Santé et sécurité - «La prévention des accidents de travail est en recul»
Un millier de travailleurs canadiens perdent la vie chaque année
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) représente des travailleurs et des travailleuses oeuvrant dans des services aussi variés que la santé, l’éducation, les municipalités, les bibliothèques, les universités, les services sociaux et publics, les transports, les services d’urgence, les transports aériens et les communications. Cols blancs, techniciens, manoeuvres ou ouvriers spécialisés. Employés du gouvernement fédéral, des provinces ou des municipalités. Autant de membres, autant de situations disparates, mais tous assez inquiets de la détérioration de leurs conditions de travail pour qu’ils aient tenu, le mois dernier à Ottawa, une conférence nationale sur la santé et la sécurité et pour que 500 d’entre eux n’aient pas hésité pas à faire le déplacement des quatre coins du pays.
Les fonctionnaires encourraient-ils un grand danger à venir tous les matins au travail ? « Ce ne sont pas toujours des gens qui sont assis dans des bureaux, répond Charles Fleury. Et même pour ceux-là, d’ailleurs, il y a toute la problématique autour de la santé mentale liée au harcèlement et à l’intimidation. Tous les métiers que nous représentons comportent des risques, mais à différents niveaux. Les employés municipaux qui font l’entretien de nos routes, la cueillette des vidanges, l’entretien de l’eau potable, nous avons aussi du monde au niveau de l’énergie, au Québec, nous représentons l’ensemble des travailleurs d’Hydro-Québec, autant ceux qui travaillent à l’intérieur qu’à l’extérieur… Nous représentons une dizaine de secteurs. L’ensemble de nos membres évoluent dans des milieux de travail qui sont potentiellement dangereux. Les protéger nécessite la mise en place de différentes lois et c’est à cela que nous nous appliquons. »
Pour des lois efficaces
À Ottawa, les membres ont ainsi pris l’engagement de répertorier les différentes lois fédérales, provinciales et municipales qui sont susceptibles de prévenir les accidents, afin d’en choisir les meilleures, les plus progressistes, pour ensuite faire pression sur les différents ordres de gouvernement et les entreprises. L’objectif : qu’ils les adoptent ou les intègrent dans leur convention collective… mais surtout qu’ils les fassent respecter. « Nous travaillons avec les partis politiques pour les amener à s’engager. Nous vérifions leurs promesses de campagne et nous exerçons des pressions pour qu’ils les respectent. Il faut absolument faire payer les entreprises défaillantes. Lorsqu’une entreprise reconnue coupable de négligence ayant causé la mort d’un de ses salariés est condamnée à mille dollars d’amende, c’est certain que ça ne la pousse pas à mettre en place plus de prévention. »
Mais, avec la crise économique, les premières coupes se font souvent en santé et sécurité. Une situation malheureuse, selon M. Fleury, pour qui les différents ordres de gouvernement sont loin de faire de réelles économies en adoptant une telle attitude. « Réparer, ça coûte plus cher que prévenir, assure-t-il. Plus on va mettre d’énergie sur la prévention, moins on va être obligé de colmater. Nous, ce qu’on dit, c’est que, si on met la bonne énergie à la bonne place, nos membres vont être capables d’aller travailler dans de bonnes conditions et de revenir le soir à la maison en toute quiétude… Mais ça ne semble pas être la voie qui soit privilégiée. Si nous prenons les coupes récentes au fédéral, c’est sur l’inspection de la qualité des aliments, c’est sur les objectifs de Kyoto, donc la qualité de l’air… On recule vraiment. Il faut recentrer le débat sur des valeurs qui ne sont pas le profit à tout prix, des valeurs plus sociales, plus citoyennes, pour avoir une société plus juste et plus équitable. »
Pour un environnement sain
Car, au SCFP, on ne dissocie pas le travailleur du citoyen qu’il est par ailleurs. « Il n’y a pas d’emplois sur une planète morte », note le secrétaire-trésorier national. Ainsi, l’environnement de travail mais aussi l’environnement tout court font partie des priorités du syndicat. « Le désengagement de l’État au niveau des objectifs sur la réduction des gaz à effet de serre, cela a un impact, assure-t-il. Tout ce qui est autour de l’environnement de travail, la qualité de l’eau, de l’air, au niveau de la province, du pays, mais aussi de l’ensemble de la planète, cela a un impact. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé cet été à Québec dans certains bureaux administratifs. Là, oui, c’était dangereux d’aller travailler ! Quand on coupe dans la qualité de l’entretien des bâtiments, quand on coupe dans la qualité des systèmes qui ont été conçus pour offrir un bon milieu de travail, oui, ça devient dangereux d’aller travailler ! »
C’est pourtant au Québec que la situation semble la moins dramatique dans au moins deux domaines : la protection des femmes enceintes avec le retrait préventif, ainsi que l’intimidation, puisque la province est la première et la seule pour l’instant à avoir mis en place une législation contre le harcèlement psychologique. Un mal qui semble être en pleine accélération. « Toujours à cause des coupes, estime Charles Fleury. Quand on a la crainte de perdre son emploi du jour au lendemain, on n’est pas dans les meilleures conditions pour travailler, se concentrer, donner le meilleur de soi-même et être productif. Ajoutons à cela que la maladie mentale est encore mal perçue et que nombre d’employeurs blâment le travailleur lorsqu’il en est rendu là… Sans parler de ceux qui se servent des réductions budgétaires pour lancer des menaces, mettre de la pression et en demander toujours plus… Du genre : “ Si tu ne fais pas ce travail, on va couper ton poste… ” »
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