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Un pronostic influencé par la génétique

Certaines femmes survivent plus longtemps que d’autres au cancer de l’ovaire

3 octobre 2012 | Pauline Gravel | Santé

Consultez l'étude sur le cancer de l'ovaire (document en anglais).

Bien que le cancer de l’ovaire soit impitoyable, certaines femmes qui en sont atteintes survivent plus longtemps que d’autres. Une équipe de chercheurs montréalais a découvert que le profil génétique des tumeurs ovariennes diffère entre les deux groupes de patientes, et qu’il permet de déterminer le pronostic de la maladie.


Dans plus de 95 % des carcinomes ovariens séreux de haut grade, le plus commun des cancers de l’ovaire, les cellules tumorales présentent une mutation du gène TP53, qui est dénommé le « gardien du génome », car la protéine qu’il synthétise a pour mission d’assurer l’intégrité du génome de chaque nouvelle cellule qui apparaît - lorsqu’une cellule se divise afin d’être remplacée. « Comme plusieurs erreurs peuvent survenir lors de la réplication d’une cellule, la protéine P53 est là pour détecter s’il y a quelque chose d’anormal dans le génome de la nouvelle cellule. Elle ordonne de corriger ces erreurs si la cellule peut être sauvée. Si elle juge que la cellule est trop endommagée, elle déclenchera le processus d’apoptose qui aboutira à la mort de la cellule », explique la chercheuse de l'Institut de recherche de l'Institut universitaire de santé McGill (IR CUSM) Patricia Tonin, auteure principale de l’étude qui a été publiée dans la revue PLoS One.

 

Des mutations


Avec des collègues de l’Institut Lady Davis de l’Hôpital général juif et du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), la chercheuse a voulu savoir quelles étaient les conséquences de la mutation du gène TP53. Dans 60 % des cancers ovariens, la protéine que le gène TP53 produit est anormale et ne peut plus assumer sa fonction de gardienne du génome. Les cellules cancéreuses peuvent alors proliférer à qui mieux mieux et former une tumeur. Dans les 40 % qui restent, la mutation empêche carrément la synthèse de la protéine P53. Il est aussi apparu que les patientes qui produisaient une protéine P53 anormale survivaient plus longtemps que celles qui n’en produisaient pas du tout.


Les chercheurs ont ensuite procédé à un examen de l’ensemble du génome des cellules tumorales. Habituellement, la mutation du gène TP53 - qui est présente dans plusieurs cancers différents - entraîne une désorganisation et un chambardement complet des chromosomes. Or, Patricia Tonin et ses collègues ont observé des modifications très particulières du matériel génétique de trois régions spécifiques du génome des cellules cancéreuses de l’ovaire associées à des durées de survie différentes.


« Ces observations nous montrent qu’il existe bel et bien des différences biologiques entre les deux groupes de patientes. Même si ces femmes portent une mutation sur le même gène, les conséquences de la mutation peuvent être différentes. Notre étude nous indique aussi que les gènes présents dans les régions du génome qui sont modifiées doivent jouer un rôle important dans le développement et la progression de la tumeur […] », souligne Mme Tonin, avant d’ajouter qu’en déterminant le profil génétique de la tumeur d’une patiente, il deviendrait ainsi possible de prescrire des thérapies plus agressives aux femmes dont le génotype est associé à un moins bon pronostic.


« Nous pourrions tester divers médicaments anticancéreux sur les deux types de cellules cancéreuses de l’ovaire que l’on a distingués. On pourrait ainsi voir si un type des deux cellules répond mieux que l’autre à ces médicaments. De plus, de nouveaux médicaments sont actuellement expérimentés chez des femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire dans le cadre d’essais cliniques. Si nous pouvions déterminer le profil génétique des tumeurs de ces patientes, nous pourrions mieux comprendre pourquoi le traitement est efficace chez certaines d’entre elles et moins chez d’autres », propose aussi la scientifique.

 
 
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