Fédération interprofessionnelle de la santé - «L’accessibilité demeure le problème majeur entre tous»
La valorisation des personnels en soins demeure une préoccupation majeure de la fédération, comme elle l’a inscrite à son agenda automnal. Régine Laurent n’en démord pas : « On veut absolument toucher aux conditions d’exercice de nos professions pour en arriver à ce nous nous acquittions de nos fonctions de manière optimale pour les patients. Dans ce cas, je ne peux faire autrement - et je le ferai aussi avec le ministre - que de pointer la mauvaise gestion dans le réseau de la santé, qui en est une de confrontation ; nous sommes devenus incapables de la vivre parce qu’elle n’est pas utile pour nous et qu’elle ne sert pas les patients. Dans beaucoup trop d’établissements, on est dans une gestion de règne et de terreur, ce qui n’est pas normal. »
Dénonciation de PROACTION
Elle entend s’attaquer plus particulièrement à une firme qui est en train de « faire des ravages dans le réseau :il s’agit de PROACTION, dont les gens s’appliquent à décortiquer comment on dispense des soins ; il est épouvantable de voir l’outil dont ils se servent pour ramasser les informations. Ils établissent des normes : pour faire de l’enseignement ou de la supervision auprès d’un patient, ça prend 15 minutes ; pour faire de l’écoute, du soutien et de la relation d’aide, ça devrait en prendre 30… »
Elle s’insurge contre les démarches entreprises dans les établissements par ces conseillers, en matière de gestion et de productivité des ressources humaines : « Je me dis qu’il ne se peut pas que cette entreprise ait obtenu l’aval du ministère de la Santé. Elle décide de décortiquer chaque acte qu’on pose et de fixer une mesure de temps pour celui-ci ; par la suite, les professionnels sont convoqués par les chefs de service s’ils ne respectent pas le temps prescrit par les consultants, et leurs performances sont remises en cause dans les centres d’activité. » Il s’ensuit entre autres un esprit de compétition malsain qui envenime le climat de travail.
Régine Laurent revendique ses droits et compétences : « C’est à moi comme professionnelle d’exercer mon jugement clinique et d’établir que j’ai besoin de 45 minutes dans un cas de relation d’aide ; on n’a pas à me signifier que je peux le faire en 30 minutes. Je voudrais bien que quelqu’un vienne me dire que j’ai pris trop de temps avec un patient ; ça n’a aucun bon sens et c’est une remise en cause de mes compétences. J’entends alerter le ministre à ce sujet. »
Une fois cette sortie en règle effectuée, la présidente signale que la FIQ continuera de combattre la privatisation et de s’attaquer à la présence de la main-d’oeuvre indépendante, au cours des prochains mois : « On va y travailler en continu et, durant tout l’automne et l’hiver, on va étudier sérieusement tout le dossier de la formation des infirmières. »
Les premiers pas du ministre
Régine Laurent relève les propos récents du docteur Réjean Hébert, le nouveau titulaire du ministère de la Santé : « Il est en début de mandat et on est très à l’affût de la façon dont il va mettre en place les orientations prises durant la campagne électorale. Il y a une chose que je souhaite vraiment qu’il maintienne : c’est la volonté qu’il a manifestée de ne pas mettre toute l’énergie et tous les investissements financiers dans l’hôpital. Il a insisté beaucoup sur l’importance d’agir dans la collectivité sur différents plans et on est parfaitement d’accord avec cela. »
Elle signale une évidence à ce sujet : « Il est clair que, si les urgences sont débordées et engorgées, c’est grandement parce qu’il existe des carences en première ligne : il y a un manque de médecins de famille, de places en CHSLD, de services en soins à domicile, etc. » Et de conclure : « Donc, si cette orientation du ministre se concrétise effectivement, je pense que la population en sortira gagnante, dans le sens qu’on aura amélioré l’accessibilité, qui demeure le problème majeur entre tous. »
Elle émet une réserve et passe son message : « Si je l’avais devant moi, je dirais au docteur Hébert : “ Ne faites rien dans la précipitation ; on a vécu des expériences passées où on allait de réforme en réforme sans se rendre jamais jusqu’au bout. ” Dans le dossier des personnes âgées, il a affirmé qu’il voulait vraiment augmenter le maintien et les soins à domicile ; on est d’accord avec cette orientation et on croit que ces gens-là ont besoin de soutien pour les garder dans leur milieu de vie naturel. Il reste à savoir comment y arriver et il faut d’abord que les ressources humaines et financières suivent cet engagement-là ; on espère de plus qu’il prendra le temps de bien définir les étapes du changement qui est souhaité. »
Et elle aborde un point qui lui tient particulièrement à coeur : « Il faut aussi que le soutien et le maintien à domicile soient associés à de saines habitudes de vie ; la prévention, c’est extrêmement important pour moi. Je suis d’accord mais, encore une fois, on doit prendre le temps de bien faire les choses. » Elle signale d’ailleurs que c’est une question de temps avant que le ministre et la FIQ se rencontrent : « On a eu des conversations téléphoniques et il est clair qu’on va s’asseoir prochainement et régulièrement pour discuter de nos préoccupations envers le réseau. » Il existe présentement une véritable approche de concertation entre les deux parties.
Du provincial au fédéral…
Selon la présidente, le gouvernement aurait eu intérêt à emprunter d’autres avenues de financement plutôt que de régler le sort de la taxe santé comme il l’a fait. Elle en identifie quelques-unes, avant de finalement reconnaître qu’il s’agit sans doute d’un moindre mal dans le cas de l’exercice du pouvoir par un gouvernement minoritaire.
Sur la scène fédérale, elle est réellement outrée du résultat du vote aux Communes sur le statut juridique du foetus : « Le mot est faible si je dis que j’étais déçue ; j’étais choquée et en commotion en me disant que, en 2012, il y a quand même près du tiers des députés qui ont appuyé la motion 312. De plus, pour ajouter l’odieux à l’injure, la ministre même de la Condition féminine, Rona Ambrose, qui est censée prendre la défense des femmes, s’est prononcée en faveur d’une motion qui est une attaque fondamentale à l’endroit de celles-ci ; c’est là un droit acquis au prix de longues luttes. C’est incroyable et cela démontre qu’il nous faut rester extrêmement vigilantes, parce qu’il est clair que ce gouvernement conservateur subit, dans sa philosophie, la présence et les très fortes influences de groupes radicaux religieux. Je dis merci au Québec, là où il y a eu une forte levée de boucliers contre ce vote, de former une société distincte. »
Collaborateur







