Libre opinion - Exporter l’amiante dont le Québec se méfie pourtant
Le gouvernement du Québec utilise mes impôts pour exporter la presque totalité de l’amiante dont l’utilisation est à toutes fins utiles inexistante au Québec. Il me fait complice non consentant d’une menace réelle et rigoureusement documentée à la santé de milliers de personnes dans les pays en voie de développement ou en émergence. J’en ressens une profonde frustration et une immense colère.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, 125 millions de personnes sont exposées à la fibre d’amiante et au-delà de 100 000 en meurent chaque année dans le monde. Vrai, l’amiante se présente sous plusieurs formes. Et le chrysotile, la forme que l’on extrait et traite au Québec, serait la forme la moins dangereuse pour la santé. Pourtant, pourtant, nous en avons très sévèrement encadré l’usage chez nous.
Pourquoi ? Parce que nous nous sommes aperçus que le chrysotile, s’il est moins virulent, est extrêmement sournois et peut engendrer, souvent après de longues années d’incubation, de graves maladies respiratoires et plusieurs formes de cancer. Dans les faits, nous l’utilisons très peu au Québec et nous le faisons avec d’infinies précautions : on s’en méfie comme de la peste.
Le Québec exporte la majorité de sa production vers l’Inde, l’Indonésie, la Corée du Sud, le Sri Lanka et la Thaïlande. Il n’a absolument aucun pouvoir pour obliger ces pays à adopter des pratiques de protection, de prévention et d’utilisation sécuritaire du chrysotile pour leurs travailleurs et leur population qui seraient au moins égales aux nôtres. La nomination d’un audit externe auprès des importateurs indiens concernant l’utilisation sécuritaire de l’amiante relève de la fumisterie, de la poudre d’amiante aux yeux.
L’éthique de gouvernance la plus élémentaire demande que l’on se réfère à des principes premiers de justice sociale et de développement viable dans le cadre d’ententes commerciales et d’exploitation de nos matières premières. Ces principes demandent que l’on prenne une décision pour protéger les plus vulnérables qui autrement risquent d’y laisser leur peau. Devant l’absence d’une telle garantie de protection, notre gouvernement doit s’abstenir d’investir dans cette industrie… à moins que l’on considère que la vie d’un Indien, d’un Coréen, d’un Indonésien ou d’un Thaïlandais vaut moins que la nôtre.
À cela, certains répondront que les mesures de protection dans ces pays, ce n’est pas pour demain la veille, et que pendant ce temps-là, la Russie, la Chine, le Kazakhstan font du dumping de leur amiante et accaparent le marché. Ils diront que nous aurons alors perdu une bonne occasion d’affaires.
À cela je réponds que l’on a mieux à faire comme peuple que d’empoisonner le monde. Pourquoi ne pas offrir un prêt ou une garantie de prêt de 58 millions en innovations technologiques du xxie siècle à des investisseurs dans la région des Bois-Francs ? Tout le monde y gagnerait. Et nous pourrions, Québécois, alors envoyer un message clair aux gouvernements, mais surtout à la population de ces pays en mal d’amiante leur disant : « Nous pensons que votre vie vaut autant que la nôtre. » Selon toute apparence, ce n’est pas ce que le ministre Yvon Vallières, député de cette région, croit. Ce faisant, il laisse un bien minable testament politique. Vraiment minable.








