La maladie de Lyme s’étend au Québec

Des souris infectées par la bactérie causant la maladie de Lyme ont été trouvées dans le parc du Mont-Saint-Bruno.
Photo: Alex Tran Des souris infectées par la bactérie causant la maladie de Lyme ont été trouvées dans le parc du Mont-Saint-Bruno.

La maladie de Lyme progresse au Québec, surtout en Montérégie. En 2013, la santé publique a confirmé 112 cas d’infection chez l’humain, contre 25 en 2011 et 43 en 2012.

 

Pour identifier les zones à risque, la chercheuse Virginie Millien surveille la présence simultanée de la tique, vecteur de la bactérie responsable de la maladie, et de ses hôtes, la souris à pattes blanches et le cerf. Elle confirme que les conditions nécessaires à la propagation sont réunies dans certains secteurs de la Montérégie, comme le parc Mont-Saint-Bruno. Mais elle ne peut lier ces indicateurs aux 112 cas humains - c’est la prochaine étape que ses recherches aborderont.

 

C’est en juillet (35 cas) et en août (60 cas) que la santé publique a été avisée du plus grand nombre de cas.

 

La Montérégie est la seule région touchée. « On voit que les tiques se sont installées dans le sud du Québec. Je ne crois pas que le nombre de cas va baisser dans les années à venir. Il va falloir vivre avec », dit le Dr François Milord, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

 

Il souligne que la fulgurante augmentation du nombre de cas en 2013 est en partie causée par la vigilance accrue des professionnels de la santé, qui ne connaissaient pas du tout cette maladie il y a quelques années. Pour ce qui est de la gravité des symptômes, le Dr Milord parle de « beaucoup de cas de symptômes cutanés, d’une petite proportion de symptômes nerveux et des articulations et plus rarement, des problèmes cardiaques ».

 

La souris comme indice

 

La chercheuse à l’Université McGill Virginie Millien surveille la maladie de Lyme dans les boisés de la Montérégie depuis plusieurs années. En échantillonnant dans des boisés cet été, ses étudiants ont été victimes d’un nombre important de morsures de tiques, qui transmettent la maladie. L’an prochain, c’est donc en combinaison blanche de laboratoire ne laissant voir que le visage que vous risquez de les croiser. Certains ont dû prendre des antibiotiques, en prévention, mais aucun n’a été malade.

 

Sur leurs 15 sites d’échantillonnage, les chercheurs ont recueilli plus de 2000 tiques, contre 449 en 2012. Le cycle de vie de la bactérie B. burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme, est complexe. Les différents stades passent par les tiques, les souris à pattes blanches (et non pas les souris sylvestres), les cerfs et les oiseaux migrateurs. Les points chauds ? « Ne sortez pas des sentiers au mont Saint-Bruno ! », lance spontanément Mme Millien.

 

Aucun cas humain ne peut être lié à une randonnée dans ce parc pour l’instant. Mais tous les ingrédients sont réunis. « On a des souris, des tiques, des cerfs et un corridor de forêt coincé dans une zone urbaine », observe la chercheuse : la recette pour que la bactérie se reproduise. Dès 2011, elle a trouvé quelques souris infectées par la bactérie dans ce parc.

 

Il y a un autre point chaud dans une zone boisée près de la base militaire de Farnham. Le grand bois près du Mont-Saint-Grégoire aussi. Le mont Saint-Hilaire semble épargné pour l’instant.

 

La frontière nord de la maladie - chez la souris - s’étend entre L’Assomption, sur la rive nord, et Drummondville, sur la rive sud du Saint-Laurent. « C’est la dernière zone où les tiques cohabitent avec les souris et où on détecte la bactérie », confirme Mme Millien.

 

Les tiques et les souris recueillies cette année n’étaient pas nécessairement infectées : la chercheuse n’a pas encore analysé les échantillons de 2013 et ne peut indiquer si la bactérie causant la maladie de Lyme était présente. Elle a toutefois été confirmée en 2011 et 2012.

 

Et l’humain ?

 

Pour l’instant, la santé publique ne dévoile pas le lieu géographique précis des infections humaines. Mme Millien souhaite obtenir ces données pour effectuer des croisements avec ses observations dans la nature. Elle pourra ainsi déterminer si, comme elle le pense, la présence de la souris à pattes blanches et de tiques infectées dans une zone boisée prédit les risques d’infections humaines. On pourrait ainsi cibler les efforts de prévention. Des panneaux pourraient avertir les randonneurs et leur expliquer les précautions à prendre, par exemple.

 

Son but n’est surtout pas d’alerter la population. « On essaie de faire de l’information factuelle. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est un risque réel, et les gens sont très peu informés, nous n’avons pas encore la culture de nous protéger des tiques. »

 

« Les Montréalais sont tranquilles pour le moment », ajoute-t-elle. Elle a visité le mont Royal en 2011, et n’y a trouvé aucune tique. Et même si on trouve des tiques beaucoup plus au nord, ces dernières ne sont pas infectées par la maladie de Lyme.

 

Ça pourrait changer. La souris à pattes blanches « monte » de 10 km par an, emportant la bactérie avec elle. L’hiver semble encore protéger le Québec en tuant les tiques. Le réchauffement climatique, qui a déjà fait grimper le thermomètre de 0,8 degré Celsius sur la Rive-Sud de Montréal, semble être le facteur déterminant dans la progression de la maladie. Les oiseaux migrateurs en provenance du sud nous amènent aussi de nouvelles tiques infectées chaque année, selon les analyses génétiques. Mais ces dernières doivent ensuite se trouver un hôte, comme la souris, survivre et se reproduire.

 

Vêtements longs, pantalons dans les chaussettes et utilisation d’un insectifuge à base de DEET, voilà les précautions que les randonneurs estivaux, surtout en Montérégie, devront prendre à l’avenir. « On essaie de véhiculer l’information, mais les changements personnels se font lentement », observe le Dr Milord. Les tiques restent généralement attachées à la peau lors d’une morsure. Si on les retire rapidement à l’aide d’une pince à épiler, les risques d’infection par la maladie de Lyme sont considérablement réduits.

23 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 novembre 2013 00 h 21

    Frivolité

    "En échantillonnant dans des boisés cet été, ses étudiants ont été victimes d’un nombre important de morsures de tiques, qui transmettent la maladie. (...). Certains ont dû prendre des antibiotiques, en prévention, mais aucun n’a été malade."

    On ne joue avec la santé des gens surtout lorsqu'ils sont sous notre responsabilité comme ces élèves. Heureusement qu'il n'y a pas eu de drames.

    Cette peste est à surveiller. Elle pourraît fort bien atteindre les villes.

  • André - Inscrit 7 novembre 2013 00 h 45

    Laurentides...

    Quelques cas ont été rapporté dans les Laurentides depuis 2 ou 3 ans.

  • Vincent Bussière - Inscrit 7 novembre 2013 05 h 02

    Lyme

    Évidemment que tous les érudits qui lisent Le Devoir savent ce qu'est la maladie de Lyme sauf votre idiot de serviteur! Peut-être eussiez vous du lui en parler!

    • Michel Deshaies - Inscrit 7 novembre 2013 11 h 10

      Bien content M. Bussière de constater que je ne suis pas le seul idiot au village!!

      Mais en faisant quelques recherches, j'ai trouvé ceci: www.phac-aspc.gc.ca/id-mi/lyme-fs-fra.php#s1


      Copiez l'adresse et vous aurez bientôt toutes les réponses à vos questons sur cette maladie qui n'a, finalement, rien de très inquiétant.

    • Jean Hémond - Inscrit 7 novembre 2013 15 h 11

      Je vous suggère cher Vincent d'aller sur le site de Canlyme.http://canlyme.com/fr/
      En effet le silence des média francophones est déplorable mais aussi bien révélateur.

    • Jean Hémond - Inscrit 7 novembre 2013 17 h 11

      Détrompez vous fort inquiétante cette maladie! Allez voir sur Canlyme. Santé publique ici donne dans la langue de bois et la désinformation flagrante. Elle devient chronique et neurologique véritablement débilitante. Plusieurs malades infectés de cette borelliose étaient diagnostiqués de sclérose en plaques; beaucoup d'autres de fibromyalgie une foule d'autres diagnostics mal définis.
      Avec un test et un diagnostic clinique on sait finalement, on en guérit finalement. Mais c'est un véritable enfer bien pénible le tout à vos frais si vous êtes traités aux USA .
      Ce serait cette maladie aussi potentiellement la cause, une des causes, de ces nouvelles maladies sur lesquelles on met beaucoup d'argent en recherche. Je crois bien qu'on devait explorer cette avenue bactérienne aussi en décloisonnant la recherche et son financement médicale à d'autres que des pairs dont les intérêts sont liés à l'industrie et à des corporations professionnelles précises

    • Pascale Moisan - Inscrit 7 novembre 2013 20 h 14

      A M. Deshaies,
      Quand vous dites que cette maladie n'a rien de vraiment inquiétante, attendez lorsque quelqu'un de votre entourage sera atteinte d'une "chose peu inquiétante" et vous parlerez ensuite.

      Mon conjoint vit avec les séquelles de cette foutue maladie depuis 9 ans maintenant et croyez moi, c'est plus qu'inquiétant.

      Pour ce qui est de vos liens vous devriez faire des "cross-reference" entre plusieurs lien pour former vos opinions. Parce vous saurez que d'un site à l'autre on peut lire tout les deux côtés de la médaille.

      De mon côté, la médaille est très noire et la vie de tous les jours maintenant est un miracle, si mon conjoint est capable de se souvenir de qui je suis..............

  • Michel Vallée - Inscrit 7 novembre 2013 05 h 41

    Que voilà des révélations aussi troublantes qu’intéressantes


    En ce qui me concerne, il y a deux ans, mon chien a attrapé une tique sur le museau. Soit qu’il l’a attrapé lors d’une escape périodique dans le bois de Longueuil dans le secteur du boisé du Tremblay, soit que la tique lui est tombé dessus lors d’une de ses randonnées habituelles dans les bois derrière chez-moi dans Lanaudière aux abords du fleuve.

    Je la lui ai fait retirer à la clinique vétérinaire de Lavaltrie, où la tique a été formellement identifiée.

  • Claudette Piché - Inscrite 7 novembre 2013 06 h 42

    Qui nous protège?

    Comment énoncer de telles donnés si on n’ a pas faites d’études dans d’autres régions du Québec? Cette année il y a eu une augmentation très marquées de cas de morsures de tiques par des gens qui ont traversées les frontalières américaines car nous n’avons pas l’écoute au Québec. Plusieurs québécois se verraient refuser des soins relatifs à cette maladie de lyme (borrelliose) car les médecins sont sur la corde raide avec le protocole de soins IDSA parasité de conflits d’intérêts. Ce protocole privilégié à d’autres existants par le collège des médecins!

    A-t-on oublié que Santé Canada a émis un bulletin des indésirables en octobre 2012 volume 22 numéro 4 mentionnant le peu de fiabilité des tests ELISA et Western blot utilisés encore par nos médecins québécois? Alors qu’au préalable Santé Canada recommande d’évaluer de façon clinique et puis après avec les tests tout en considérant que leur résultats pourraient être biaisés.

    Pourrions-nous dire qu’il y a des études qui mériteraient de rester dans les tiroirs?

    On pourrrait se demander qui informe la population au Québec ou plutôt qui la désinforme en n’informant pas des lieux, de l’étendue qui est beaucoup plus grande que ceux du terroire des souris..on semble oublier et nier leurs dires que les tiques sont transportées par les oiseaux migrateurs..Est-ce que ces oiseaux aussi se limiteraient à cette zone? N’est-ce pas que de tels commentaires suggéreraient qu’on sous-estiment l’intelligence des québécois encore une autre fois?

    La Santé publique publie que les dons de sang transfusionnels, les dons d’organes et de tissus humains sont risque des contamination provenant de des gens ayant lyme chronique mais encore faut que les médecins puissent identifier et soigner lyme!

    L’attitude de la Santé publique qui avoue ne pas dévoiler les lieux où ont été identifié des ¨cas humains infect騨 est très questionnable sur son rôle de protection qu’elle doit exercer vis à sa population à protéger!...

    Et nos enfan