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Survivre à la chirurgie - Miser sur une prise en charge de sa propre maladie

De 30 à 50 % des personnes souffrant d’obésité abandonnent leur traitement clinique

Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) a regroupé, en juillet dernier, sa Clinique d’obésité et sa Clinique de chirurgie bariatrique. Caroline Cyr mène actuellement une recherche sur les impacts que cette unification des trajectoires de soins aura sur le vécu des patients.

Au CHUS, dans les anciens services de soins accordés aux patients souffrant d’obésité, les personnes en attente d’une chirurgie bariatrique étaient ceux qui présentaient le plus de symptômes de détresse, d’anxiété, de dépression et de boulimie. C’est ce qu’ont révélé les premiers résultats d’une étude menée par la doctorante Caroline Cyr, dévoilés le 7 mai dernier, lors d’un colloque sur la santé des populations inscrit dans la programmation du 80e Congrès de l’Acfas. Dans le cadre de cette recherche, 59 participants ont été interrogés dans des groupes témoins, puis par le biais de questionnaires pour évaluer leur qualité de vie et leur motivation.


Marie France Langlois, professeure à l’Université de Sherbrooke, qui supervise les recherches, avait prévu des conclusions allant en ce sens, mais elle ne s’attendait pas à ce que les résultats soient « aussi clairs. C’est certain que les personnes qui sont en attente d’une chirurgie, souvent, elles ont en moyenne un excès de poids qui est plus élevé que les clients qui étaient dans la Clinique médicale d’obésité. Cela peut expliquer une partie du résultat, mais je pense aussi que ce qui explique une autre partie des résultats - dont on n’avait peut-être pas anticipé l’ampleur - c’était le processus de l’attente. On leur demandait de faire des changements, mais ils étaient, à ce moment-là, peu accompagnés pour les faire. »


Caroline Cyr explique que, « en chirurgie bariatrique, le patient était suivi par son infirmière et son équipe de chirurgiens, mais il était vraiment laissé à lui-même pour faire le recalibrage de ses habitudes de vie. Tandis que, à la clinique d’obésité, il était pris en charge par l’infirmière, la nutritionniste et l’équipe d’endocrinologues. » Or les changements comportementaux nécessitent tout autant un accompagnement serré chez les personnes en attente d’une chirurgie bariatrique, puisque, pour la réussite de l’opération, elles doivent, par exemple, impérativement cesser de fumer et de boire des boissons gazeuses, comme la bière, les sodas ou l’eau Perrier.


Or, au CHUS, tous les soins dédiés aux problèmes d’obésité sont maintenant regroupés depuis juillet 2011 à l’intérieur d’une seule clinique : la Clinique médico-chirurgicale du traitement de l’obésité. La mise en place d’un guichet unique vise entre autres à éviter que des patients ne se retrouvent inscrits sur les deux listes d’attente, mais cette nouvelle organisation pourrait avoir d’heureuses conséquences sur le processus de soins. Une équipe pluridisciplinaire composée d’endocrinologues, de nutritionnistes et de kinésiologues fait dorénavant un suivi du processus chez chaque patient. Marie-France Langlois croit que « c’est pas mal unique au Québec qu’il y ait une équipe médicale qui travaille avec une équipe chirurgicale et qu’il y ait une aussi grande intégration professionnelle au niveau de la modification des habitudes de vie ». Des réunions hebdomadaires permettent maintenant de voir si chaque patient évolue bien dans ses démarches.


Pour les personnes en attente d’une chirurgie bariatrique, « on se demande si on va retrouver les mêmes symptômes sur la trajectoire des soins unifiés », dit Caroline Cyr, pour qui la prochaine étape consiste à évaluer la qualité de vie, la motivation et l’« auto-soin », soit comment le patient est prêt à se prendre en charge, maintenant que le CHUS a réorganisé ses services dans ce secteur.


Plutôt que de faire des analyses anthropométriques, Caroline Cyr s’attarde donc à ce que vit le patient. Un aspect important, alors qu’on estime que de 30 % à 50 % des personnes souffrant d’obésité abandonnent leur traitement clinique visant à leur faire perdre du poids. « Quand les patients sont vraiment motivés et s’engagent dans leurs soins, ils vont réussir à atteindre leurs objectifs de traitement. […] C’est pour ça que je mesure la motivation, parce que ça m’intéresse de voir comment on sait quand le patient est motivé, comment on l’aide à soutenir cette motivation, où est le point sur la trajectoire de soins où je sais que je dois aller maintenir la motivation ou la stimuler. »


Une logique qui s’applique aussi aux patients indisposés par d’autres maladies chroniques, comme le diabète ou la haute pression. « Le patient doit vraiment prendre en charge sa propre maladie pour avoir un succès, parce que ça dépend beaucoup de ses comportements, explique Marie-France Langlois à propos de ce type de cas. Le traitement, la prise de médicaments, l’adoption de saines habitudes de vie, qui sont souvent les mêmes pour toutes ces conditions, c’est sûr que c’est un processus qui est difficile. Et traditionnellement, dans le milieu médical hospitalier, on a tendance à faire une prescription et à envoyer les patients avec ça. Mais on sait qu’au bout d’un an, parmi les gens souffrant d’une maladie chronique, si on ne fait pas de suivi et qu’on ne les engage pas dans leur traitement, il y en a beaucoup qui vont abandonner. »


D’ailleurs, l’étude de Caroline Cyr observe aussi les difficultés des patients qui sortent d’une chirurgie bariatrique, qui n’est pas une « solution-miracle », estime la chercheure. « Ils doivent réapprendre à se reconnaître et à apprivoiser leur corps », qu’ils ne reconnaissent plus, observe-t-elle, à la suite de la première partie de l’étude.


Elle s’est aussi penchée sur les motivations qui ont amené les personnes souffrant d’obésité à entreprendre des démarches pour perdre du poids. Ceux qui étaient dirigés vers la Clinique d’obésité avaient généralement des motivations extrinsèques, c’est-à-dire qu’ils amorçaient souvent le processus à la suite de la pression ou de la suggestion de proches, lorsque ce n’était pas à cause d’un problème de santé majeur qui les forçait à modifier leurs habitudes de vie. Pour les patients qui se retrouvaient en attente d’une chirurgie bariatrique, les motivations s’avéraient généralement intrinsèques, comme le désir de pouvoir faire du sport avec leurs enfants ou de retrouver une indépendance et une liberté dans leurs activités.


Caroline Cyr assure qu’une constante revient par contre chez tous les patients. « Je n’ai rencontré aucune personne qui portait des lunettes roses. Elles avaient toutes une conscience de leurs limites, de leurs capacités, de ce qu’elles doivent faire, mais aussi des changements à effectuer, des difficultés au quotidien à surmonter et de la discipline de vie que ça prenait. Et ça, c’est un élément qui a été vraiment frappant », assure-t-elle.


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