Diane Lavallée au Devoir - Gare à la tentation du privé en santé
La nouvelle directrice de l’AQESSS n’y voit d’avantages ni pour les patients ni pour les finances publiques
L’apport des infirmières dans le réseau préoccupe particulièrement Diane Lavallée. En ce qui concerne la formation universitaire obligatoire, elle craint qu’on accentue la pénurie en région. Elle demande également quelle sera la place des infirmières auxiliaires et s’il n’y aurait pas lieu de rehausser également leur formation pour exiger un diplôme collégial. L’AQESSS siège au comité ministériel qui se penche sur ce dossier, mais Mme Lavallée déplore que ses questions demeurent sans réponse. Par ailleurs, elle abonde dans le sens de l’Ordre des infirmières, qui demande plus d’autonomie pour ses membres. Non seulement les infirmières sont-elles formées pour assumer davantage de responsabilités, estime la directrice générale de l’AQESSS, mais cela permettrait d’accélérer certains services… à moindre coût.
Pour celle qui succède à Lise Denis, la tentation du privé est risquée. Pour les patients d’abord, qui pourraient avoir à payer davantage. Mais aussi pour les finances publiques. « On peut perdre le contrôle sur les coûts, et là, il y a un problème. Apprécions ce que nous avons et ne glissons pas tranquillement [vers le privé] sous prétexte que le contexte financier est difficile », avertit-elle dans sa première longue entrevue livrée dans le cadre de ses nouvelles fonctions.
L’assurance autonomie que compte présenter le ministre Réjean Hébert doit faire la part belle au public, soutient-elle du même souffle, alors que certains pourraient y voir un marché. « J’ose espérer qu’on maintiendra un système public fort, y compris dans la communauté. Si migrer vers les soins à domicile fait en sorte qu’on accentue la prestation privée et qu’on s’expose à une augmentation des coûts, je pense qu’on passe à côté. Soyons prudents. »
Infirmière de formation, Mme Lavallée fut curatrice publique, présidente du Conseil du statut de la femme et présidente du plus grand syndicat infirmier, la FIQ, entre autres.
Dérives financières… et bons coups
Mme Lavallée arrive en poste dans un contexte délicat : la machine de l’optimisation est en marche un peu partout dans le réseau, non sans frictions.
Outre le CUSM qui doit trouver 50 millions à la suite d’un dérapage financier qui a « ébranlé tout le réseau », chaque établissement jongle avec les cibles établies par Québec : la commande atteint 636 millions depuis 2010. Pour Mme Lavallée, le citron a donné presque tout son jus : bientôt, Québec devra faire des choix difficiles, dit-elle. Le panier de services publics pourrait devoir être amputé. « Les premières couches sont plus faciles à enlever. Mais ce que j’entends, c’est que s’il y a d’autres vagues de compressions, l’an prochain, il y aura des choix à faire », explique-t-elle. Et c’est Québec qui devra indiquer ces choix, ajoute-t-elle, pas les établissements.
Mme Lavallée se présente comme une leader optimiste. Pour contrer le cynisme, d’ailleurs, l’AQESSS souhaite mettre en avant les « bons coups » du réseau. Un site Web recense désormais ces histoires positives, lesquelles devraient inspirer les établissements entre eux. « Je comprends qu’on mette l’éclairage sur les situations malheureuses, car on gère des deniers publics et on a intérêt à bien les gérer. Mais pour une histoire négative, il y a plusieurs histoires à succès ! »
D’autres dossiers prioritaires
Ne figure plus au haut de la liste des priorités que la question du financement à l’activité, une demande historique de l’AQESSS. Pour Mme Lavallée, ça reste un dossier important, mais elle embrasse les réserves exprimées par Réjean Hébert. « Pour lui, ce n’est pas miraculeux et ça entraîne des dérives. Au bout du compte, ça n’augmente pas l’argent disponible : c’est la même tarte ! », explique-t-elle, consciente également que les établissements pourraient prioriser certaines activités « payantes », en rupture avec les besoins de la population et les priorités nationales. « C’est un dossier qui est cher à l’AQESSS et on va y aller avec des projets circonscrits » en chirurgie et en obstétrique, dit Mme Lavallée.
Figure aussi à sa liste de priorités le rehaussement de la rémunération des cadres du réseau. Elle concède que ces demandes pourraient souffrir d’un déficit de popularité. L’échelle salariale des cadres a échappé à l’exercice d’équité salariale. « Certains gestionnaires sont moins bien payés que les employés qu’ils supervisent. On pense que ça mérite un certain rééquilibrage », justifie Mme Lavallée. Selon elle, cet exercice est crucial pour le recrutement des 5000 cadres dont le réseau aura besoin dans les cinq prochaines années.








