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    La lueur d’espoir ne doit pas étouffer les efforts pour lutter contre le paludisme

    Un vaccin prometteur arrive à protéger des hommes contre la malaria, mais il ne faut pas cesser de chercher dans d’autres directions, affirme la chercheuse Stéphanie Blandin

    10 août 2013 |Le Monde | Santé
    Une Soudanaise qui souffre de paludisme est traitée dans un hôpital du Darfour. Le paludisme tue chaque année 600 000 personnes dans le monde.
    Photo: Albert Gonzalz Farran Une Soudanaise qui souffre de paludisme est traitée dans un hôpital du Darfour. Le paludisme tue chaque année 600 000 personnes dans le monde.
    Vaccin révolutionnaire ?

    Des chercheurs américains ont annoncé jeudi des résultats très prometteurs et sans précédent de l’essai clinique d’un vaccin contre le paludisme, une maladie parasitaire qui fait 600 000 morts par an, surtout des jeunes enfants, en Afrique subsaharienne.

    Les chercheurs ont testé, sur 40 adultes volontaires, les effets du vaccin PFSPZ, mis au point par la société de biotechnologie Sanaria, installée dans le Maryland (États-Unis). Le composé vaccinal utilisé est fait de cellules infectieuses (des sporozoïtes) de Plasmodium falciparum (PF) - une espèce de parasite responsable d’une des formes les plus sévères du paludisme -, prélevées dans les glandes salivaires de moustiques et rendues moins actives.

    Plusieurs groupes de patients ont été immunisés par voie intraveineuse, six d’entre eux recevant cinq doses de vaccin, neuf recevant quatre autres doses, d’autres encore des doses de vaccin plus faibles. Tous ont ensuite été exposés à des piqûres de moustiques porteurs du parasite PF. Aucun des participants traités avec cinq doses n’a été infecté, et trois seulement des sujets traités avec quatre doses l’ont été. À l’inverse, seize des dix-sept adultes ayant reçu un dosage plus faible ont développé la maladie.

    « Bien que nous soyons encore aux premiers stades du développement, nous pensons que ce vaccin permettra d’éliminer le paludisme », estime Stephen Hoffman, p.-d.g. de Sanaria.

    Quels espoirs faut-il placer dans l’annonce faite jeudi 8 août dans la revue Science par des chercheurs américains de résultats spectaculaires obtenus lors d’un essai clinique de phase 1 - donc encore très préliminaire - d’un nouveau vaccin antipaludique (voir encadré) ?

     

    Chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), où elle dirige l’unité Réponse immunitaire chez le moustique anophèle vecteur du paludisme, au sein de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire de Strasbourg, Stéphanie Blandin juge cet essai « très encourageant », mais elle souligne la nécessité de continuer à développer toutes les formes de lutte contre le paludisme.

     

    Est-on enfin sur la voie d’un vaccin antipaludéen ?

     

    Assurément, il s’agit de très beaux résultats. On est encore loin d’un vaccin, mais c’est un résultat très encourageant. Il faut maintenant le confirmer à plus grande échelle, dans des essais cliniques avec plus d’individus, venant de régions différentes. Il reste aussi à démontrer que le vaccin reste efficace dans le temps et contre les multiples isolats de Plasmodium falciparum présents sur le terrain.

     

    Rappelons que le paludisme cause chaque année plus de 600 000 morts dans le monde, surtout des enfants de moins de cinq ans et principalement en Afrique. La perspective d’un vaccin antipaludéen est donc un espoir majeur qui viendra compléter l’arsenal des outils de lutte contre la maladie. Le paludisme est une maladie infectieuse au cycle complexe et au mode de transmission particulier, avec un moustique anophèle dont la femelle s’infecte en venant prendre sa ration de sang sur un humain porteur du parasite. Les parasites ingérés se développent ensuite dans son intestin puis colonisent ses glandes salivaires, ce qui la rend infectieuse lorsqu’elle pique un autre humain. Notons aussi qu’en plus de Plasmodium falciparum, il existe quatre autres espèces de parasites responsables du paludisme chez l’homme.

     

    Quels sont les moyens de lutte actuels contre le paludisme ?

     

    D’abord, bien sûr, soigner les personnes infectées, avec des traitements antipaludéens, qui sont aujourd’hui des combinaisons à base d’artémisinine. L’une des difficultés est que l’on observe, en Asie, l’apparition d’une résistance à l’artémisinine. Jusqu’à présent, le parasite a été capable de développer des résistances à tous les antipaludiques qui ont été utilisés en monothérapies.

     

    Il faut ensuite continuer la prévention des piqûres de moustique, notamment par la généralisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide. Là encore, la parade n’est pas absolue : on constate que les moustiques qui auparavant piquaient de préférence la nuit piquent aujourd’hui plus tôt dans la soirée, avant donc que les moustiquaires ne remplissent leur office.

     

    L’usage d’insecticides, qui a été très efficace en Europe, où l’on trouvait encore du paludisme jusque dans les années 1960, est difficilement envisageable à l’échelle du continent africain, d’autant plus que les moustiques ont aussi développé des résistances à ces insecticides.

     

    Parmi les nouveaux moyens de lutte qui sont développés dans les laboratoires figure aussi la sélection ou la modification génétique de moustiques, dans l’objectif de les rendre plus résistants au parasite et donc de réduire leur potentiel de transmission de la maladie. De même, des molécules ou des vaccins qui bloquent la transmission du parasite au moustique seront des outils essentiels pour l’éradication de la maladie.

     

    Il est donc nécessaire de continuer à agir simultanément dans toutes ces directions, recherche de vaccin comprise bien sûr. N’oublions pas non plus les actions d’information sur le terrain pour que les personnes à risque acquièrent de bons réflexes de protection.

     

    Le vaccin antipaludéen le plus avancé à ce jour, le RTS-S, développé par l’ONG PATH, le laboratoire GlaxoSmithKline et la Fondation Bill et Melinda Gates, en essai clinique de phase 3, a donné des résultats décevants…

     

    Ce vaccin cible une seule protéine de surface du parasite. Même si son efficacité est relative, ses résultats contre le paludisme sévère chez les enfants marquent une première avancée. Encore une fois, il ne faut pas tout attendre d’un vaccin. Celui qu’ont testé les chercheurs américains dans cette étude sera sans doute - si les premiers résultats se confirment - difficile à utiliser sous sa forme actuelle, notamment parce qu’il nécessite une dissection laborieuse des glandes salivaires de moustiques infectés, une injection intraveineuse, délicate chez les jeunes enfants, et qu’il doit être conservé dans de l’azote liquide. Reste que ces premiers résultats sont prometteurs et que les recherches qui l’entourent permettront de mieux comprendre comment notre corps montre une réponse immunitaire efficace contre le paludisme.

     
     
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