La CSN et la santé - Le principe de l’utilisateur-payeur doit être abandonné
«Nous sommes tout à fait disposés à collaborer avec les directions des établissements de santé»
Dans la mire, cette fois, de la CSN : les soins de santé prodigués aux aînés. « On vient de lancer, en mars dernier, une importante campagne intitulée “ Vieillir dans la dignité ”, dans laquelle nous offrons des pistes de solution pour améliorer l’offre de soins de santé aux aînés », explique Jean Lacharité, deuxième vice-président de la CSN.
Il y a d’abord la question de l’hébergement des personnes âgées atteintes d’une lourde perte d’autonomie. « Il manque de places d’hébergement pour ces personnes dans le système de santé et la solution passe par une offre accrue d’hébergement public. » La réponse ne saurait donc être l’arrivée des partenariats publics-privés (PPP) dans la construction et la gestion des Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).
« On est très inquiet par le recours aux PPP pour loger des personnes aînées nécessitant des soins plus lourds. Par définition, le partenaire privé voudra faire des profits. Comment les réalisera-t-il ? En rognant sur la qualité des services ou en exigeant des frais plus élevés pour ces mêmes services ? »
Il s’interroge aussi sur les conditions de travail qui prévaudront dans ces CHSLD en PPP. « Le partenaire privé sera-t-il en mesure d’offrir à ces travailleurs de bonnes conditions de travail ? Sera-t-il capable de répondre aux besoins de formation de ces derniers ? S’il n’y arrive pas, on assistera alors à un important roulement de personnel. Cela nuira au lien entre les patients et les personnes qui les soignent, un lien d’autant plus important puisqu’il s’agit de personnes âgées. »
Maintien à domicile
La CSN prône aussi un meilleur appui financier au maintien à domicile des personnes aînées désirant demeurer à leur domicile le plus longtemps possible. Selon les chiffres fournis par la CSN, le Québec est une des sociétés qui investissent le moins en soutien à domicile. À titre de comparaison, la part du budget public consacré aux aînés qui est dédiée au soutien à domicile est de 18 % au Québec, tandis qu’en France elle atteint 43 %. Au Danemark, on parle plutôt de 73 %.
« On croit qu’un investissement immédiat de 500 millions de dollars dans le maintien à domicile permettrait d’amorcer le virage nécessaire et d’assurer dès maintenant des soins à domicile suffisants pour satisfaire au minimum 40 % des besoins des personnes âgées en perte d’autonomie. Sans compter que ce virage aurait pour effet de désengorger les urgences, souvent le seul recours pour les personnes âgées, et de libérer des lits d’hôpitaux occupés par des personnes âgées, faute de solution de rechange. »
Mais, pour que ce nouvel effort de maintien à domicile donne les fruits escomptés, il faut aussi s’attarder à la livraison desdits services. « Les services en maintien à domicile doivent être mieux intégrés et mieux coordonnés. » Une coordination qui, selon la CSN, devrait être confiée aux Centres de santé et de services sociaux (CSSS).
La CSN dénonce aussi la contribution santé que doit maintenant acquitter le contribuable québécois. « C’est une taxe régressive qui ne tient absolument pas compte du revenu et de la capacité de payer des personnes. Il faut tout simplement l’abolir. S’il faut aller chercher plus d’argent dans la poche des contribuables pour mieux financer le réseau de santé public, on peut le faire facilement en ajoutant un autre palier d’imposition. » Se cache aussi derrière cette contribution santé, croit-il, le principe de l’utilisateur-payeur. « Ce principe en santé ne peut que créer des problèmes médicaux. Il ne faut pas mettre le doigt dans cet engrenage. »
La CSN dénonce aussi l’utilisation de plus en plus fréquente du secteur privé en santé. « Le recours aux cliniques médicales privées par les centres hospitaliers pour la livraison de certains soins est illogique. Il y a un nombre X de médecins et d’infirmières au Québec. Le recours au secteur privé ne fait pas augmenter ce nombre. Tout ce qu’il fait, c’est qu’il déplace les médecins et les infirmières vers le secteur privé et, par conséquent, vide le réseau public. On n’y gagne certainement pas au change. »
Idem pour la présence des agences de placement privées. « C’est une façon de faire qui est très coûteuse pour les centres hospitaliers, puisque ces derniers doivent non seulement débourser le salaire de l’infirmière, mais aussi le pourcentage qu’on remet à l’agence pour ses services. Il serait moins coûteux de permettre aux centres hospitaliers d’ouvrir de nouveaux postes lorsqu’ils sont en déficit de personnel, plutôt que de se référer aux agences de placement. »
Jean Lacharité admet qu’il y a des gains en efficience et, par conséquent, des économies d’argent à faire, dans une meilleure organisation du travail et des services. « Comme syndicat, nous sommes tout à fait disposés à collaborer avec les directions des établissements de santé. Mais cette réorganisation des services et du travail doit se faire de façon paritaire. Si les décisions viennent seulement d’en haut, ça ne peut pas marcher. Les travailleurs ne se sentiront pas associés à ces décisions et cela ne peut qu’augmenter la résistance au changement. On ne remet pas pour autant en ques
Collaborateur







