouvoir donner les mêmes services », avertit Mme Lavallée.

 

« Les gens vont être encore malades demain, indépendamment du budget du Québec », s’indigne-t-elle. Elle promet que ses membres ne vont pas « rester les bras croisés ».

 

Elle demande à Québec de tenir un débat « transparent » sur les « choix de société » qui devront être faits. « Il va falloir mettre les chiffres sur la table et dire ce qu’on peut se payer en attendant d’aller chercher de nouveaux revenus ». La question est pressante. « Les choix, c’est cette année qu’il faut les faire. Si ce n’est pas Québec qui les fait, ce sera chaque établissement, à la pièce, et ça, ce serait inéquitable ! »

 

Si le ministre de la Santé, Réjean Hébert, arrive à négocier avec les médecins un étalement de leurs hausses salariales, la pression sur le réseau se relâcherait un peu, sans être résorbée. Reste que « ces négociations doivent donner des résultats, urge Mme Lavallée, car il en va du maintien des services à la population ».

  

Un système trop coûteux ?

 

Pour justifier la hausse de 3 % consentie au secteur de la santé, contre un engagement précédent de 4,8 %, le ministre des Finances a affirmé en entrevue à Radio-Canada Première vendredi dernier que le Québec qu’il fallait contenir les coûts. « On fait ce que toutes les provinces font », a répondu M. Marceau à Marie-France Bazzo, ajoutant qu’« au Québec, on dépense plus, que ce soit par habitant ou en fonction du PIB [produit intérieur brut] ». Il félicite aussi l’Ontario, qui a su compresser la hausse des dépenses de santé à 1,9 % pour 2014-2015.

 

Le dernier rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) stipule que le Québec se situe plutôt en queue de peloton en matière de dépenses publiques de santé par habitant. En 2012, elles se sont élevées à 3792 $, contre une moyenne canadienne de 4148 $.

 

Au ministère des Finances, on explique que si on ajuste les données de l’ICIS au coût de la vie par province, le Québec n’est plus dernier, mais troisième quant à l’importance des dépenses publiques de santé par habitant. « On est en fait assez dans la moyenne », dit le porte-parole du ministère Jacques Delorme. En fonction du PIB par habitant, le Québec se classe au 5e rang, avec 8,5 %, toujours selon les calculs du ministère des Finances. L’Ontario s’en tire en investissant 7,8 %, la Colombie-Britannique, 8,3 %.

 

Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain jeudi, le ministre Marceau a aussi dit fonder beaucoup d’espoir sur le financement axé sur le patient, une nouveauté annoncée au dernier budget. Cette réforme est nécessaire pour « augmenter la valeur de chaque dollar investi » et « relever les défis » du système de santé, croit M. Marceau.

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NDLR: Une correction a été apporté à cet article après la mise en ligne.

20 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 28 février 2014 03 h 13

    Trop, c'est comme pas assez...

    Je côtoie des travailleurs et des travailleuses du milieu de la santé et ce que j’entends c’est qu’ils et elles sont débordés-es d’ouvrage. Il y a quand même une limite à demander à quelqu’un de se dévouer corps et âme pour le bien commun. Les gestionnaires vont déchanter lorsqu’ils vont s’apercevoir que la commande du gouvernement, du ministère de la Santé, est irréaliste et que les coûts des congés de maladie et l’utilisation des agences privées dépassent les bénéfices à court terme.
    Le climat de travail est tel qu’il ne serait pas surprenant qu’on en arrive à promouvoir le sacrifice personnel et l'émulation entre travailleurs et travailleuses pour le bien des cibles budgétaires gouvernementales, mettant ainsi de l’avant un stakhanovisme typiquement péquiste.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 février 2014 09 h 40

      Question : Combien une garde-malade a-t'elle de patron ?

      Plus ça va plus ça ressemble à une chaloupe avec 10 personnes à bord, une seule avec des rames et 9 qui crient après elle !

      Est-ce que c'est ça la «création d'emplois» à Bourassa ?

      PL

  • Marc Bergeron - Inscrit 28 février 2014 03 h 16

    Est-ce qu'on nous ment?

    Qui a raison? Franchement je ne vois pas comment on a investi davantage alors que l'on continu de couper. Encore pour l'année qui vient on en demande encore plus. Les soins à domicile ce sont encore sur le budget des hôpitaux qui devra réduire encore et le déficit augmentera. On voit bien que cela ne tient pas entre les paroles et la réalité.
    Le système manque d'argent depuis longtemps et aucun ménage en vue sauf, des coupures qui sont fait sur le dos des patiens. Des services sont coupés comme l'aide pour accompagnement des personnes âgées ou malade ou pour les courses. On donne l'argent à des OSBL qui souvent sont des organisations défaillantes. Plus dispendieux que le privé, de l'incompétence, négligeant, roulement d'employé mal payer, mauvaise gestion, frais administratifs exagérés etc. Le PQ a enlevé les soins à domicile aux hôpitaux dans le passé, actuellement ce sont les CLSC et maintenant on s'oriente vers ce type de service OSBL et l'argent ne va pas aux patiens.

    • Denise Ouellet - Abonnée 28 février 2014 09 h 57

      Cher M. Bergeron je crois que vous êtes mal informé. Le gouvernement a procédé à la fusion des établissements avec la réforme de 2003, le but étant de faire aborber le déficit chronique des hôpitaux par les autres établissements du réseau qui arrivaient à remplir leurs mandats sans dépassement budgétaire. Les services à la population étaient alors rendus par le personnel professionnel et technique des CLSC, en passant ces services étaient vraiment plus complets.
      Depuis les fusions qui, pour les amoureux du français signifie rendre liquide ce qui était solide, les services aux personnes ont diminués comme peau de chagrin, les argents servant à boucler les budgets des hôpitaux. Non satisfait de la détérioration actuelle des services aux personnes à domicile, on impose maintenant un financement à l'acte dans tous les établissements du réseau, sachant très bien que ce type de financement est responsable de l'ensemble des dépassements de coûts. Pour reprendre ce que j'ai entendu il y a peu de temps: Par analogie, embauchez un électricien pour faire des travaux à votre domicile et dites-lui que vous le paierez au nombre de prises qu'il y installera, puis compter le nombre de prises de courant que vous aurez et on s'en reparlera. Il faut revoir entièrement le financement du réseau de la santé et des services sociaux, diminuer la bureaucratie et les bureaucrates et revenir à l'essentiel soit le services aux personnes dans le besoin.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 février 2014 03 h 59

    Mémo

    Voici le mémo que certains semblent ne pas avoir reçu : «Y pas d'argent frais au gouvernement. Merci.»

    Tous les contribuables le savent, comment ça se fait qu'eux, entre autre, ne le savent pas ?

    Les multiples annonces ? L'argent vient d'ailleurs. Il ne vient pas du budget.

    Suggestion : éliminez des bureaux d'administration !

    Bonne journée.

    PL

    • Albert Labranche - Inscrit 28 février 2014 08 h 36

      Eléminez le gouvernement et mourez maintenant, vous souffrirez moins.

    • Mario Leroux - Inscrit 28 février 2014 10 h 25

      Oui trop de bureaucrates à 100,000$ et plus à gérer je ne sais quoi!
      Ils ont,en plus,de gros égos ces bureaucrates....je préfère ne rien ajouter d°autres!

  • Pierre Couture - Inscrit 28 février 2014 07 h 04

    QUEL CULOT!

    Alors que Pauline Marois nous annonce sans sourciller qu’elle va continuer de déverser des milliards dans les goussets des vendeurs d’éoliennes ;

    Alors que sa ministre Ouellet annonce qu’elle veut encore et encore acheter à coups de milliards de dollars de l’électricité ni stockée ni vendue, bref, de l’électricité jetée carrément à la poubelle ;

    le ministre des finances nous annonce de son côté qu’il faudra notamment sabrer dans le financement des soins à domicile.

    110 millions de moins qui iront dans le système de santé!

    Cela sans compter les compressions et gymnastiques diverses imposées au système d’éducation, de la maternelle à l’université.

    Bref, entre les soins aux citoyens et les soins aux actionnaires des multinationales, on voit où penche le PQ.

    Entre la formation et la préparation des citoyens de demain et la voracité multinationale d’aujourd’hui, on voit où penche le PQ.

    Il faudra s’en souvenir dans l’isoloir.

  • Denise Ouellet - Abonnée 28 février 2014 07 h 50

    cherchez l'erreur, vivre l'horreur au quotidien

    Ce que ne dit pas le ministre Hébert c'est que nos aînés ne reçoivent pas les services essentiels. Actuellement, et ce depuis au moins 3 ans, en somme, depuis l'instauration de la gestion publique par statistiques la qualité n'est plus regardée, on s'attarde uniquement à la quantité de soins... Les aidants sont épuisés par la succession interminable d'intervenants et finissent par demander l'arrêt des services. L'assurance autonomie est une privatisation des services aux aînés. Les établissements devront financer les agences de services à domicile. Le PLQ a cédé nos petits au secteur privé, le PQ leur cède nos aînés...