À l’heure des choix
La solution ne viendra pas du secteur privé
Médecine à deux vitesses. Manque de ressources. Partenariats multiples. Le Québec est à la recherche de la solution-miracle qui permettrait d’assurer que tous les citoyens aient ici accès en santé à un réseau performant. Du médecin de famille aux soins de longue durée, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir dire : « Problème réglé ».
«En règle générale, nous sommes opposés à ce que le réseau privé s’immisce dans notre secteur. Pour assurer des services de qualité à la population, pour éviter qu’on en vienne à une médecine à deux vitesses, il est fondamental que la santé et les services sociaux restent entre les mains du secteur public. Le but d’une entreprise privée est de faire des profits, et ça se fera toujours au détriment des employés et de la clientèle. On le voit déjà au CHSLD de Saint-Lambert : il y a un manque de personnel et ça se ressent dans les services rendus. Les députés péquistes étaient à nos côtés pour dénoncer cette situation lorsqu’ils étaient dans l’opposition. On espère qu’ils vont continuer à nous soutenir. »
Carolle Dubé, la nouvelle présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, ne mâche ainsi pas ses mots quand il s’agit de dénoncer la percée que le secteur privé opère dans l’univers québécois de la santé.
Et cette percée est réelle : au moment où, partout au Québec, on signale un manque de médecins, il est difficile d’entendre que 270 d’entre eux ont maintenant un statut de non-participation ou de désengagement du réseau public. Et dire que la loi qui les autorise à s’ainsi déclarer n’a été adoptée qu’en décembre 2006.
Économies? Non!
On connaît les arguments qui ont permis dans plus d’un secteur la mise en place, et en action, de ces partenariats public-privé, les fameux PPP qui ont été proclamés dans le passé comme une solution-miracle pour améliorer le système de l’État et ainsi lui faire réaliser des économies dans ses divers budgets de financement, que ce soit pour les programmes d’infrastructure comme pour les coûts de fonctionnement.
Mais là où le bât blesse et donne raison aux Carolle Dubé et autres opposants à cette façon néolibérale de faire, c’est que, en matière budgétaire, il n’y aurait pas d’économies à la clé, mais en fait une augmentation des dépenses.
Jean-François Landry, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, dépose d’ailleurs à ce sujet des données qui détonnent : « On a le réflexe de penser que la bureaucratie publique est beaucoup plus lourde et plus coûteuse, mais, dans les faits, il y a beaucoup plus de bureaucratie dans le secteur privé que dans le secteur public. En pourcentage, les frais d’administration dans le réseau public se situent entre 3 et 10 %, et ça, c’est une donnée qui est comparable dans pratiquement tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Au secteur privé, on parle plutôt de 15 à 30 %. »
Et non seulement, devant un tel état de fait, voit-on ainsi une facture gonflée, celle qui sera transmise au ministère, s’il y a un service qui est rendu par le secteur privé, celui du monde des cliniques spécialisées, mais de plus un patient risque de voir une augmentation de la somme qui lui sera réclamée, ce qui s’expliquerait non par le seul fait d’un meilleur service, mais par une surcharge qui se comprend : ne doit-on pas payer pour les professionnels qu’on débauche du réseau public, comme pour les campagnes de promotion de ces cliniques qui sont en fait des entreprises commerciales ?
Un manque de ressources
Pourtant, le vrai problème au Québec, comme dans plus d’un pays développé, est ailleurs : il y a un manque de ressources.
Et si une formation politique, la CAQ pour ne pas la nommer, avait une solution-miracle quand on parlait du corps médical, à savoir d’empêcher l’exode hors frontières des médecins formés ici (et c’étaient les diplômés de l’Université McGill qui étaient particulièrement visés), le fait consistait alors à réclamer le remboursement des coûts de la formation, mais la mesure fut toutefois dénoncée par un candidat du même parti, lui-même président jusque-là d’une corporation médicale, sous prétexte qu’on accueillait nous aussi des médecins venus d’ailleurs.
Pourtant, le déficit d’accueil est bien défavorable au Québec : au dernier concours d’accès pour les médecins formés à l’étranger, sur les 47 candidatures acceptées, ce ne sont même pas une dizaine d’entre elles qui ont été retenues pour obtenir le droit d’inscription à l’une ou l’autre des quatre universités québécoises qui offrent la formation médicale. La corporation médicale a le souci de la défense de ses membres.
Bref, le secours ne viendra pas d’ailleurs, même si plus d’un médecin étranger constate combien il est possible d’obtenir un traitement luxueux au Québec, surtout quand on peut se proclamer spécialiste d’une discipline. Et plus d’un et d’une de ceux-là accepterait pourtant de vivre le rythme souvent infernal qu’un radiologue, entre autres spécialistes, maintient dans un système qui fonctionne à plein régime.
Faire plus
Aussi, la nouvelle équipe Marois qui se met en place aura plus d’une décision à prendre. On abolirait le ticket modérateur, mais il faudra aussi faire plus dans un Québec qui vieillit, dans ce Québec qui a vu l’arrivée de l’assurance maladie comme une libération face à ce fléau de la facturation en santé, celle qui fait qu’un Américain doit consacrer en moyenne plus de 7000 $ annuellement aux seuls coûts de santé.
Mais on ne pourra pas s’en tirer si on croit que, à tout bobo, il y a en contrepartie une pilule-miracle. Et il faudra même espérer que, au départ à tout le moins, nos concitoyens et concitoyennes adoptent de saines habitudes de vie. Et de consommation. Mais on n’en est même pas encore là !







