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    «La plupart des gens qui sont présentement en arrêt de travail le sont pour cause de troubles mentaux»

    Une pathologie mentale sur deux apparaît avant 14 ans!

    4 mai 2013 |Claude Lafleur | Santé
    Au Canada, la moitié des adultes de 50 ans et plus ont déjà connu au cours de leur vie un épisode de maladie mentale.
    Photo: Newscom Au Canada, la moitié des adultes de 50 ans et plus ont déjà connu au cours de leur vie un épisode de maladie mentale.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On estime qu’une personne sur quatre au Canada souffre en ce moment d’une maladie mentale, alors que la moitié des adultes de 50 ans et plus ont déjà connu au cours de leur vie un épisode de maladie mentale. Voilà le bilan que dresse le Dr André Delorme, psychiatre clinicien et directeur national de la santé mentale au ministère de la Santé et des Services sociaux.

     

    « Lorsqu’on regarde les coûts de toute nature engendrés par les maladies en soins de santé, pertes de salaire, baisse de productivité, espérance de vie réduite et autres, avance le directeur national de la santé mentale, ce sont les maladies cardiovasculaires qui se classent au premier rang, avec 23 % de tous les coûts de morbidité. La santé mentale se classe au deuxième rang, avec 20 %, alors qu’à titre de comparaison, tous les cancers réunis représentent 13 % des coûts de morbidité. »


    Le Dr Delorme ne considère pourtant pas qu’on observe une augmentation dramatique des cas de maladie mentale. « Je ne pense pas qu’on assiste à une détérioration de la santé mentale de la population, dit-il. On semble observer une certaine croissance de la dépression, des troubles anxieux, etc., mais pas une explosion. »


    Il ajoute néanmoins que les experts du domaine s’attendent à ce que d’ici 2020, les maladies mentales deviennent la deuxième, voire la première cause d’incapacité. On le voit déjà, fait-il remarquer, auprès des assureurs et dans les programmes de compensation pour congé de maladie. « La plupart des gens qui sont présentement en arrêt de travail le sont pour cause de troubles mentaux, ceux-ci ayant remplacé les maux de dos », constate-t-il.

     

    Sommeil et maladie mentale


    Pour expliquer l’augmentation qu’on observe, le Dr Delorme pense qu’on avoue désormais plus facilement ces maladies, notamment parce que la stigmatisation liée à celles-ci, bien qu’encore importante, tend à régresser. « Il y a soixante ans, on n’allait pas voir son employeur ou son médecin pour lui dire qu’on ne dort plus, qu’on ne mange plus, qu’on a des idées suicidaires[…] et on ne se faisait pas répondre qu’on pouvait souffrir d’une dépression et que ça se traite. Non, on se faisait plutôt dire : “Envoye, mon gars, prends ta vie en mains !” »


    Par ailleurs, on croit souvent que bon nombre de troubles mentaux s’expliqueraient par le rythme stressant de la vie moderne. Or, le Dr Delorme relativise les choses : « Autrefois, dit-il, lorsqu’on travaillait 12 heures par jour, qu’on avait une douzaine d’enfants à la maison, qu’on entrait sur le marché du travail à 7 ans pour en ressortir à 47 ans et que, finalement, on mourait peu après d’un cancer industriel, la vie devait être pas mal stressante aussi ! »


    Il souligne néanmoins qu’un facteur différencie peut-être la vie moderne de celle d’autrefois : on dormirait beaucoup moins longtemps qu’il y a cinquante ou cent ans. « Autrefois, on ne regardait pas la télé, on n’allait pas sur Internet ni ne jouait à des jeux vidéo, souligne le psychiatre, ce qui a probablement un certain impact. » (Sans compter qu’autrefois, les gens habitaient près de leur travail et ne passaient donc pas deux à trois heures par jour sur les routes.)

     

    Pour une vie équilibrée


    Le psychiatre explique en outre qu’il y a parfois des comportements naturels qui sont pourtant jugés pathologiques. « Par exemple, il est naturel, et même nécessaire pour survivre, d’être anxieux. Vivre une certaine anxiété à la veille d’un examen, c’est normal et c’est même une bonne chose. L’anxiété est un mécanisme de survie. »


    Ça devient toutefois pathologique lorsque ce mécanisme n’est plus lié à des éléments réels ou lorsqu’on devient dysfonctionnel, poursuit-il. « Si j’ai peur d’une guerre nucléaire, par exemple, ça peut être pathologique, puisque ce n’est pas lié à un danger réel, explique le spécialiste. L’anxiété devient aussi pathologie lorsqu’on se trouve envahi par une peur réelle, mais qu’on devient dysfonctionnel dans sa famille, au travail ou dans son réseau social. C’est donc la dysfonction qui fait qu’on considère que c’est une maladie, indique le médecin. Si je ne suis plus capable de fonctionner ou de travailler, j’ai alors dépassé la fonction naturelle de l’anxiété. »


    Pour se prémunir contre la maladie mentale, il recommande tout bonnement de mener une vie équilibrée. « Ne pas travailler 70 heures par semaine, par exemple, ou négliger sa vie familiale, ses loisirs, son temps de repos, etc. Et ce n’est pas juste pour soi qu’on doit mener une vie équilibrée, mais également pour ses enfants, afin d’éviter autant que possible de les exposer au traumatisme d’un divorce. »


    Parlant de traumatismes infligés aux enfants, le spécialiste rapporte que 70 % des pathologies mentales apparaissent avant l’âge adulte, et 50 % même avant l’âge de 14 ans. « C’est dire que les pathologies mentales apparaissent lorsque les enfants sont à l’école, dit-il, et c’est donc à ce moment-là qu’il faut faire de la prévention. »


    Or, l’un des facteurs à l’origine des maladies mentales est la violence faite aux enfants, qui risque d’engendrer plus tard chez eux des troubles mentaux. On parle de violence sous toutes ses formes : violence parentale, sévices physiques, psychologiques et sexuels, taxage et intimidation à l’école, etc. « Ce sont là des fertilisants dans le sol de l’apparition de la maladie mentale, dit-il. Je pense donc que, dans les années à venir, l’accent sera mis sur notre capacité à identifier rapidement les enfants traumatisés avant même que la pathologie n’apparaisse chez eux. »


    « Puisqu’on estime qu’à 50 ans, une personne sur deux aura souffert d’une pathologie mentale, si on est capables de réduire cela de moitié grâce à la prévention, voilà qui sera bon pour tout le monde et pour la société », conclut le directeur national de la santé mentale au Québec.



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