L'infertilité a doublé en 20 ans

Un couple participe à un cours d’aquaforme prénatal. La fertilité féminine déclinant avec l’âge, le fait que les femmes décident de concevoir de plus en plus tard est une explicaiton avancée à l’augmentation du taux d’infertilité.<br />
Photo: Agence Reuters Jorge Silva Un couple participe à un cours d’aquaforme prénatal. La fertilité féminine déclinant avec l’âge, le fait que les femmes décident de concevoir de plus en plus tard est une explicaiton avancée à l’augmentation du taux d’infertilité.

Les cliniques de fertilité risquent de faire de bonnes affaires encore longtemps: le taux d'infertilité a presque doublé en 20 ans au pays.

Alors que 8,5 % des couples hétérosexuels échouaient à concrétiser leurs projets de famille après un an sans contraception en 1992, aujourd'hui ils sont 16 %, révèle une étude de Statistique Canada publiée dans le dernier numéro de la revue scientifique Human Reproduction. En 1984, seuls 5,4 % des couples rapportaient de telles difficultés.

La fertilité féminine diminuant avec l'âge, le fait que les femmes décident de concevoir de plus en plus tard y est certainement pour quelque chose. L'augmentation des taux d'obésité et celle de la consommation d'alcool sont d'autres facteurs évoqués par les chercheurs pour expliquer cette tendance, bien qu'ils n'aient pas évalué spécifiquement le lien entre ces facteurs et que d'autres études seraient requises pour approfondir l'analyse. Aussi, certaines maladies transmissibles sexuellement, comme la chlamydia et la gonorrhée, en hausse, affectent la fertilité. Cette étude ne permet pas de distinguer les effets de l'infertilité masculine et féminine sur le taux de fécondité au pays.

«On voit en même temps que de plus en plus de gens ont recours aux traitements contre la fertilité depuis 10 ans», remarque Tracey Bushnik, l'auteure principale de l'étude et statisticienne à Statistique Canada.

Ailleurs dans le monde, les taux d'infertilité se situent entre 3,5 et 17 %, indique Mme Bushnik. «Le Canada se situe quelque part dans la moyenne supérieure», dit-elle.

Avec le critère «Avez-vous omis d'utiliser un moyen de contraception dans les 12 derniers mois?», 16 % des 5617 couples interrogés s'avèrent infertiles. Avec une question plus précise («Avez-vous omis d'utiliser un moyen de contraception dans les 12 derniers mois, eu des relations sexuelles et tenté de concevoir un enfant avec votre partenaire actuel?»), le taux d'infertilité rapporté tombe à 11,5 %. Peu importe la question de recherche utilisée, cela s'avère toujours significativement plus élevé que le taux rapporté en 1992.

L'influence de l'âge

L'étude confirme également qu'avec l'âge, la fertilité décline. C'est 20 % des femmes de plus de 40 ans qui n'arrivent pas à tomber enceintes. L'étude révèle également que 79 % des couples essaient, à un moment ou un autre, de fonder une famille.

Le Dr Albert Yuzpe, qui a participé à cette étude, pratique dans une clinique de fertilité de Vancouver. Il n'a pas été surpris des résultats. «De plus en plus de femmes qui ont reporté leurs projets d'avoir des enfants me consultent après 40 ans. Même avec des traitements de fertilité, les chances de mettre un enfant au monde après 44 ans sont très, très minces», dit-il. Il remarque que les grossesses tardives des vedettes hollywoodiennes laissent les femmes avec la fausse impression qu'on peut devenir enceinte facilement à tout âge. «Or la plupart de ces vedettes ont eu des dons d'ovules. Tous les jours, des patientes s'étonnent quand je leur dis que ce n'est pas aussi facile dans la vraie vie.» «Si vous voulez des enfants et que vous êtes prêts, ne reportez pas trop vos projets», conseille-t-il aux couples.
2 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 18 février 2012 22 h 31

    Milieu hostile

    "L'augmentation des taux d'obésité et celle de la consommation d'alcool sont d'autres facteurs évoqués par les chercheurs pour expliquer cette tendance, bien qu'ils n'aient pas évalué spécifiquement le lien entre ces facteurs et que d'autres études seraient requises pour approfondir l'analyse."

    Et curieusement on ne mentionne même pas comme très probables des causes environnementales. Non, sans surprise on pointe du doigt les individus. Sans surprise mais avec une certaine déception quand c'est ce journal que l'on lit.

  • Carole Poliquin - Abonné 21 février 2012 13 h 14

    Et les causes environnementales?

    Nous sommes exposés chaque jour, à faible dose, à des milliers de substances chimiques ayant des effets documentés sur notre système reproducteur.
    Justement parce qu'elles sont présentes à doses infimes dans nos corps (doses jugées sécuritaires par les les organismes réglementaires comme Santé Canada), ces molécules peuvent tromper nos cellules pour y pénétrer et perturber leur fonctionnement.

    Ces substances n'ont pas été testées sur les organismes en développement, les foetus alors que c'est là que se joue de nombreux phénomènes qui ne vont apparaître qu'à la puberté: diminution du nombre de spermatozoïdes de 50% en 50 ans, malformations génitales, perturbation du cycle menstruel des jeunes filles, puberté précoce etc.

    De plus, quand ces substances ont été testées, elles l'ont été individuellement alors que dans la vie de tous les jours, elles se combinent en des cocktails dont les effets commencent à peine à être étudiés et qui se révèlent dévastateurs.

    De plus en plus de chercheurs avancent que les perturbateurs endocriniens sont une bombe à retardement au même titre que les perturbations climatiques. Mais les enjeux économiques sont tels que les gouvernements tardent à bouger. On préfère cibler les comportements individuels. Par inconscience ou par avidité, serions-nous aujourd’hui en train de franchir la ligne qui sépare le progrès de l’auto-destruction?