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    Le Québec revendique la position de chef de file mondial en procréation assistée

    Le pari québécois: payer le prix d’un taux de succès en FIV marginalement plus faible pour donner naissance à des bébés en santé.<br />
    Photo: Amélie Daoust-Boisvert - Le Devoir Le pari québécois: payer le prix d’un taux de succès en FIV marginalement plus faible pour donner naissance à des bébés en santé.
    De Copenhague à Vancouver, le programme québécois de procréation assistée soulève l'enthousiasme des experts de la fertilité. Jamais un pays n'avait réussi à régler aussi rapidement le problème des grossesses multiples sans trop amputer le taux de succès de la fécondation in vitro. Le bilan dressé par le Registre canadien des activités de fécondation in vitro, que Le Devoir a obtenu, le confirme.

    «On a l'ambition de faire du Québec le modèle à suivre sur le plan international», lance le Dr Jacques Kadoch dans son bureau de la clinique flambant neuve du CHUM qu'il dirige, où Le Devoir l'a rencontré en janvier. Au fil des colloques internationaux auxquels il assiste, il observe que le nouveau «modèle québécois» est en voie de supplanter le modèle belge, où la procréation assistée est également publique. «Les Belges ont démontré qu'on pouvait économiser sur les grossesses multiples et payer des traitements de fertilité avec cette économie», explique-t-il. Mais au prix d'une baisse du taux de succès de la fécondation in vitro (FIV) très importante: 20 % des tentatives se soldent par une naissance, selon le plus récent rapport du registre belge de la procréation assistée, le BELRAP. Environ 12 % sont des jumeaux et très marginalement, des triplets. Alors que le Québec obtient un taux de succès de 29 % pour 7,6 % de grossesses multiples.

    «C'est fantastique, c'est un exemple à suivre», s'exclame le Dr Yakoub Khalaf au bout du fil. Quand cet expert londonien de la fertilité a pris connaissance des résultats des six premiers mois du programme québécois par le biais d'une publication scientifique, il n'a pu qu'applaudir. Il a d'ailleurs évoqué ces résultats auprès de la Human fertilisation and Embryology Authority britannique pour l'amener à introduire des mesures semblables. «Ils y pensent, explique-t-il, mais ce qui sera difficile à faire passer ici, c'est le financement public.» Tous ne peuvent compter sur une figure publique telle Julie Snyder pour sensibiliser le peuple et le Parlement à leur cause.

    À Copenhague, le Dr Soren Ziebe s'enthousiasme également des résultats québécois, qui dépassent ceux que le Danemark a pu obtenir, même après des années de financement public. Le taux de grossesses multiples associées à la FIV y est encore de 14 %.

    C'est grâce au financement public de la procréation assistée que le Québec en est arrivé à ces résultats impressionnants. En août 2010, Québec annonce que les traitements seront désormais gratuits. Les couples infertiles et les médecins militaient depuis des années pour cette cause, et on avait pu les entendre en commission parlementaire. La majorité des services se donnent en clinique privée, avec qui Québec s'est entendu assurer la gratuité pour les patients. À terme, s'ajoutant à l'hôpital Royal-Victoria et à la toute nouvelle clinique du CHUM, l'hôpital Sainte-Justine, le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) et le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) viendront bonifier l'offre publique.

    Le ROC refroidi

    Pendant que le reste du monde observe le laboratoire québécois, l'intérêt des autres provinces canadiennes à implanter une loi semblable pourrait bien s'éteindre, croit le Dr François Bissonnette. Il pratique à la clinique OVO et au CHUM, en plus de diriger le Registre canadien des activités de fécondation in vitro. En décembre, Québec a coupé de 35 % la rétribution des médecins en clinique privée par cycle de FIV. Une décision «qui a tué la vague dans le reste du pays», dit-il.

    «Je dois rencontrer bientôt les gouvernements de l'Alberta, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique, ajoute-t-il, et je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir leur dire. Ce qui se dit parmi les médecins, c'est de ne pas faire affaire avec le gouvernement.» Pessimiste, il croit que l'occasion «de créer un tsunami pancanadien pour que tous les couples en bénéficient» ne se présentera pas.

    À Vancouver, le Dr Albert Yuzpe ne croit pas voir le financement public dans sa province de si tôt. «Le Québec est devenu un modèle, oui. Mais je ne sais pas s'il va avoir les moyens de continuer à payer pour trois cycles par femme au rythme où ça va», dit-il.

    Note discordante

    Le médecin américain Norbert Gleicher joue au trouble-fête. Il croit pour sa part que le Québec fait carrément fausse route. Pour lui, la diminution du taux de succès de la FIV d'environ 10 %, c'est trop cher payé pour les bénéfices possibles. En effet, 43 % des FIV se soldaient par une grossesse en 2009: c'est maintenant 29 %. Il rejette entièrement l'idée voulant qu'en diminuant le nombre de grossesses multiples, le programme se finance de lui-même.

    «Votre ministre de la Santé n'obtiendra pas de diminution de risque. La seule chose qu'il va avoir, c'est une diminution des chances de grossesse», estime le fondateur du Centre for Human Reproduction de New York. Selon lui, il n'est pas plus risqué d'implanter deux embryons. «Les couples veulent souvent deux enfants. Comme médecin, je peux tenter de les aider à concevoir des jumeaux, ou leur proposer deux grossesses consécutives», explique-t-il. Lorsque l'on compare les coûts et les risques de ces deux options, il est plus avantageux d'implanter deux embryons et de tenter la naissance de jumeaux, a-t-il calculé. Selon lui, accoucher de jumeaux est moins risqué et moins coûteux que d'avoir deux enfants l'un à la suite de l'autre.

    Le Dr Gleicher même calculé qu'à cause de la politique de l'embryon unique qui gruge les chances de succès, le Québec se prive du tiers des bébés qu'il pourrait concevoir grâce à la FIV, soit environ 650 naissances pour 2011. Il a publié ces commentaires dans la revue scientifique Reproductive Biomedecine Online en réaction aux résultats québécois après les trois premiers mois du programme public, également dévoilés dans cette publication spécialisée en mai 2011. «Je ne crois pas que le Québec économisera, et je crois même qu'à long terme se sera très coûteux, car de nombreux futurs contribuables ne verront pas le jour», a-t-il dit lors d'un entretien téléphonique.

    Le Dr Gleicher est respecté dans le domaine de la procréation assistée. Mais la majorité de ses collègues, surtout en Europe, n'approuvent pas son raisonnement. Pour le Dr Yakoub Khalaf, «le taux de succès est marginalement plus faible, c'est le prix à payer pour des bébés en santé». C'est le pari québécois.
    Le pari québécois: payer le prix d’un taux de succès en FIV marginalement plus faible pour donner naissance à des bébés en santé.<br />
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, est très fier du succès de son programme.<br />
     
     
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