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Gadamer et les soins - De l’importance du dialogue dans le soin humain Un nouveau programme universitaire mettra l’humanisme au coeur de la pratique

19 mai 2012 | Marie-Hélène Alarie | Santé
Le dialogue permet de remettre le patient au centre du système de soins.
Photo : Agence France-Presse Martin Bureau Le dialogue permet de remettre le patient au centre du système de soins.
Dans un système de santé où tout va de plus en plus vite, où la performance est une loi qui régit les interactions du soignant et du patient, le temps vaut de l’or. Mais si on utilisait une petite parcelle de ce temps pour le consacrer au dialogue ? C’est du moins ce que la philosophie nous suggère.

Cyndie Sautereau croit sans conteste au pouvoir du dialogue et en a fait la démonstration en livrant sa conférence intitulée « La place du dialogue dans le soin humain », vendredi dernier, lors du Congrès de l’Acfas (Association francophone pour le savoir), prenant appui sur la pensée du philosophe allemand Hans-Georg Gadamer (1900-2002), dont la série de conférences, « Philosophie de la santé », l’a beaucoup inspirée.


Cyndie Sautereau étudie actuellement au doctorat en philosophie. Elle n’est pas directement présente dans le domaine des soins aux patients, n’ayant pas de formation en médecine, mais elle développe un intérêt marqué pour le sujet. « En fait, tout commence avec une thèse en philosophie portant sur la relation à autrui, où je me suis intéressée en particulier à un courant qu’on appelle l’éthique du care, c’est par ce biais que j’en suis venue à la question du soin », raconte Mme Sautereau. Le terme « care » qualifie une théorie et est difficile à traduire en français, car il désigne à la fois ce qui relève de la sollicitude et du soin.



Selon Gadamer


Le philosophe Hans-Georg Gadamer inscrit sa pensée dans un courant qu’on nomme l’herméneutique, qui est la théorie de la compréhension et de l’interprétation de la question « qu’est-ce que comprendre ? ». Ce sont ces grands questionnements sur la compréhension de l’autre et sur le dialogue qui sont au centre de sa démarche.


Cette philosophie ne repose pas sur la compassion ou l’empathie : « On n’est pas là, parce que souvent, dans la compassion, on va s’identifier à l’autre, on va partager sa souffrance. Ce qu’on veut, c’est de trouver la juste distance entre une trop grande proximité, qui serait celle de la compassion, voire de l’empathie, et une distance trop grande, où l’autre serait objectivé, où on ne verrait plus que son corps », explique Cyndie Sautereau.


Selon Gadamer, cette juste mesure ne se trouve que dans le dialogue, « où il s’agit de faire valoir la parole de l’autre et d’essayer, grâce à un échange, de s’entendre sur ce qu’il appelle la chose même, qui serait ici le rétablissement. C’est donc de prendre en considération l’expérience vécue de l’autre qui, dans la compréhension davantage scientifique du soin, et dont on a besoin par ailleurs, n’est peut-être pas assez prise en compte », renchérit Mme Sautereau. Ce dialogue doit donc s’établir sur la base de l’écoute et de l’ouverture à autrui. Gadamer dira qu’il faut, pour y arriver, mettre de côté ses préjugés et ne pas être centré sur soi, sinon on se coupe totalement de l’autre. Le dialogue doit intervenir tout au long du processus qui ultimement mènera à la guérison.


 

Ouverture à l’autre


La formation d’un médecin est longue et ardue. Parfois, l’humanisme et l’ouverture à l’autre peuvent sembler être des qualités si évidentes qu’elles ne sont que rarement abordées dans les années d’étude. Pourtant, selon Cyndie Sautereau, pour compléter une formation dans ce sens, « il faudrait essayer de travailler avec des études de cas pour tenter de développer cette ouverture à l’autre ». Concrètement, même si c’est difficile de toujours remettre en question son savoir, il faut pendant un moment le laisser de côté pour avoir une approche plus globale.


Gadamer parle aussi des soins palliatifs, où cette notion de dialogue intervient constamment. Car, évidemment, dans certaines spécialités, le dialogue est très présent : on n’a qu’à penser au médecin de famille et à l’obstétricien, chez qui le rôle d’accompagnement est primordial. Mais le dialogue ne serait-il pas utile aussi au chirurgien ? Selon Mme Sautereau, peu importe la situation, on devrait toujours remettre le patient au centre du système de soins : « Pour voir que l’expérience vécue de la personne et la manière dont elle ressent la maladie peuvent être très significatives pour le soignant. »


 

Souplesse


Au niveau des établissements, on souhaiterait plus de souplesse dans l’approche humaine, alors que l’approche scientifique du soin est, elle, omniprésente : « On vit dans un monde dominé par la science et la technique, et le côté humain est peu légitimé, a peu de place, que ce soit dans la formation des médecins ou même dans les établissements », ajoute Cyndie Sautereau. Bien sûr que notre chercheuse rêve d’un rapprochement entre les facultés de philosophie et de médecine.


On fait déjà les premiers pas dans ce sens, puisque, à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, on est en train d’élaborer un nouveau programme, qui sera mis en place au fur et à mesure de l’arrivée de nouvelles cohortes et qui place l’humanisme au coeur de la pratique. « À plus long terme encore, il devra y avoir un changement dans la société pour que la science n’ait plus cette préséance qu’elle a actuellement. On sent que le sujet est une évidence pour ceux qui réfléchissent sur le soin, mais que ça ne se reflète pas encore dans les établissements », ajoute Mme Sautereau.


Nous laissons à Hans-Georg Gadamer le mot de la fin lorsqu’il écrit : « Il semble que, souvent, dans le savoir-faire d’un grand médecin, des éléments de son expérience de la vie la plus intime sont en jeu. » Il faudrait donner la chance aux médecins de reconnaître l’utilité de ces éléments.


 

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