Après le 4 septembre - Un changement est-il possible?
«Il faudra d’abord convaincre les groupes d’intérêt qu’ils n’y perdent rien»
« L’élément central du programme du PQ en matière de santé, c’est un investissement accru dans l’organisation des soins de santé pour les personnes âgées », souligne Damien Contandriopoulos, professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheur spécialisé en politiques publiques de santé.
Et, pour ce faire, Mme Marois pourra compter sur le docteur Réjean Hébert, à qui elle pourrait confier le ministère de la Santé. « Le docteur Hébert est un chercheur mondialement reconnu dans le domaine de la prise en charge intégrée des personnes âgées. Il a même développé son propre modèle d’intégration des soins, le modèle PRISMA. Non seulement sait-il de quoi il parle, mais il a aussi à son actif des réalisations concrètes. Je suis convaincu qu’il va tout faire pour implanter cette approche au Québec. »
Une approche et un changement dans la manière de faire que doit adopter le système de santé québécois, croit Damien Contandriopoulos. « On ne peut plus continuer à soigner les personnes âgées en milieu hospitalier. D’une part, il y a des risques inutiles pour la santé des personnes âgées, ne serait-ce que celui de l’infection, et, d’autre part, cela coûte plus cher. Les soins à domicile exigent moins de ressources que les soins en milieu hospitalier. De plus, de meilleurs soins à domicile permettraient de désengorger les urgences, où trop souvent les personnes âgées se retrouvent faute de solution de rechange. »
Le prochain gouvernement du Parti québécois peut-il y arriver, même minoritaire ? « Ce sera difficile. Il y aura beaucoup de résistance au changement. Les résultats des élections ne donnent pas à Mme Marois une grande marge de manoeuvre. Et changer la manière de faire dans le système de santé au Québec n’est pas facile. À preuve, le gouvernement sortant du Parti libéral. Élu en 2003 en promettant de résoudre les problèmes en santé, qu’a-t-il réellement réussi à faire depuis ? Peu de choses, au fond, sinon quelques changements de structures. C’est dire la résistance aux changements. »
La Coalition avenir Québec et le Parti libéral
Que dire des programmes en santé des deux autres aspirants au pouvoir, dont la CAQ, qui promettait un médecin de famille pour chaque Québécois d’ici un an et la fermeture des agences régionales de santé ?
« Le programme de la CAQ m’apparaissait le moins crédible. On peut bien, par décret gouvernemental, obliger les omnipraticiens à prendre en charge davantage de patients, mais cela ne leur donne pas plus de temps pour les voir ni plus d’incitatifs pour le faire. En ce qui concerne l’abolition des agences régionales de santé, il faudra bien trouver une autre façon de faire le travail qui s’y fait présentement. Je ne vois pas quel gain il y aurait à les abolir. »
Quant au Parti libéral, sa plateforme en santé ne proposait rien de neuf. « Le discours du Parti libéral était que tout allait pour le mieux et qu’il fallait continuer à faire la même chose. Le statu quo, quoi. »
Tous partis politiques confondus
Mais, au-delà des différences propres à chaque parti politique, la classe politique québécoise a-t-elle la bonne approche en matière de santé ? « Sur les objectifs, oui. Tous les partis politiques savent que l’amélioration du système de santé québécois passe par le renforcement des soins de première ligne. L’objectif est le bon, mais ce sont les moyens qui font défaut pour atteindre cet objectif. »
Et même si on doit consentir des investissements plus importants dans un premier temps, les moyens à mettre en place ne sont pas uniquement financiers. Il faut surtout repenser la façon de prodiguer les soins. « Il faut accepter qu’une première ligne forte implique aussi une seconde ligne moins imposante. Il faudra prendre des ressources qui sont actuellement dans le réseau hospitalier et les transférer vers la première ligne. Actuellement, la plupart des gestes médicaux que posent les omnipraticiens à l’hôpital pourraient être posés en clinique. Par exemple, une personne qui souffre d’hypertension et qui, un soir, se sent mal devrait être en mesure de consulter sans être obligée de se rendre à l’hôpital pour y recevoir des soins qu’elle pourrait recevoir de façon identique en clinique. »
Certains pays étrangers ont déjà pris ce tournant. Damien Contandriopoulos donne en exemple le système de santé britannique. « L’Angleterre a fait le choix des cliniques de prise en charge intégrée. Par exemple, on regroupe dans une même clinique une dizaine de médecins, appuyés par une trentaine d’infirmières, dont des infirmières cliniciennes. La clinique est responsable de la prise en charge de toutes les personnes sur un même territoire. Lorsqu’une personne se présente à la clinique, elle est d’abord vue par un médecin. Mais, une fois que ce dernier a posé son diagnostic et prescrit les soins, c’est une infirmière qui assurera le suivi. Et le patient ne reverra le médecin que si l’infirmière estime qu’il le faut. La prise en charge est donc collective. Toutes les personnes souffrant d’asthme auront la même infirmière clinicienne. »
Est-ce possible au Québec ? « Oui, évidemment. Mais il faudra d’abord convaincre les groupes d’intérêt, qu’ils soient patronaux, syndicaux ou autres, qu’ils n’y perdent rien. Le succès dépend du soutien actif des professionnels de la santé. Et ce soutien n’est possible que si le gouvernement consent à leur fournir les ressources nécessaires. »
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