Fédération interprofessionnelle de la santé - Des infirmières satisfaites
«Une gestion plus humaine rapporterait des bénéfices pour le personnel soignant et pour les patients»
« Dès le début de la campagne, on avait choisi d’intervenir dans le créneau de la santé parce qu’on voulait qu’on puisse vraiment parler des problèmes de fond, plutôt que de s’en tenir à la pensée magique en lançant toutes sortes de promesses. On voulait que ce qui allait être mis sur la table en santé, ce soient des choses réalistes et réalisables », rappelle Régine Laurent, la présidente de ce mouvement syndical.
Il a été convenu d’envoyer une lettre aux chefs des principaux partis politiques pour leur demander de les rencontrer : « Ils sont responsables des orientations de leurs formations et, à ce titre, on voulait partager avec eux nos préoccupations si on en arrivait à des constats communs et, d’autre part, on avait aussi des pistes de solution à leur proposer. »
Le PQ se montre réceptif
La FIQ s’est entretenue avec Pauline Marois, la nouvelle première ministre du Québec, dont elle salue d’abord l’accession au pouvoir : « C’est la première femme à occuper ces fonctions et je lui tire un grand coup de chapeau, car c’est un événement historique : c’est un très très grand pas dans l’avancement de la cause des femmes et je pense que, pour les plus jeunes d’entre elles, elle vient de briser le plafond de verre. »
Cela dit, elle entre dans le vif du sujet : « On a donc rencontré Mme Marois, qui était accompagnée du docteur Réjean Hébert, en leur faisant part de plusieurs inquiétudes, dont fait partie évidemment le dossier de la main-d’oeuvre indépendante ; on en a parlé et on partageait des constats sur son impact négatif sur les soignantes et sur la population. On a aussi abordé le sujet d’une gestion comptable dans le réseau de la santé et de ses effets pervers sur ce dernier ; on voudrait que se produise un virage à 180 degrés pour obtenir une gestion plus humaine qui rapporterait des bénéfices pour le personnel soignant et pour les patients. » À ce propos, elle a fourni des exemples très concrets à ses interlocuteurs.
Mme Marois a été ministre de la Santé et des Services sociaux de décembre 1998 à décembre 2001. À la suite de son passage à la tête de ce ministère, un rapport sur la planification de la main-d’oeuvre est paru en 2002, qui avait été préparé en collaboration avec tous les intervenants du milieu. Mme Laurent se souvient de ce document : « J’ai à nouveau consulté celui-ci et je me suis rendu compte que, si on avait appliqué les recommandations qu’il contient, on serait maintenant dans une meilleure position. »
Elle a eu l’occasion de discuter de ce rapport avec celle qui en avait piloté la réalisation, il y a une dizaine d’années, et qui allait se retrouver à la tête du gouvernement quelques jours plus tard : « C’est à ce moment qu’il y a eu des engagements du PQ sur différents sujets. Il a évidemment été question de la main-d’oeuvre indépendante, mais on a aussi échangé sur l’importance de mettre en application des conclusions de ce document-là ; ce n’est pas nécessaire de réinventer la roue et, dans ce sens-là, notre rencontre s’est avérée extrêmement intéressante. »
La FIQ s’entretient avec le docteur Khadir
La FIQ a eu l’occasion d’établir un dialogue de partage sur ses préoccupations majeures avec l’un des deux porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, médecin spécialiste de profession, qui a été réélu député de Mercier le 4 septembre. Régine Laurent dresse le bilan de ce face-à-face : « Il a été en mesure de nous expliquer toute la logique autour de Pharma-Québec et de l’assurance-médicaments ; il nous a démontré comment ce projet pourrait générer des économies et comment celles-ci seraient réinvesties dans le réseau. »
Elle a questionné ce dernier sur les garanties entourant le réel retour de ces sommes dans le domaine de la santé : « Nous avons eu là une discussion très ouverte et très intéressante, tout en parlant beaucoup de la première ligne et de la façon dont il serait possible d’en arriver à renforcer celle-ci ; à ce sujet, autant le Parti québécois que Québec solidaire ont convenu que tout ne passe pas par les médecins pour la consolider ; par exemple, il faut y ajouter plus d’infirmières et d’inhalothérapeutes pour être capables non seulement de suivre les patients plus âgés ou souffrant d’une maladie chronique, mais aussi pour être en mesure d’avoir une équipe soignante de première ligne qui s’occupe de faire de la prévention. » Elle souligne que le docteur Hébert, du PQ, a été le premier à aborder cette question majeure de la prévention durant la campagne : « Il faut faire là le lien avec l’économie : on dit que ça coûte cher, la santé, mais, tant qu’on n’investit pas pour prévenir plutôt que guérir, ça risque de nous coûter plus cher encore dans 20 ans. »
D’un retour sur les états généraux
Le docteur Yves Bolduc, l’ex-ministre de la Santé, a été désigné par le Parti libéral pour s’entretenir avec la direction de la FIQ. Régine Laurent résume les discussions qui ont eu cours : « On a pu lui expliquer que, par rapport à la main-d’oeuvre indépendante, il y a encore du travail à abattre dans le réseau et qu’on souhaiterait l’expression d’une volonté plus ferme de la part du ministère pour mettre fin à cette pratique administrative. On lui a également parlé des problèmes de gestion. Évidemment, on n’a pas obtenu d’engagements de la part du docteur Bolduc, mais, à tout le moins, ce fut une rencontre au cours de laquelle on a été en mesure de présenter en partie notre vision des choses. »
La FIQ demeure sur ses positions quant aux idées véhiculées lors des rendez-vous avec les trois partis. À la suite du résultat des élections, elle lance un appel aux élus de toutes les formations : « Tous les partis ont fait état de la première ligne et de l’accessibilité. Mes attentes, c’est maintenant que ceux-ci et tous les députés à qui la population a fait confiance vont être capables de mettre de côté la partisanerie pour travailler vraiment dans le sens de ce qui est bien pour la population qu’on doit soigner et pour les soignantes. Espérons que les millions qui ont été promis durant la campagne ne se sont pas évaporés avant même d’avoir existé. »
Cette rétrospective politique achevée, Régine Laurent assure qu’elle maintient la position prise récemment par la FIQ, dans Le Devoir, en faveur de la tenue d’états généraux sur la santé : « Je suis toujours du même avis sur la nécessité de prendre un temps d’arrêt. Je pense effectivement que le timing est bon pour en tenir ; c’est encore plus d’actualité en présence du Parti québécois, qui est maintenant au pouvoir et qui entend, selon sa vision, faire certaines transformations dans un délai de trois, quatre ou cinq ans. Mme Marois a laissé savoir qu’elle veut que de tels états aient lieu sur l’éducation ; la santé, c’est important, et les deux secteurs sont liés, en ce sens que l’éducation, c’est un des déterminants de la santé. Ce serait une occasion extraordinaire de réunir des acteurs de terrain avant de se lancer dans une telle opération, dans l’optique de quelqu’un qui veut mieux servir la première ligne. »
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