Fin du «ping-pong» des médecins entre public et privé?
Québec entend imposer un délai plus long aux médecins qui veulent changer de régime
Le ministre de la Santé Réjean Hébert semble vouloir mettre fin à la valse que certains médecins dansent entre le privé et le public. Et là-dessus, il a l’appui du Dr Yves Bolduc, dans l’opposition libérale.
« Certains médecins font de façon ping-pong une alternance entre le statut de participant et de non-participant » au régime public, a dénoncé Réjean Hébert cette semaine, pendant l’étude des crédits de son ministère. « Il y a des médecins qui se font un horaire en étant un mois participants et un mois non participants, et en se référant des patients dans le privé. Il y a une espèce d’astuce un peu perverse qui s’est installée », juge-t-il.
Pour y remédier, il songe à augmenter le « délai de carence », zone tampon qu’un médecin doit respecter entre ses sauts du privé au public et vice versa. Actuellement, un médecin doit patienter 8 jours pour quitter le public et 30 pour y revenir.
L’effet « ping-pong », croit aussi le Dr Yves Bolduc dans l’opposition officielle libérale, doit cesser. Il se dit même favorable à un délai de carence d’un an avant de revenir du privé vers le public : « Ça serait un message clair : si vous voulez [partir], vous pouvez, mais c’est à vos risques et périls », estime le Dr Bolduc.
De plus en plus d’omnipraticiens quittent le public
D’année en année, de plus en plus de médecins, mais surtout de médecins de famille, quittent le régime public. En date du 14 février 2013, 262 médecins ont tourné le dos à l’État. Parmi eux, 187 omnipraticiens, soit 2 % de tous les médecins de famille. C’est près de 30 de plus qu’en 2012.
Chez les spécialistes, depuis 3 ans, le nombre de médecins non participants oscille autour de 75, soit moins de 1 % des membres. En mars 2012, 231 médecins étaient non participants à la RAMQ, et ils étaient une vingtaine de moins encore en 2011.
Le ministre Réjean Hébert s’est également dit préoccupé par l’attrait du privé chez certains de ses confrères. « Je surveille cette tendance de façon très attentive. Non, les chiffres ne sont pas importants en terme de nombre. Mais ça envoie un message un peu bizarre dans la population, comme quoi ce qu’on ne peut pas obtenir au public, on peut l’avoir au privé. Il y a beaucoup de mirages qui sont entretenus par les collègues qui choisissent d’aller dans le secteur privé », soutient-il.
Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, croit qu’on vise la mauvaise cible en voulant réduire le délai de carence. Il assure que le problème du « ping-pong » est marginal, et que c’est plutôt à l’exode des médecins vers le privé qu’il faut s’attaquer. Pour lui, augmenter les délais de carence n’aura pas d’effet. « Ce n’est pas une priorité. La priorité, c’est de leur offrir des conditions de pratique pour les garder au public, juge-t-il. Il faut se demander pourquoi on a un secteur privé qui devient de plus en plus important. »
Le Dr Alain Vadeboncoeur, lui, croit que le problème est réel. « La mixité séquentielle, on sait que des médecins font ça, alors c’est intéressant qu’on s’y attaque », dit le président de Médecins québécois pour le régime public. « Le problème, c’est que c’est impossible de savoir qui le fait, mais on sait que c’est réel. Pour le système de santé public, l’impact est toujours négatif, alors que pour le médecin, bien sûr, c’est le meilleur des deux mondes, il peut être très actif au public et aller se générer un deuxième revenu au privé. »








