Design médical - Le patient est mis au coeur des dispositifs thérapeutiques
A priori, l’alliance de ces deux termes semble incongrue, tant le secteur médical a été et est encore souvent traité sous l’angle exclusif des techniques. Un secteur qui sollicite pourtant depuis quelques années le design, essentiellement dans le textile et les implants orthopédiques.
Attention, le domaine reste émergent, mais les causes de ce déploiement sont multiples. L’évolution du regard porté sur le malade et l’usager des services médicaux en est un point fondamental. Finie la traditionnelle blouse d’hôpital qui s’attache par deux petites cordelettes à l’arrière et ne cache pas grand-chose de notre anatomie ? Pas si vite ! Les patients devront encore attendre quelques années avant de voir disparaître cette tenue légèrement humiliante… mais il y a peut-être mieux.
Preuve de cette évolution de la médecine, les entreprises du secteur médical s’attachent de plus en plus les services d’un designer. C’est ainsi que Marie Gérard est entrée chez Thuasne, une petite compagnie stéphanoise leader sur la scène européenne dans le domaine des orthèses, bandes de contention et autres soutien-gorge sportifs, bref, le tissu élastique à usage médical ou paramédical.
« Mon rôle est de rendre le produit plus sympathique, explique-t-elle. Bien sûr, il doit d’abord soigner ou soulager, mais si l’on peut joindre l’agréable à l’utile, c’est aussi bien pour le patient ! Au-delà de l’aspect purement esthétique, le design contribue également à faciliter la prise en main. Les designers observent beaucoup, puis ils analysent, font des recherches. Nous tâchons d’inscrire un produit dans son époque. Pour ma part, je travaille tout au long du processus de mise au point ou d’amélioration de nos produits. Si nous concevons un nouveau fil pour nos rubans élastiques, je m’assure qu’il est assez doux pour être confortable, qu’il n’est pas rêche, plucheux, etc. Le développement est long. »
Percevoir le monde à travers les yeux des patients, des usagers, des clients… Si Thuasne commence tout juste à prendre ce principe au sérieux, ce serait presque la devise d’Ottobock depuis… 1919 ! Cette entreprise allemande est aujourd’hui chef de file mondial de la prothèse. « De nouvelles solutions doivent être explorées pour une symbiose idéale de la fonction, de la qualité et du design, explique Sebastian Peichl, consultant créatif pour Ottobock. Comme beaucoup d’autres sociétés de technologie médicale, Ottobock est confronté à des mutations fondamentales dues aux rythmes des incessants changements d’aujourd’hui. La population vieillissante transforme la démographie. La gamme de produits ne cesse de se complexifier. Nous devons aussi aller chercher de nouveaux publics. En plus de l’importance accordée au design des produits, Ottobock a changé récemment son image globale pour devenir une marque grand public. »
Parce qu’aujourd’hui, dans le domaine du paramédical comme dans tous les domaines, il faut arriver à séduire le client, mais également le médecin qui va prescrire l’orthèse ou la prothèse, estime pour sa part Rama Gheerawo, directeur adjoint du Helen Hamlyn Centre for Design du Royal College of Arts de Londres. «Qu’il s’agisse du milieu hospitalier, de la signalétique, de textile, des véhicules ou des ambulances pour le transfert des patients, notre approche a prouvé qu’elle apporte une valeur ajoutée commerciale et qu’elle répond à quelques-unes des importantes questions liées à l’amélioration de la sécurité du patient, à la réduction des erreurs médicales et à l’intégration des avancées technologiques. »
La SAT à Sainte-Justine
Et ce n’est certainement pas Patrick Dubé, de la Société des arts technologiques (SAT) à Montréal, qui le contredira. Sa spécialité ? Les « living labs », pour Laboratoires d’innovation centrés sur la participation des usagers. À Saint-Étienne, il est venu parler du projet qu’il vient de coordonner à l’hôpital Sainte-Justine.
« Les activités du lab visent à humaniser les soins en milieu hospitalier, explique-t-il. Ici, il s’agit de codesign à hauteur d’enfants. Certains d’entre eux restent plusieurs mois, parfois plusieurs années dans leur chambre d’hôpital. L’idée est de leur rendre la vie plus belle à travers de nouveaux dispositifs dérivés des arts numériques et dirigés à des fins thérapeutiques. Nous avons jumelé les compétences des chercheurs-programmateurs de la SAT et la créativité des usagers, patients, familles et personnel traitant. Nos dispositifs visent notamment à réduire l’anxiété, poursuit-il, à permettre à l’enfant d’exprimer ses émotions à travers la création d’oeuvres artistiques numériques et collaboratives et à développer de nouveaux protocoles thérapeutiques visant à réduire le temps d’hospitalisation. »
Quand on vous disait que le design a sans doute mieux à faire que de s’occuper de l’humiliante jaquette d’hôpital…
Collaboratrice







