Santé et sécurité au travail - La formation pour une tâche, c’est un droit!
Le taux d’accidents de travail chez les moins de 24 ans est très élevé
« Si mes patrons nous avaient regardés aller pendant cinq minutes, ils auraient tout de suite vu que ça n’avait pas de bon sens », lance Jonathan lorsqu’on lui demande d’expliquer les circonstances de l’accident. En ce matin de juillet 2011, plutôt que de l’envoyer travailler comme à l’habitude dans l’entrepôt du centre de rénovation de Saint-Paul-de-Joliette qui l’emploie, ses patrons lui indiquent qu’il passera la journée à l’extérieur avec un collègue. « Nous étions contents de changer de travail pour la journée, donc nous avons accepté sans hésiter. »
Les deux jeunes hommes se voient remettre une débroussailleuse à lame industrielle, des lunettes protectrices et des gants de jardinage. Ils portent leurs habituelles bottes à embout d’acier. « Nous n’avons pas eu de formation, pas de supervision. Tout ce qu’on nous a dit, c’est de tout couper sur le terrain, sauf les arbustes. […] Mes patrons ont lu le manuel d’utilisation des débroussailleuses en même temps que nous. »
À peine quelques minutes plus tard, l’imprévisible survient. La lame de la débroussailleuse du second jeune ricoche sur un arbre et atteint Jonathan, qui effectuait son travail à courte distance. Les blessures infligées sont très graves et la récupération qui s’ensuit est longue. Plus d’un an après l’accident, Jonathan est en attente de sa quatrième opération pour lui permettre de retrouver la pleine mobilité de ses jambes.
Encadrement essentiel
Des accidents comme celui de Jonathan inspirent à la fois des études et des campagnes de sensibilisation de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), pour laquelle l’encadrement des jeunes qui occupent un emploi à temps partiel ou qui font leur entrée sur le marché du travail est primordial. « Il faut prendre soin des jeunes rapidement et leur permettre de développer de bonnes façons de travailler et des réflexes concernant la santé et la sécurité, pour qu’ils puissent les conserver tout au long de leur vie », explique Louis-Pierre Ducharme-Tremblay, porte-parole de la CSST.
Au début des années 2000, la fréquence des accidents impliquant des travailleurs âgés de moins de 24 ans était une fois et demie plus élevée que chez les travailleurs plus âgés. Selon les données de la CSST fondées sur le nombre d’accidents déclarés, cet écart s’est amenuisé et le nombre de lésions chez les jeunes travailleurs est passé de plus de 23 000 en 2002 à un peu moins de 12 000 en 2011, une diminution de près de 50 %.
« Il y a toujours une partie de la population qui ne déclare pas ou déclare moins les accidents de travail, ou encore qui ne sait pas qu’elle peut être indemnisée, précise Élise Ledoux, chercheure à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). Mais c’est vrai qu’il y a une diminution du nombre absolu d’accidents chez les jeunes travailleurs. »
Causes identifiées
Les causes des accidents de travail chez les jeunes, elles, ne changent pas. Les blessures surviennent plus souvent dans les premiers mois qui suivent l’embauche d’un travailleur, alors qu’il se familiarise avec son nouvel environnement de travail, note Mme Ledoux. Puisqu’ils occupent parfois plusieurs emplois successifs en peu de temps, les jeunes sont donc plus fréquemment exposés aux risques que comporte l’apprentissage d’un nouveau travail.
Le cas de Jonathan est symptomatique : on lui a demandé d’exécuter de nouvelles tâches sans avoir reçu la formation ni l’équipement requis, lui qui aurait dû être muni d’une visière complète, de gants protecteurs et de pantalons anticoupures. « Sur le coup, je n’ai pas pensé une minute que ça pouvait être dangereux. C’est par la suite que j’ai compris que j’aurais dû poser des questions », concède-t-il.
« Si j’ai été formé pour travailler à la friteuse et qu’on me demande de sortir et d’aller nettoyer la haie avec une petite scie mécanique, même si c’est pour une semaine ou pour une journée, je dois avoir une formation, illustre M. Ducharme-Tremblay, de la CSST. C’est mon droit de l’exiger de mon employeur, au même titre que c’est mon droit de recevoir une paye pour le travail que je fais. »
Responsabilité partagée
Selon la Loi sur la santé et la sécurité du travail en vigueur depuis 1979, un employeur a l’obligation de « prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur » en lui fournissant la supervision et l’équipement adéquats. Pour sa part, le travailleur doit « prendre les mesures nécessaires pour protéger sa santé, sa sécurité ou son intégrité physique ». Il doit également aviser son employeur s’il constate un danger pour sa sécurité et peut refuser d’exécuter un travail si tel est le cas.
« Si le jeune ignore le danger parce qu’il n’a pas été formé ou informé, on ne peut pas le tenir responsable d’un accident, bien évidemment. S’il constate une situation dangereuse, qu’il en fait mention et qu’un accident survient, il ne sera pas responsable non plus », fait remarquer le porte-parole de la CSST. « Les travailleurs doivent aussi apprendre à travailler avec les moyens qu’on met à leur disposition. Ils ont l’obligation de développer des façons de faire qui vont être sécuritaires pour eux et pour l’ensemble de leur groupe », ajoute la chercheure de l’IRSST.
Les jeunes ont une connaissance variable de leurs droits, estime Élise Ledoux. « Ce qui joue beaucoup, ce sont les expériences que les jeunes eux-mêmes ont vécues. »
Jonathan, lui, a appris de son accident. Il n’en veut ni à ses patrons, ni au collègue qui l’accompagnait, mais il porte un regard lucide sur le rôle que doit jouer l’employeur. « Avec le recul, je pense que l’accident aurait pu être évité. Ç’aurait valu les petites cinq minutes de supervision nécessaire. Je pense que c’est ça, le travail d’un employeur : faire de la supervision et s’assurer qu’il n’y a pas de danger. »
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