Psychologie et santé mentale... - Avoir 15 ans…
« La maladie complique la vie, mais une vie compliquée aggrave l’évolution de la maladie »
«Plusieurs troubles, tels la schizophrénie, les troubles bipolaires ou les troubles de personnalité, apparaissent le plus souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Leurs conséquences sont, hélas, trop souvent dévastatrices à cette période de la vie. Des progrès ont été faits au cours des dernières années pour aider ces jeunes adultes, mais nous pouvons et devons encore mieux faire. » Voilà ce qu’on lit notamment dans la documentation du colloque qui a proposé 58 communications et quatre forums et qui, par la même occasion, met la table à notre entretien avec le Dr Baruch, également directeur de l’enseignement à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.
« On est très heureux de l’audience, qui a été très importante, note M. Baruch. Nous avons en fait eu à peu près 450 participants, soit des intervenants, des gens qui travaillent dans le milieu hospitalier, en première ligne des soins de santé, des gens des CLSC, des groupes communautaires, etc. Ce sont des gens qui ont vraiment participé au colloque, parce que, vous savez, il y a des colloques auxquels les gens s’inscrivent, mais ils passent leur temps à faire du tourisme. »
Ainsi, le thème du colloque, c’est M. Baruch qui l’a choisi. « En fait, mon intérêt en psychiatrie porte essentiellement sur les troubles de l’humeur et surtout sur les troubles bipolaires [connus autrefois sous l’appellation de maladies maniaco-dépressives]. La maladie apparaît en général à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte, soit entre l’âge de 15 et 25 ans, pour beaucoup d’entre eux. Le trouble bipolaire se manifeste par des épisodes de dépression et d’excitation, ce qu’on appelle des manies plus ou moins sévères selon le cas. Et cela a des conséquences sur le développement personnel, sur les études, les relations amoureuses, l’installation dans la vie, etc. Par exemple, si on a un jeune qui fait une dépression sévère à 19 ans et vit une période d’excitation à 21 ans, il est certain que, si rien n’est fait, les épisodes vont se répéter, et probablement qu’à l’âge de 30 ans cette personne aura déjà été hospitalisée trois ou quatre fois. »
La tendance, sur le plan du diagnostic et de l’intervention, repose, dit-il, sur une organisation des services qui permettrait une détection plus précoce de la maladie et sa prise en charge. « L’idée est d’avoir une organisation de services qui intervienne de manière plus efficace et plus tôt. Et je vous dirais que, souvent, c’est le milieu scolaire qui va permettre la détection de ces troubles. Ce peut être un psychologue au cégep, par exemple. On peut aussi le remarquer aux niveaux secondaire ou universitaire. »
Sur le plan des traitements, rappelle le professeur Baruch, il y a, dans un premier temps, « les aspects spécifiquement liés aux soins, que ce soient des traitements psychotropes, des prises en charge psychothérapeutiques individuelles ou collectives. On insiste également beaucoup sur ce qu’on appelle la psycho-éducation. C’est au fond une manière de permettre aux jeunes adultes d’avoir une meilleure connaissance de la maladie et de développer des habitudes de gestion de la maladie. En fait, on insiste beaucoup aujourd’hui sur la notion d’intégration et de trajectoire. Il est donc moins question d’attendre une espèce de molécule-miracle ou de la psychothérapie-miracle. »
Guérison
En ce qui concerne la guérison, M. Baruch précise que, au sens strict du terme, la guérison « n’est pas facile à obtenir. La plupart des troubles mentaux sont souvent des maladies chroniques. Les traitements vont en limiter l’impact. Encore là, l’idée, c’est que plus les gens ont des relations sociales et des projets, plus on peut espérer que, malgré la maladie, on peut avoir une qualité de vie. Ça joue en fait dans les deux sens, en cela que la maladie complique la vie, mais une vie compliquée aggrave l’évolution de la maladie. »
Philippe Baruch tient à rappeler en fin d’entrevue qu’il est en train de développer, avec une collègue à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, un programme axé sur la santé mentale des jeunes adultes. « On va tenter d’organiser au mieux les services de notre institut et d’avoir les partenariats les plus efficaces possibles afin d’aider ces jeunes. C’est d’ailleurs un axe qu’on veut lier à des activités de recherche clinique. Il y a encore énormément de travail à faire. »







