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Orientations gouvernementales - Un médecin de famille pour chaque Québécois d’ici quatre ans

L’accès aux soins et la prévention sont aussi des dossiers prioritaires

3 novembre 2012 | Thierry Haroun | Santé
Le Dr Réjean Hébert, ministre de la Santé dans le cabinet de la première ministre Pauline Marois, lancera en 2013 une politique ciblant la prévention en santé et les maladies chroniques.
Photo : La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le Dr Réjean Hébert, ministre de la Santé dans le cabinet de la première ministre Pauline Marois, lancera en 2013 une politique ciblant la prévention en santé et les maladies chroniques.
Tous les Québécois devraient avoir accès à un médecin de famille d’ici quatre ans. Tel est l’engagement que le nouveau ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, entend honorer en précisant, dans un entretien accordé au Devoir, qu’une politique gouvernementale en ce sens sera déposée dans quelques semaines. Grand angle sur les priorités du ministre Hébert, qui a également accepté de répondre aux enjeux soulevés par le doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, le Dr Rénald Bergeron.

Sur le bureau de travail du ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, s’empilent trois dossiers prioritaires, qu’il s’engage à faire avancer pendant son mandat : les soins à domicile, la première ligne et la prévention.


Justement, parlons de la prévention. « Vous savez, la plupart des maladies chroniques peuvent être prévenues [diabète, cholestérol, etc.]. On parle beaucoup de saines habitudes de vie, mais il y a aussi toute une série de dépistages qui doivent faire en sorte qu’on prenne en charge plus rapidement des maladies, dans le but de diminuer leurs conséquences », juge le médecin, qui confirme par la même occasion qu’une politique gouvernementale en ce sens sera lancée en 2013. « Cette politique va cibler les principales orientations sur le plan de la prévention en santé et des maladies chroniques. »


C’est-à-dire ? « Par exemple, que fait-on avec la malbouffe ? Doit-on aller vers une taxation des boissons énergisantes et sucrées ou doit-on renforcer l’information sur la nutrition ? En ce qui concerne l’activité physique, doit-on favoriser une politique de crédits d’impôt pour rembourser l’inscription à ces activités pour les adultes et les personnes âgées ? Peut-on inciter les employeurs à favoriser l’activité physique dans les entreprises ? Voilà le genre de questions et d’actions qu’on va poser [dans le cadre de la politique à venir] », assure le ministre Hébert.


Accès à la première ligne


L’accès à la première ligne des soins de santé est aussi à l’ordre du jour du ministre Hébert. « Si on veut, dit-il, que les maladies chroniques soient bien suivies et bien traitées, il faut que tous les citoyens du Québec aient accès à la première ligne, soit à un médecin de famille. » Certes, mais à court ou à moyen terme ? « Nous pouvons atteindre cela en quatre ans, j’ai mis ma tête là-dessus. Et, dans les deux prochaines années, il faudra que toutes les personnes vulnérables et aux prises avec une maladie chronique puissent avoir un médecin de famille, et ensuite ce sera le reste de la population qui pourra bénéficier d’un médecin de famille. Et nous annoncerons dans quelques semaines notre stratégie pour atteindre cet objectif. »


En plus de cela, le ministre vise à « compléter le réseau des groupes de médecine familiale (GMF) », auxquels il entend aussi intégrer d’autres professionnels de la santé. « On a beaucoup misé sur les infirmières et les infirmières praticiennes spécialisées, mais il y a bien d’autres professionnels [qui pourraient s’intégrer aux GMF] ; je pense aux nutritionnistes et aux intervenants psychosociaux. »

 

Soins à domicile


Les soins à domicile font également partie du cahier des charges du Dr Réjean Hébert. « Au Québec, nous sommes actuellement les champions mondiaux pour le peu d’investissements dans le domaine des soins à domicile », déplore-t-il, précisant qu’à peine 500 millions de dollars sur un budget total de trois milliards de dollars consacré aux soins à long terme sont destinés aux soins à domicile. « On parle d’à peine 17 %, alors qu’au Danemark - que je cite souvent en exemple - 73 % du budget des soins à long terme vont aux soins à domicile. Il faut donc, assure-t-il, investir davantage, mais aussi changer la façon dont on finance les soins liés à la perte d’autonomie. »


En cela, précise le ministre, « nous allons implanter une assurance autonomie qui vise à assurer un financement public des soins dispensés aux personnes âgées en perte d’autonomie. Que ces personnes choisissent de demeurer à la maison, de vivre dans un CHSLD ou dans une résidence privée, tout le monde sera sur un pied d’égalité. Les services seront financés par l’État par l’entremise de cette assurance. »


On résume. Le Dr Réjean Hébert compte implanter à terme une assurance autonomie et une politique de prévention en santé, ainsi qu’édicter une stratégie qui va faire en sorte que chaque Québécois ait accès à un médecin de famille dans quatre ans, voire à l’intérieur de deux ans pour toute personne aux prises avec une maladie chronique. Bien.

 

Regard extérieur


Cela dit, sur le terrain, comment perçoit-on le réseau de la santé au Québec et quels enjeux devraient être mis sous la loupe du ministre Hébert ? Le Devoir a soumis cette réflexion à l’examen du doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, le Dr Rénald Bergeron. « Je vous dirai que, comparativement à il y a dix ans, notre réseau de santé a évolué d’une manière positive. D’ailleurs, des enquêtes récentes ont démontré que les gens qui avaient accès au système de santé affichaient une satisfaction élevée [envers les services offerts]. Mais, bien évidemment, il y a encore plusieurs problèmes à résoudre, comme l’accès à un médecin de première ligne. Je pense aussi à certaines régions qui ont peu accès à des soins plus spécialisés. »


Au fil de notre conversation avec le Dr Rénald Bergeron, deux enjeux ont émergé. Le premier de ces enjeux porte sur les conséquences induites par l’augmentation des cohortes dans les quatre facultés de médecine depuis 2003 (une politique gouvernementale édictée par le ministre de la Santé d’alors, le Dr Philippe Couillard).

 

Appuyer la formation


Si cette politique était nécessaire pour combler le manque de médecins à l’échelle de la province, elle a toutefois mis une pression supplémentaire sur la formation. C’est dans cette perspective que le Dr Rénald Bergeron demande à Québec d’appuyer davantage la formation en y ajoutant des ressources supplémentaires. « Au cours des cinq à dix dernières années, notre réseau d’enseignement clinique s’est étendu sur presque tous nos territoires [du RUIS, soit le Réseau universitaire intégré de la santé], et ce, animé par les CHU [centres hospitaliers universitaires] et les facultés de médecine. Et presque tous les établissements du RUIS se partagent à un degré variable l’ensemble de l’enseignement. On s’accorde donc à dire qu’on n’a pas de ressources de trop. En ce sens, on pourrait être appuyé encore un peu plus. »


Le deuxième point soulevé par le Dr Rénald Bergeron porte sur l’importance d’investir davantage dans la recherche dédiée à la première ligne de soins. « Cette recherche est absolument nécessaire pour adapter les pratiques aux problèmes [de santé] émergents. »


La réponse du ministre


Aux deux enjeux soulevés par le Dr Bergeron, le ministre de la Santé répond présent. « Écoutez, j’ai été parmi ceux qui ont réclamé d’avoir des postes, dans les plans d’effectifs médicaux, qui seraient dédiés aux formations universitaires. D’ailleurs, dans le plan d’effectifs que nous avons annoncé il y a quelques semaines, il y a des postes réservés pour les universités. Et je pense que, au cours des prochaines années, on va porter une attention particulière à ces postes-là pour doter les unités de médecine familiale de ressources en vue de former de nouvelles générations de médecins de famille. »


Enfin, le ministre Hébert juge également pertinent d’investir dans la recherche en première ligne de soins de santé. « C’est important pour faire avancer les connaissances en première ligne, afin que l’intervention en première ligne soit basée sur des données probantes, parce qu’il y a des enjeux importants qui ne sont pas couverts actuellement par la recherche telle qu’on la connaît de façon habituelle. »



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