Les catastrophes ne sont pas toujours naturelles
Une meilleure santé impose de modifier plus d’une façon de faire habituelle
Le maire de New York s’est récemment fait conspuer, ayant été le porteur sur la place publique d’une mesure avancée par le service de santé de sa ville : les grands formats de boissons gazeuses, ceux qui font un litre ou plus, ont été interdits à la vente dans les surfaces de restauration. Moyen trouvé pour combattre l’obésité et le diabète galopants qui touchent la population américaine en général et la défavorisée plus particulièrement, surtout celle pour qui une sortie au restaurant se décrit en consommation de colas, pizzas, hamburgers, frites et autres « gourmandises » graisseuses et calorifiques. La mesure a été mise à l’essai pour six mois, une façon de faire diminuer l’accoutumance à l’alimentation sauvage.
État des lieux
Ici, les hôpitaux manquent de lits : on le sait. Les urgences débordent : c’est devenu répétitif de le rappeler. La cohorte médicale attend toujours l’arrivée de nouveaux fantassins, que ce soit pour combler les besoins en médecine familiale et formation de tout genre. Et le personnel de la santé se dit continuellement débordé.
Tel est le portrait qu’on dresse régulièrement pour décrire la situation d’un réseau, celui qui coûte pourtant le plus cher à l’État québécois. Et on n’a pas parlé ici des opérations à la hanche et autres activités médicales dont le retard et les reports habituels suscitent sur une autre base, toutefois établie à la même fréquence, manchettes et autres mentions dans les nouvelles.
Interventions prioritaires
Voilà le dossier dont vient d’hériter le nouveau ministre québécois de la Santé. À lui le tour de faire miracle, ce qu’un Couillard, ce transfuge vers le secteur privé et maintenant vers la politique, ou un Bolduc, venu du Nord pour appliquer à l’ensemble du réseau les moyens mis en place à Alma, donc ce que deux ministres libéraux n’ont pu, en trois mandats consécutifs, résoudre de façon satisfaisante. Et Réjean Hébert établit ses priorités : les soins à domicile, la première ligne et la prévention.
Prévention, le mot surgit. Comme s’il y avait du neuf dans ce vieil adage connu, celui qui établit que «mieux vaut prévenir, que guérir ». Mais on modifie toutefois la formule, car ici la prévention précède et empêche la cause d’éventuels malaises : l’obésité et ses conséquences sont évitées par qui se nourrit sainement et compense autrement que par la nourriture avant d’accepter les difficultés quotidiennes d’une vie.
Et on va plus loin, quand on enregistre le chiffre qui tombe dans le seul monde du travail, celui qui nous dit que, pour une seule partie de la masse en emploi, celle qui pourtant compte le plus haut taux de chômage, celle des moins de 24 ans, on compte, déclarés et connus par la Commission de la santé et de la sécurité du travail, plus de 12 000 incidents par année. Et, pourtant, on pourrait se féliciter du fait que ce chiffre est en baisse depuis une dizaine d’années.
Prévenir : un maître mot. Et les campagnes se succèdent. Et les avis éclairants les accompagnent. Car il ne suffit pas d’informer, il faut aussi définir des moyens pour la mise en place des mesures souhaitées.
Inégalités
Ainsi, parlons-nous d’alimentation qu’une Marie-France Raynault, professeure à l’Université de Montréal et chef du département de santé publique du CHUM, dépose des statistiques alarmantes. Car, pour qui vit de l’aide sociale et est une personne seule, il manquera 7000 $ annuellement pour vivre « normalement ». Un couple avec enfant, dans la même situation, a un déficit budgétaire établi à 6000 $.
Conclusion de l’experte : « Si tous étaient au moins au seuil de faible revenu, les coûts de santé et de justice [dans la seule région montréalaise] diminueraient de moitié. » On laissera ici aux comptables le soin d’établir s’il en reviendrait moins cher d’effectuer des coupes dans le budget du ministère de la Santé pour augmenter en contrepartie les budgets de l’aide sociale.
Ailleurs, regardant cette fois vers le monde hospitalier, on espère une amélioration du réseau opérée autrement que par la construction de nouveaux édifices : ne faut-il pas débourser des centaines de milliers de dollars pour déposer quelque part un seul lit, qui coûtera à son tour, plus tard, des milliers de dollars chaque jour afin d’être utilisable ?
On parlera donc de soins à domicile, de soutien aux aidants naturels, d’aide financière aux propriétaires de résidence pour personnes âgées afin qu’ils abritent toujours en leurs enceintes les personnes en perte d’autonomie ou atteintes d’une maladie qui serait ici « légère ». Et ainsi de suite.
Mais on sait la solution qui modifiera radicalement la situation : que les gens vivent différemment. À mort, donc, le stress, la société de consommation, l’obligation de produire toujours plus et plus vite, les fausses valeurs sociales et toute recherche de profits qui se fait aux dépens du bien-être de l’éventuel consommateur.
Cela serait, qu’on parlerait d’une révolution réussie. Mais les actions en Bourse de l’industrie alimentaire seraient en chute libre, ce qui n’est toutefois pas bon pour les placements effectués par les divers régimes de retraite.
Une société aura donc toujours à choisir, quand elle établit ses priorités.









