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    Dérapage financier au CUSM

    L’établissement de santé se retrouve en quasi-tutelle

    19 décembre 2012 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé
    Le CUSM devra redresser rapidement sa situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. Le déficit total du CUSM pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le CUSM devra redresser rapidement sa situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. Le déficit total du CUSM pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents.
    Plongé au coeur d’un dérapage budgétaire d’une dimension inédite, le CUSM devra redresser rapidement la situation s’il veut éviter la tutelle et assurer son déménagement. C’est en substance le message qu’a livré le ministère de la Santé mardi, dévoilant un rapport accablant sur la mauvaise gestion de l’hôpital.

    Le déficit total du Centre universitaire de santé McGill pourrait en effet atteindre 115 millions pour l’année 2012-2013, dont 60 millions sont récurrents. Le scénario le plus optimiste table sur un déficit total de 77 millions. Un « dérapage majeur », survenu sous l’administration du Dr Arthur T. Porter, dont l’ampleur est du « jamais vu », selon le sous-ministre associé au ministère de la Santé (MSSS) Michel Fontaine. Le déficit accumulé pourrait « friser les 300 millions » au moment du déménagement sur le nouveau campus, s’inquiète le Dr Michel Baron, qui a dirigé cette enquête.


    « Très inquiet », le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a demandé au Dr Michel Bureau d’agir à titre d’« accompagnateur » du CUSM sur le chemin du retour à l’équilibre budgétaire. Dans le cadre de cette quasi-tutelle, il devra veiller à la mise en oeuvre « immédiate » des 49 recommandations du rapport. « Il n’est pas question de tolérer des déficits », a averti Michel Fontaine en point de presse mardi. Si le CUSM doit atteindre l’équilibre budgétaire pour mars 2015, les résultats devront être au rendez-vous dès juin 2013. Sinon ? La mise en tutelle de l’établissement pourrait être envisagée.


    Une gestion laxiste


    Les auteurs du rapport blâment une administration pour qui « l’équilibre budgétaire ne faisait pas partie des priorités ». Une nouvelle équipe dirige aujourd’hui le CUSM.


    La liste des problèmes est longue.


    De 2009 à 2012, le CUSM a, sans justification, payé 888 897 heures travaillées de plus que l’année précédente. Équivalant à 500 postes à temps plein, cela représente une somme de 30 millions. Ces heures « ne sont pas justifiées, ni par une augmentation de productivité ni par un alourdissement de la clientèle : au contraire, [le volume de patients] est le même qu’en 2009 et la lourdeur des cas a même diminué », dit Michel Baron.


    L’aventure immobilière du 1750, avenue Cedar pourrait coûter 15 millions, selon le CUSM, et jusqu’à 42 millions, selon le MSSS. En juillet, le CUSM a dû renoncer à son expansion dans cet édifice acheté à prix fort et sans l’autorisation de l’Agence de la santé de Montréal et du MSSS.


    Un don de 19 millions demandé à la Fondation de l’Hôpital Royal-Victoria aurait servi à atteindre un équilibre budgétaire factice. Ces sommes plombent maintenant le déficit.


    Syscor, l’organisme à but non lucratif créé pour gérer le système informatique de l’hôpital, occasionne quant à lui un déficit de 3,5 millions - et il est anticipé que ce dernier se creusera davantage à l’avenir. Le centre de recherche ne fait pas non plus ses frais.


    Les auteurs écorchent au passage l’Agence de la santé de Montréal, qui « n’a pas exercé de leadership en regard du suivi budgétaire du CUSM ».


    Pendant le huis clos de presse de mardi, on a souligné à plusieurs reprises aux journalistes qu’autant le CUSM que l’Agence de la santé de Montréal étaient sous la houlette de nouveaux administrateurs.


    Des responsables ?


    Arthur T. Porter démissionnait il y a un an. À propos du « style de gestion » de M. Porter, qui a quitté le pays, Michel Baron dit être « convaincu » que les membres du CA ont été privés d’informations cruciales : « Pendant ces trois années, tout passait par le directeur général [Arthur T. Porter] et un petit groupe qui l’entourait et ne travaille plus au CUSM. »


    Quand un journaliste lui a demandé si Arthur T. Porter était un mauvais gestionnaire, Michel Baron a répondu : « Ce n’était pas, d’après moi, un administrateur de réseau de la santé, je ne peux donc pas le comparer. »


    « C’est quand même curieux que la situation budgétaire dérape subitement en 2009 », ajoute-t-il. « Mon explication, c’est que la priorité était à la construction du nouveau CUSM et qu’ils ont oublié l’importance d’une saine santé financière. »


    Ce rapport ne s’attarde pas au dossier de construction du nouveau CUSM, lui aussi entaché d’irrégularités. L’équipe ministérielle a tout de même souligné « qu’il va falloir mettre les bouchées doubles ». « On ne peut pas se permettre qu’un grand déménagement devienne un grand dérangement si la situation financière n’est pas rétablie », selon M. Baron.


    Le MSSS a demandé à la Société immobilière du Québec, la SIQ, un avis sur les transactions immobilières du CUSM. « On veut savoir si on doit aller plus loin, si la SIQ peut enquêter ou si on doit aller vers une enquête policière », dit Michel Fontaine.


    Même si « certains articles de la Loi sur la santé et de la loi anti-déficit n’ont pas été respectés », « nous n’avons noté aucune manoeuvre illégale », affirme Michel Baron. Mais les responsables seront-ils identifiés et sanctionnés ? Québec dit ne pas en avoir le pouvoir : « Le C. A. doit régler ces situations-là », affirme Michel Fontaine.


    On refuse également d’identifier des coupables ou de parler de sanctions du côté du CUSM. « On regarde vers le futur. L’objectif est de mettre en place les mesures qui vont juguler le déficit », dit Richard Fahey, directeur des affaires publiques et de la planification stratégique.


    « Dans l’ensemble, nous souscrivons aux constats du rapport », a réagi le CUSM par communiqué. Avec des bémols. On indique que le scénario du pire, un déficit de 115 millions pour l’année en cours, ne devrait pas se concrétiser. Le président du conseil d’administration, Claudio Bussandri, et le directeur général et chef de la direction Normand Rinfret déplorent que le rapport ne fasse pas état du sous-financement du CUSM. Ils assurent qu’un plan d’action est déjà enclenché.

     
     
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