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Lettre - Forcé d’abandonner mon fils à la rue

15 juin 2012 | Jean Forest - New Richmond, le 12 juin 2012 | Santé
Jeudi 7 juin 2012, j’abandonne mon fils schizophrène à la rue. Je l’aime, mais j’y suis forcé par la loi qui m’enlève toute liberté de l’aider ; elle lui vole ce qui lui est dû (de 300 à 400 dollars par mois) chaque fois que j’essaie de lui éviter l’enfer. Il s’ajoutera à la honteuse cohorte des malades mentaux québécois totalement abandonnés à leur sort.

J’ai 75 ans et le coeur en miettes de devoir renoncer à ce combat que ma famille et moi menons depuis 23 ans pour assurer à ce couple de jumeaux de 37 ans, que nous avons adoptés à leur naissance, les soins en santé mentale auxquels ils ont droit. Nous avons pourtant fait la preuve, à force de ténacité et de lutte sur tous les fronts, que nous pouvions éviter le pire à sa soeur jumelle atteinte de la même maladie : elle a un beau chez-soi où elle vit dans sa bulle, mais en sécurité.


Inutile d’adresser une lettre au premier ministre Charest, au ministre Bolduc, à la ministre Boulet, aux directions d’hôpital, à « ses » psychiatres, aux services sociaux, à l’agente d’aide sociale qui le coupe chaque mois, personne ne s’occupe de ces malades difficiles mais jeunes et vivants. Il me resterait, dit-on, le Protecteur du citoyen, mais au prix de quels efforts et sans doute pour grossir les colonnes de statistiques… puisque notre système politique refuse obstinément de changer, de s’humaniser, carrés rouges et casseroles le prouvent.


Le système néolibéral qui permet aux populations des pays riches de surfer sur la vague du confort matériel en surexploitant notre planète a besoin de ces morts-vivants que sont les personnes atteintes de maladies mentales persistantes. De par le monde, il dévore aussi quotidiennement des millions d’autres victimes de la faim, de la soif, de la pauvreté, des guerres et de la maladie, des malversations financières de bandits à cravate… (relire le texte de Paul Warren, Le Devoir, 5 juin 2012, page A7).


J’ai mal, très mal. Mon fils n’est pas mort, il est vivant, mais avalé par la fange que notre société tolère et que seuls les groupes de défense de droits des malades mentaux et des itinérants tentent d’aider. De grâce, cependant, écoutez cette jeunesse québécoise qui crie son mal elle aussi, sans pouvoir toujours adéquatement le nommer, avant que le malaise social ne dégénère. Mon coeur est un oiseau blessé… Liberté, liberté !


 
 
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