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En 1987 naquit une nouvelle centrale

Tout prend forme avec la négociation d’une première convention collective des infirmières regroupées

19 mai 2012 | Réginald Harvey | Santé
La grève des syndiqués de la Fédération indépendante des infirmières et infirmiers du Québec.
Photo : Agence Reuters La grève des syndiqués de la Fédération indépendante des infirmières et infirmiers du Québec.
En 1987, trois syndicats indépendants s’unissent pour former la Fédération indépendante des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), qui deviendra, en 2010, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ). Ce syndicat de professionnels de la santé regroupant plus de 60 000 membres a mené des luttes épiques, subi des coups durs, remporté des victoires et milité pour des causes sociales en 25 ans d’existence. Retour sur une organisation marquée par une solidarité indéfectible.

Michèle Boisclair, première vice-présidente de la FIQ, totalisera bientôt 40 ans de vie infirmière et d’engagement syndical. Elle accompagne Le Devoir pour remonter le cours du quart de siècle d’existence du mouvement et se tourne en premier lieu vers la fusion en 1987 : « Celle-ci est venue d’une volonté très forte de la base ; on se rendait compte que, lorsqu’il y avait des périodes de maraudage ou des négociations, le gouvernement se servait de nos trois fédérations pour tenter de nous diviser en donnant une petite affaire à chacune d’elles. Sur le terrain, on a donc fini par trouver qu’il était ridicule de se battre entre nous. »


Fait plutôt inusité, c’est un projet de loi d’intérêt privé adopté à l’Assemblée nationale qui sanctionne le fusionnement des trois entités : « Cela a créé une force syndicale extraordinaire. À l’époque, on était 36 000 et la première présidente élue fut Diane Lavallée (1987-1993). » Au fil du temps, lui succéderont Jennie Skeene (1993-2005), Lina Bonamie (2005-2009) et l’actuelle présidente, Régine Laurent (2009-).


« On s’est mis au travail pour relever notre premier grand défi, qui était la négociation d’une première convention collective des infirmières regroupées en 1989 ; déjà, à ce moment, on voyait poindre un problème sur le plan de la pénurie, de telle sorte que notre thème était “ Pour être là demain ”. On voulait vraiment obtenir une reconnaissance professionnelle et dire au gouvernement Bourassa : c’est fini la vocation, et on passe de celle-ci à la profession », se souvient Mme Boisclair.



Un premier affrontement musclé


L’interlocuteur patronal fait plutôt la sourde oreille aux revendications de la FIIQ, ce qui aura pour conséquence le déclenchement d’une grève illégale de sept jours en septembre 1989. Une loi spéciale d’une sévérité historique est adoptée pour y mettre fin : « C’est la loi 160, qui avait des dents et qui entraînait une cessation de l’application de la formule Rand pour le prélèvement à la source des cotisations syndicales, accompagnée d’un grand nombre d’autres pénalités et d’une suppression d’ancienneté. » Elle assure que les infirmières ont alors fait preuve de beaucoup de solidarité pour atténuer les conséquences de cette pièce législative en recourant à diverses solutions : « Les infirmières sont très imaginatives et créatrices ; on s’est organisé pour que ça fasse moins mal et on s’est soigné, si on peut dire cela. »


Elle s’indigne du sort réservé à ses collègues, tout en se réjouissant des avancées obtenues à ce moment : « C’est incompréhensible, la façon dont ils ont traité des gens qui, au quotidien, ont à prendre soin du monde. D’un autre côté, on a réussi à faire des percées incroyables, qui ont ouvert la porte à une amélioration des conditions de travail et qui ont des répercussions encore aujourd’hui. »


Toujours à la même époque, elle fait ressortir tout l’engagement social de la Fédération en cette période particulièrement fertile en débats de société. La FIIQ s’engagera fermement en faveur du droit à l’avortement à ce moment. Plus tard, dans les années 1990, elle sera de la marche mondiale des femmes contre la pauvreté (Du pain et des roses) : « Cette pauvreté engendre toutes sortes de problèmes pour la santé. Déjà, à ce moment-là, on était très active dans ce genre de manifestation. »



Des milliers de postes s’envolent


En 1997, des infirmières quittent leurs fonctions dans le cadre de la quête du déficit zéro de l’État prônée par le gouvernement de Lucien Bouchard. Le gouvernement n’a pas vu venir le coup et son programme de départs volontaires cause la prise de retraite prématurée de près de 19 000 employés de la santé, dont 3600 infirmières : « Les dirigeants gouvernementaux n’avaient pas prévu le niveau de détresse et de profond découragement, avec toutes les transformations et les restructurations qui étaient annoncées dans le réseau. »


Le virage ambulatoire se pointe en effet dans le décor durant ces mêmes années : « On a souscrit à cette idée, dans le contexte de l’évolution des technologies et des avancées dans les techniques chirurgicales. On avait quand même un doute que l’argent pour l’appliquer ne serait pas là. » Et s’ajoute l’adoption de la loi 90, qui vient modifier le Code des professions et transformer la pratique infirmière.



La grève de 1999 marque la vie syndicale


C’est dans ce contexte plutôt trouble que se préparent en 1998 les négociations de 1999. La Fédération fait ses devoirs et lance un programme de formation très poussé dans l’organisation du travail, auprès de ses représentantes dans 350 établissements : « On veut être un pas en avant sur les changements en cours et leurs conséquences. » Comme moyen de pression pour faire valoir leurs revendications, les infirmières cessent de faire des heures supplémentaires. Elles sont forcées d’abandonner cette stratégie, mais elle porte fruit sur plusieurs points ; le Conseil des services essentiels leur donne en bonne partie raison.


Malgré toute cette démarche préparatoire, dix ans après la grève de 1989, celle de 1999 éclate. Elle résume les points en litige : « Le fardeau des tâches est toujours présent, l’organisation du travail est problématique et on veut une diminution de la précarité ; notre thème est le suivant : “ Assez, c’est assez ”. Le gouvernement rejette nos demandes, jugées excessives, les infirmières frappent un mur, elles en ont plein les bras et décident d’aller en grève encore une fois. »


Deux lois spéciales frappent le mouvement et imposent le retour au travail, la loi 160 et la loi 72, après 23 jours d’arrêt de travail ; la formule Rand écope et les amendes salées pleuvent. Dans un geste de solidarité sans pareil, les infirmières reçoivent pour une deuxième fois une aide financière généreuse de leurs collègues du Canada, ce qui leur servira à sortir la tête de l’eau et à sauver leur syndicat en déroute : « Elles ont été d’une générosité extraordinaire ». La solidarité des membres et les efforts financiers qu’elles consentent feront le reste ; la FIIQ survivra au prix de bien des sacrifices.



Et pendant les années 2000…


Un autre siècle se pointe et Michèle Boisclair porte ce regard sur ce qui se passe alors : « Je vois ces années marquées par les bouleversements ; elles sont entachées par le manque de respect envers les structures syndicales et celles-ci sont profondément modifiées par les lois 25 et 30. On assiste aux lois adoptées sous le bâillon. La privatisation gagne du terrain dans le réseau de la santé et devient pour nous un des grands dossiers majeurs. On continue également de dénoncer et de lutter contre la pauvreté qui frappe les femmes et de prendre position sur d’autres problématiques sociales. »


La Fédération envisage les changements structurels avant même qu’ils ne surviennent, de telle sorte qu’elle absorbera mieux le choc causé dans le monde syndical par l’adoption de la loi 25 et de la loi 30 : « On est d’abord devenu la “ FIIQ Plus ” en se fusionnant et en créant des postes de vice-présidence réservés aux infirmières auxiliaires et aux inhalothérapeutes ; au congrès de 2005, cette démarche a été officialisée par un vote pour combler ces deux postes. »


La FIIQ adopte une approche de soins pour obtenir par la suite l’adhésion démocratique fortement majoritaire de ces deux groupes de professionnels, en plus de celle des « perfusionnistes » : « On s’est penché sur les fusions des syndicats avec une vision soignante, en regardant qui sont les professionnels en soins autour de notre patient ; on était bien placé pour parler d’organisation du travail en réunissant une telle équipe. Cette logique-là sera respectée par les autres groupes. »


Tant et si bien que la FIIQ devient la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) au début de décembre 2006 : « Cette appellation reflétait vraiment la nouvelle réalité de notre organisation, dont le nombre de membres tournait à ce moment-là autour de 55 000. » De 2006 à 2012, il y aurait matière à relever quelques autres événements marquants, mais qui appartiennent davantage au présent. Retenons ces propos de Mme Boisclair pour résumer ces années-là : « Depuis ce temps, on a un thème qui nous tient à coeur et on veut que la Fédération soit reconnue à travers celui-ci, étant donné qu’on regroupe toutes les professionnelles en soins qui sont autour du patient : “ La FIQ, une voix qui porte, des gestes qui comptent ”. »


 

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