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    Les orphelins de Duplessis libérés d’un fardeau

    Les dossiers numérisés ne contiendront pas les faux diagnostics de maladie mentale

    17 octobre 2012 |Jeanne Corriveau | Santé
    Empêcher la numérisation des faux diagnostics est une question d’équité et de dignité, estime Lucien Landry.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Empêcher la numérisation des faux diagnostics est une question d’équité et de dignité, estime Lucien Landry.
    Les faux diagnostics de maladie mentale ne viendront plus hanter les orphelins de Duplessis lorsque leurs dossiers médicaux seront numérisés. La loi 59, adoptée par l’Assemblée nationale en juin dernier dans la foulée du Dossier de santé du Québec (DSQ), interdira le transfert de renseignements erronés concernant les orphelins de manière à empêcher de nouvelles injustices à leur endroit.

    Lorsque Lucien Landry a été admis à l’hôpital en 2005 pour une chirurgie à la cheville, il a dû subir une évaluation psychiatrique afin de déterminer s’il était apte à signer le consentement à l’opération. Comme des milliers d’autres orphelins de Duplessis, M. Landry traîne un boulet, celui d’avoir été faussement étiqueté comme un déficient intellectuel après avoir séjourné, dans son enfance, dans un hôpital accueillant des enfants abandonnés.


    Chaque fois qu’il se présente dans un établissement de santé, son dossier psychiatrique est susceptible de ressurgir. « Cette fois-là, je n’en ai pas fait de cas et j’ai été opéré, mais il y a d’autres orphelins qui ont été hospitalisés. Certains orphelins ont refusé de passer une évaluation psychiatrique, ce qui les a empêchés d’être soignés », déplore M. Landry, qui préside le Comité des orphelins victimes d’abus.

     

    Inquiétudes


    Lorsque son groupe a appris que le gouvernement s’apprêtait à informatiser les dossiers médicaux des Québécois avec l’implantation du DSQ, les orphelins se sont mis à redouter que les préjudices qu’ils subissent s’aggravent. Ils ont donc milité afin d’empêcher la numérisation des faux diagnostics. Ils ont même réussi à présenter leurs préoccupations à la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de loi 59 sur le partage de certains renseignements de santé dans le cadre du projet d’informatisation des dossiers médicaux.


    Leur appel a été entendu puisque la loi adoptée par l’Assemblée nationale le 15 juin dernier comporte un article spécifique pour les orphelins de Duplessis. L’article 176, qui entrera en vigueur le 1er décembre prochain, stipule qu’un établissement de santé ne peut numériser les renseignements inscrits entre le 1er janvier 1935 et le 31 décembre 1964 pour une personne qui était âgée de moins de 21 ans au moment de son admission dans un hôpital psychiatrique. Contrevenir à cette interdiction expose un établissement à une amende pouvant varier de 7500 $ à 75 000 $.


    Les dossiers papier ne seront pas nécessairement détruits, mais les orphelins pourront déposer une demande en ce sens auprès de l’établissement qui détient ces documents. Lucien Landry croit que beaucoup d’orphelins voudront que les archives soient conservées de façon confidentielle. « Ça peut sembler paradoxal, admet-il. Mais plusieurs orphelins veulent remettre en question le Programme de réconciliation nationale et ils souhaitent que ces dossiers soient conservés comme preuve en cas de poursuite judiciaire. »


    Rappelons que dans le cadre du Programme national de réconciliation, les orphelins ayant séjourné dans des institutions psychiatriques ont été indemnisés à compter de 2001. Le deuxième volet du programme, lancé en 2007, était plutôt destiné aux orphelins gardés dans des institutions non psychiatriques. Une somme de 15 000 $ a été offerte à chacun d’eux, mais ceux qui acceptaient l’indemnité devaient renoncer à engager des poursuites contre l’Église catholique, les communautés religieuses et les professionnels de la santé.


    « Nous sommes en processus de révision de programme pour voir si on peut le contester. Nous voulons savoir si le programme a été fait dans les règles de l’art et s’il respecte la Charte des droits et libertés », explique M. Landry. Plusieurs milliers d’orphelins ont accepté la compensation offerte. « Quand ils ont signé, beaucoup d’orphelins étaient en état de vulnérabilité financière, vivaient de l’aide sociale et avaient besoin de sous », relate M. Landry.


    Empêcher la numérisation des faux diagnostics est une question d’équité et de dignité pour les orphelins, insiste M. Landry, qui souligne avoir obtenu une oreille attentive de la part de la sous-ministre Lise Verreault, à qui le gouvernement du Québec a confié, au printemps 2011, les commandes du DSQ. Lors de la commission parlementaire tenue en mai dernier, l’ex-ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait lui aussi exprimé sa compassion à l’égard des orphelins. « Je suis très, très sensible à votre cause et on va tout faire pour vous accommoder,avait-il dit aux représentants des orphelins. La cause des enfants de Duplessis est unique et je suis prêt à faire un cas spécial. [On ne pourra] peut-être pas corriger complètement le passé, mais chercher à amenuiser les conséquences chez les gens qui ont souffert à cause d’une erreur. »


    Lucien Landry indique que son groupe a reçu de nombreux appuis de la part de groupes de personnes âgées et d’organismes de défense des droits des personnes handicapées ou impliqués dans les dossiers de santé mentale. Il reproche toutefois au Collège des médecins de ne pas avoir voulu les appuyer. En mars dernier, le Collège avait soutenu qu’il n’était pas de sa compétence d’effacer rétroactivement les diagnostics erronés faits par des médecins.













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