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    Libre opinion - Contre l’acharnement thérapeutique

    21 janvier 2014 |Pierre Reid | Santé

    L'une des principales mesures du projet de loi sur les soins de fin de vie est passée complètement sous le radar médiatique alors que c’est la nouveauté qui concerne le plus grand nombre de nos concitoyens et concitoyennes. On a parlé abondamment de l’euthanasie sous la forme de l’aide médicale à mourir qui touchera au maximum 2 % des mourants. On a parlé beaucoup moins des soins palliatifs qui seront utilisés dans une bien plus grande proportion. Mais on n’a pas parlé du tout des directives médicales anticipées qui changeront complètement la planification des soins de fin de vie pour la grande majorité des Québécoises et des Québécois.

     

    La plupart d’entre nous n’auront pas besoin de recourir aux soins palliatifs ou à l’aide médicale à mourir dans les années qui viennent, mais nous allons sûrement exercer notre nouveau droit de contrôler la nature et l’intensité des soins qui accompagneront notre fin de vie. Ce contrôle dépasse de beaucoup les démarches actuelles, comme le Testament biologique, qui n’ont qu’une valeur informative et non contraignante pour la famille ou l’équipe médicale. La nouvelle procédure permettra en particulier à chacun, selon sa volonté, de limiter les excès de soins dans la dernière partie de sa vie.

     

    L’acharnement thérapeutique existe au Québec. Il n’a pas du tout la même origine que dans plusieurs pays où il est réputé être associé à l’intérêt financier de certains hôpitaux, cliniques ou médecins. Les témoignages entendus par les parlementaires québécois évoquent plutôt deux causes plus reliées à notre culture : la pratique d’une médecine tout orientée vers la lutte contre la mort et la place laissée à la famille et aux proches dans les décisions de prolongement de soins. La médecine québécoise n’est pas encore prête à passer systématiquement des soins curatifs aux soins palliatifs. Et l’on connaît les malaises des familles, malgré les volontés du mourant, quand vient la décision de prolonger ou non l’agonie.

     

    Depuis plus de vingt ans, le patient québécois peut refuser tout soin médical même si ce choix provoque son décès à court terme. Ce droit lui permet d’imposer sa volonté à l’équipe médicale autant qu’à sa famille, mais le patient doit être conscient et apte à décider. Lorsque le patient est inconscient ou inapte par suite d’un accident ou d’une maladie, ce droit ne peut pas être exercé. Différents moyens existent pour faire connaître ses intentions, mais ni l’équipe médicale ni la famille ne sont tenues de s’y conformer. L’acharnement thérapeutique est encore bien présent parmi nous.

     

    La nouvelle loi, qui vient de passer le dernier test parlementaire avant son adoption, va changer la donne. Chaque personne apte pourra désormais consigner à l’avance sur un formulaire gouvernemental les soins qu’elle autorise ou refuse en cas d’inconscience ou d’inaptitude. Ce faisant, ce formulaire sera obligatoirement consulté et suivi par l’équipe de soins, selon un encadrement très serré.

     

    Certaines personnes entendues en commission parlementaire auraient souhaité que l’aide médicale à mourir soit accessible aux malades inconscients, par l’entremise de directives anticipées.

     

    La nouvelle loi ne va pas jusque-là : la pleine conscience et l’aptitude d’un patient sont des conditions essentielles et préalables à l’obtention de l’aide médicale à mourir. Toutefois, si quelqu’un veut éviter à son corps de longues années de vie végétative, les directives anticipées lui permettront de refuser à l’avance tout soin médical en vue de permettre son décès naturel sans intervention.

     

    Cette nouveauté constitue une avancée très importante qui répond du moins partiellement à une grande inquiétude citoyenne. Je partage cette inquiétude et je vais remplir ce formulaire aussitôt qu’il sera offert. Nous serons sans doute quelques millions à le faire.


    Pierre Reid - Député libéral d’Orford. Il a été membre de la Commission spéciale Mourir dans la dignité et il vient de terminer l’étude article par article du projet de loi 52 en commission parlementaire.













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