La productivité des médecins décline

Le déclin de la productivité des médecins spécialistes pourrait s’expliquer par la non-disponibilité des salles.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le déclin de la productivité des médecins spécialistes pourrait s’expliquer par la non-disponibilité des salles.

Les facultés de médecine ont diplômé des centaines de nouveaux médecins depuis 2007. Mais la productivité totale du corps médical décline plutôt que d’augmenter, selon le chercheur Damien Contandriopoulos.

 

Malgré les critiques du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, Damien Contandriopoulos persiste et signe. À la lumière des données de 2012 de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), rendues disponibles vendredi, il avance que la productivité des médecins québécois recule, alors que leurs revenus, eux, croissent.

 

« La baisse de service équivautà la perte de 32 omnipraticiens par rapport à 2007, et de 223 spécialistes », selon le chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal. Problème : depuis 2007, nous avons pourtant 662 médecins de famille et 1166 spécialistes de plus dans le réseau, calcule-t-il.

 

Entre 2011 et 2012, il observe certaines tendances. D’abord, le nombre total d’actes médicaux rendus par les omnipraticiens a légèrement augmenté, mais le nombre d’actes par médecin diminue. « Nous sommes passés de 4271 à 4226 actes par médecin, et on voit cette érosion se poursuivre chaque année », dit M. Contandriopoulos. La rémunération moyenne, elle, a pourtant bondi de 10 %. Pourquoi ? « On peut autant expliquer cela par la complexité croissante des cas, qui prendraient plus de temps à traiter, que par la possibilité que les médecins travaillent moins en sachant qu’ils feront le même salaire. Les deux hypothèses sont plausibles », dit le chercheur.


Les spécialistes aussi

 

Du côté des spécialistes, le nombre moyen d’actes par médecin a aussi connu une baisse, mais la rémunération a stagné. « Les explications peuvent être de plusieurs ordres, dit M. Contandriopoulos. Il est possible que les plateaux techniques, les salles d’opération, ne soient pas aussi disponibles qu’ils le voudraient. Peut-être aussi que la productivité des spécialistes est en décroissance. »

 

Ce qui reste « frappant », selon le chercheur, « c’est qu’on investit beaucoup d’argent public sans que ça améliore l’accessibilité ». Il rappelle que les médecins ne semblent pas soumis aux mêmes contraintes de performance que le reste du réseau : les établissements, entre autres, doivent sans cesse améliorer leur productivité et rencontrer des cibles fixées par Québec.

 

La semaine dernière, après la publication de l’analyse des données de 2007 à 2011 par M. Contandriopoulos et sa collègue Mélanie Perroux dans la revue scientifique Healthcare Policy, le Dr Gaétan Barrette a critiqué vertement la méthode du chercheur dans une lettre publiée dans la section Idées du Devoir le 7 février. Le président de la FMSQ mettait en doute ses conclusions. Il rappelait aussi que, lors des dernières négociations des médecins avec Québec, un rattrapage salarial avec les médecins du reste du Canada a été consenti, sur dix ans. « À partir de 2015, cet exercice de rattrapage étant terminé, la pression sur les finances publiques à laquelle [M. Contandriopoulos fait référence] sera considérablement réduite », écrivait le président de la FMSQ.

 

Damien Contandriopoulos défend son analyse, qui a en outre passé le test de la révision par un comité de pairs indépendants. « Ce sont des données publiques et elles doivent être discutées dans l’espace public. Que des gens soient critiques, c’est sain, ça alimente le débat. Mais ça reste une analyse très directe des données brutes, il est peu probable selon moi que les tendances observées soient fausses. »

 

En 2012, la rémunération des médecins a coûté 5,2 milliards au trésor public.

 





Source des tableaux: Damien Contandriopoulos
18 commentaires
  • Clément Doyer - Abonné 15 février 2014 05 h 50

    Est-ce que ça veut dire que leur paye augmente et qu'ils se trainent les pieds? Ou bien qu'ils ne reçoivent plus que 10 patients de l'heure et qu'ils chic-chic plus souvent? À quand la facture de chaque contribuable au moment des impôts qui détaillera ce que le ministère de la maladie a eu à débourser aux médecins? Chacun saurait, on ne serait plus dans un trou noir et ce mystère pourrait être résolu. Ce lobby sur-puissant fait la pluie et le beau temps, personne n'a le pouvoir de questionner!

  • Yv Bonnier Viger - Abonné 15 février 2014 06 h 10

    Données brutes

    Le débat est sain certes et on peut se demander pourquoi un cardiologue gagnerait moins qu’un vice-président de banque ou plus qu’un ingénieur de chantier. Cependant le débat doit tenir compte d’une foule de variables que les données brutes ne fournissent pas. Pour qu’un débat soit sain et productif, il doit être éclairé. Milles questions se posent. Qu’est-ce que la productivité globale des médecins ? Le nombre d’actes posés ou l’état de santé de la population ? L’accessibilité à une première consultation ou un suivi de qualité après le diagnostic ? Une accessibilité différenciée selon l’importance des problèmes ou l’accessibilité sans égard à la pathologie ? La comparaison dans le temps aussi mérite d’être nuancée. Une profession qui travaillait 70 heures par semaine parce qu’à effectifs réduits peut-elle se permettre de travailler moins d’heures quand cette pénurie se comble ?

    Plus largement, pourquoi l’écart des revenus nets augmente-t-il au Québec et au Canada au lieu de diminuer ? Vers quel type de modèle social s’achemine-t-on ? Quel est le rôle de la masse monétaire investie dans le système de santé dans cette dynamique ?

    Le débat est sain, il faut le poursuivre. Il faut cependant se garder une petite gêne sur les conclusions ou l’émission d’hypothèses tant que le tableau n’est pas complété…

  • André Michaud - Inscrit 15 février 2014 09 h 45

    L'arrivée des femmes et autres valeurs..

    L'arrivée des femmes en médecine a modifié le paysage. Les femmes , par leur rôle de mère, sont moins disponibles que les hommes. Il faudra vivre avec cette nouvelle réalité.

    De plus, les plus jeunes médecins veulent consacrer plus de temps à leur famille et amis que les vieux médecins , les valeurs changent.

    Il faudra donc plus de médecins si on veut améliorer les services.

    Le manque de lit et personnel fait aussi que des opérations sont retardées, car il faut un suivi après l'opération. Les chirurgiens sont donc sous utilisés, et pourraient faire plus d'opérations chaque semaine.

    Avec le vieilissement de la population il serait grand temps que l'état prenne ses responsabilités .

    Les citoyens ont aussi leur responsabilité par leur mauvaise alimentation et le manque d'exercices, tabac, alccol etc..ainsi que de nouveaux phénomènes comme plus de sports extrêmes qui occupent de plus en plus les orthopédistes ..

    • Roxane Bertrand - Abonnée 15 février 2014 14 h 20

      Il y a sûrement des femmes médecins en France ainsi qu'une population vieillissante, pourtant, leur système marche mieux que le notre : 15 minutes maximum aux urgences, médecins de famille 24hrs/24, 7j/7.

      La différence c'est que les médecins français sont payés à salaire (23 à 28 euro/heure) et ont des obligations de disponibilité très stricts envers leurs patients.

      Le Québec, un jour, ne pourra plus continuer à prendre la responsabilité du système de santé si cela continu comme ça. Ça coûte trop cher!

    • Gaetane Derome - Abonnée 15 février 2014 15 h 18

      Mme Bertrand,

      Je crois que vos informations sur la facon dont fonctionne la France n'est pas tout a fait exacte.Sachez que le salaire des medecins varie beaucoup la-bas.Par ailleurs,ils ont aussi des medecins dit liberaux.
      http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/09/17/1630

    • Yvan Dutil - Inscrit 16 février 2014 08 h 00

      Toutes choses étant égales, les médecins français sont beaucoup moins payé qu'au Québec. D'autre part, le système de paramédic diminue énormément la pression sur les urgences.

  • Normand Murray - Inscrit 15 février 2014 10 h 12

    Un constat indéniable.

    Avec tout la paperasse imposée le temps consacré à cette tâche en est une cause majeur. Encore le crayon qui primes sur le stéthoscope.La productivité est moindre dû aussi aux facteur que la qualité de vie est primordiale parmis une bonne partie pour les moins de 45 ans ayant été témoins que leurs parents étaient considérés comme des numéros et que la gratitude dans notre monde est une vertu que souvent le patronnat sembles avoir rayés de son vocabulaire.Pourquoi donc je me tuerais à l'ouvrage puisses qu'à la fin j'en ai pas plus.La non productivité messieurs les patrons est grandement responsable de cette réalité. Ça mérite une sérieuse réflexion.

  • Monique Girard - Abonnée 15 février 2014 13 h 39

    Beau débat effectivement!

    Ces données nous apportent un éclairage fort intéressant. Il est grand temps que l'on aborde ce sujet tabou. C'est vrai qu'il ne faut pas arriver à de hâtives conclusions. Je rêve peut-être mais j'aimerais beaucoup que les deux fédérations médicales que sont la FMOQ et la FMSQ participent au débat avec une belle transparence au lieu de trouver tout des suite des erreurs à l'analyse de monsieur Contandriopoulos. Le Collège des médecins devrait également participer à ce débat. C'est certain que la préoccupation d'une meilleure qualité de vie doit jouer de même que l'arrivée de plus de femmes en médecine. Pourtant l'ajout de plus d'admissions en médecine ne semble pas compenser. J'espère que l'on ne nous sortira pas encore le vieillissement de la population pour expliquer ce phénomène.......Parce que cela fait 20 ans que l'on se gargarise avec cela pour tout expliquer les difficultés que notre société connaît. Bref, à suivre cette question fort pertinente!