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Mine Jeffrey : les mineurs exposés après 1975 semblent protégés

10 octobre 2012 | Amélie Daoust-Boisvert | Santé
Les mesures de manipulation sécuritaire mises en place en 1975 semblent avoir eu un effet bénéfique pour les travailleurs de la mine Jeffrey d’Asbestos.
Photo : La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Les mesures de manipulation sécuritaire mises en place en 1975 semblent avoir eu un effet bénéfique pour les travailleurs de la mine Jeffrey d’Asbestos.

Aucun cas de mineur de la mine d’amiante d’Asbestos malade à cause d’une exposition après 1975 n’a été déclaré en Estrie, contrairement aux travailleurs de Thetford Mines.


À la demande du Devoir, l’Agence de la santé et des services sociaux de l’Estrie a épluché son registre des maladies à déclaration obligatoire (MADO) afin de vérifier si les mesures de manipulation sécuritaire mises en place en 1975 ont eu un effet pour les travailleurs de la mine Jeffrey.


Depuis la création du registre des MADO en 2006 et jusqu’en 2010, le Dr Robert Simard, médecin-conseil en santé au travail à l’Agence de santé, a dénombré 27 cas d’amiantose, 12 de cancer du poumon lié à l’amiante et 9 mésothéliomes en Estrie.


De ces 48 personnes atteintes, aucun mineur exposé au chrysotile après 1975, année charnière dans l’adoption de mesures sanitaires. Il s’agit de mineurs malades exposés avant 1975, mais aussi de travailleurs de la construction ou de l’industrie de transformation de l’amiante.


Pour arriver à cette conclusion, le Dr Simard a épluché les dossiers de tous les malades nés après 1940. Plusieurs mineurs atteints ont été exposés dans les années soixante, et quelques-uns entre 1970 et 1975. Des cas non déclarés pourraient avoir échappé au registre.


Ce qui ne veut pas dire que la manipulation du chrysotile est aujourd’hui sans danger, avertit le Dr Simard. En effet, plusieurs malades ne figurent pas au registre MADO, souvent parce que leur médecin n’a pas établi de lien entre leur travail et leurs symptômes.


À cause de la période de latence de 20 à 40 ans avant l’apparition des symptômes, le Dr Simard estime qu’il faudra continuer à surveiller la santé des mineurs pendant encore plusieurs années. « Nous n’avons pas encore 40 ans de recul par rapport à 1975. Il faudra attendre 2020, peut-être 2025, pour être vraiment certains que nous n’avons pas de cas liés à une exposition récente. »


En appliquant le même protocole, ses collègues de l’Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches avaient pu identifier, en août dernier, huit travailleurs des mines de Thetford Mines exposés après 1975, mais néanmoins atteints d’une maladie liée à l’amiante.


Pourquoi la situation diffère-t-elle entre les deux régions ? « En 1982, le nombre de mineurs à Asbestos a grandement diminué. C’est normal : s’ils sont moins nombreux, il y en a moins de malades, dit le Dr Simard. Ensuite, la mine était à ciel ouvert. C’est moins problématique pour l’exposition. »


Il concède que l’industrie a grandement amélioré les techniques d’extraction après 1975: « Avouons-le, quand on parle de la mine Jeffrey, il y a eu beaucoup d’amélioration. »


Il rappelle toutefois qu’il n’existe pas de seuil sécuritaire d’exposition. « Il y a toujours un risque », affirme-t-il.


Advenant que le Québec cesse d’exploiter le chrysotile sous peu, le Québec devra encore composer longtemps avec l’épidémie.


« Il n’y a pas de tendance à la baisse des cas pour le moment », observe le Dr Simard. Surtout que les travailleurs de la construction constituent désormais la majorité des cas.

 
 
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