Marcher pour la forme
Avec son réseau souterrain et ses stations souvent profondes, le métro de Montréal est idéal pour l'exercice physique
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le métro de Montréal fournit un excellent prétexte à faire de l’activité physique, sans abonnement au gym et simplement en profitant d’une occasion qui se présente tous les jours.
Depuis 15 minutes, l'étudiante attend une amie à la station de métro Bonaventure. «Tu viens? On prend les marches», lui lance-t-elle en la saluant. Et les deux jeunes femmes filent en ne tenant aucun compte de l'escalier mécanique adjacent, leur café à la main.
Environ une personne sur cinq seulement les imitera. Et encore, c'est parce qu'il est 8h, un matin de semaine. Car en dehors des heures de pointe, environ une personne sur dix seulement préfère les marches à l'escalier mécanique.
Le professeur à l'Université McGill Ross Andersen et ses étudiants au doctorat ont eu la patience de se poster dans le métro pendant deux mois et de compter. C'est à Baltimore, aux États-Unis, qu'il a mené cette expérience, avant de déménager à Montréal. Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en activité physique et en santé croit que les Montréalais afficheraient probablement le même résultat.
«Si peu de gens empruntent les marches... C'est surprenant!», dit-il à propos de ses résultats publiés récemment dans l'American Journal of Health Promotion. C'est pourtant, selon lui, une excellente façon de faire de l'activité physique sans abonnement au gym et simplement en profitant d'une occasion qui se présente tous les jours.
Plusieurs personnes ont besoin d'une petite dose de motivation supplémentaire pour grimper 15, 30 ou 45 marches en sortant du métro.
Pendant une période d'observation pas du tout scientifique à la station Bonaventure, à 8h jeudi dernier, Le Devoir a constaté à Montréal le même phénomène observé par Ross Andersen à Baltimore. Entre l'arrivée de deux rames de métro, les quelques passants empruntent les escaliers mécaniques. Mais quand la foule s'engouffre et qu'une file commence à se former, de nombreuses personnes affrontent les quelque 45 marches.
Plusieurs hommes les grimpent même deux par deux ou en courant. D'autres usagers, plus calmes, montent tranquillement en lisant le journal ou en... textant sur leur cellulaire. Une dame dans la cinquantaine émerge en haut et affiche un air satisfait. «Pourquoi vous le faites?», lui demande-t-on. «C'est un bon cardio!», lance-t-elle.
Affichage efficace
En apposant simplement une affiche sur laquelle est inscrit «Pas de temps pour l'exercice? Prenez les marches!», Ross Andersen a réussi à motiver 5 % plus de femmes afro-américaines dans le métro de Baltimore. Il a en effet constaté qu'un signe culturellement significatif — dans ce cas, une jolie femme noire qui monte les marches avec le sourire — est beaucoup plus efficace qu'une affichette générique devant laquelle les Afro-Américaines passaient sans réagir, se dirigeant droit vers l'escalier mécanique. «Il faut un ensemble de signes différents qu'on change souvent, car les gens s'habituent. Comme Montréal est très multiculturelle, ça prendrait une affiche qui transcende ces cultures et qui peut être interprétée dans n'importe quelle langue», croit-il.
Les gérants de stations du métro de Baltimore ont conservé les affiches une fois l'expérience terminée: ils étaient heureux de la nouvelle fluidité de la circulation!
«Ça peut avoir l'air peu, le fait d'inciter 5 ou 10 % plus de gens à prendre les marches. Mais quand on extrapole cela à tous les usagers du métro, dit Ross Andersen, ça commence à faire beaucoup de monde. C'est très intéressant sur les plans de la santé publique et de la prévention.» Surtout qu'avec son réseau entièrement souterrain et ses stations souvent profondes, Montréal est vraiment idéale pour promouvoir la mise en forme dans le transport en commun, croit-il.
La STM écarte pour le moment l'idée d'installer des panneaux incitatifs au bas des escaliers du réseau montréalais. «Nous préconisons le libre choix des usagers», dit la porte-parole Isabelle Tremblay, soulignant que, de toute façon, «prendre le transport en commun est en soi bon pour la santé, qu'on emprunte les marches ou non».
Catherine Morency, titulaire de la Chaire de recherche Mobilité de l'École polytechnique, l'a même calculé! En se basant sur les données recueillies par le ministère des Transports dans son enquête Origine-Destination, elle a déterminé que les usagers du transport en commun font le quart de l'exercice physique quotidien recommandé, simplement en marchant de leur demeure ou de leur travail vers l'arrêt d'autobus ou la station de métro le plus près.
Sur YouTube, une vidéo, rapidement devenue virale, montre un escalier de métro transformé en véritable piano, dont chaque marche est une note de musique, devenir tout à coup populaire. Heureusement, pas besoin d'un dispositif aussi élaboré pour inciter les gens à fournir un petit effort.
Il va sans dire qu'un escalier étroit et sombre est peu attrayant, souligne Marie Demers, épidémiologiste à la Chaire Mobilité. Pour elle, la clé, c'est «attrait, accessibilité, sécurité». «On ne veut pas se punir dans la vie!», lance-t-elle, tout en précisant qu'il faut éviter les aberrations, comme l'impossibilité de marcher en toute sécurité de la station de métro ou de train jusqu'à destination.
Aux abords du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) en construction, la question du raccordement au métro Vendôme est d'ailleurs toujours à l'étude. Y aura-t-il un tunnel et des aménagements pour les piétons?
***
Ces stations qui vous veulent du bien
Beaudry et Université-de-Montréal
Là, vous avez le choix entre un trottoir roulant qui s'étend presque à l'infini et plusieurs flopées de marches espacées de pentes bien senties. Que vous choisissiez de marcher sur l'une ou l'autre des voies qui s'offrent à vous, vos cuisses et vos fesses vous en remercieront (et votre coeur, par la même occasion)!
De l'Église, Lucien-L'Allier et Bonaventure
Ces stations sont parmi les plus profondes du réseau: leurs marches sont à l'avenant, nombreuses! Aurez-vous le courage de grimper les trois longs escaliers qui permettent d'émerger de la station De l'Église?
Jean-Talon
Sa profondeur en fait une station riche pour la marche, mais, alors qu'à Lionel-Groulx deux lignes se croisent sans douleur, ici les couloirs sont rois. Lorsqu'on émerge d'un train de la ligne bleue pour se rendre rue Saint-Hubert, on doit non seulement enfiler de (très) nombreuses marches, mais également de longs tunnels. Une bonne promenade de santé qu'on peut poursuivre sur la Plaza Saint-Hubert ou au marché Jean-Talon.
Environ une personne sur cinq seulement les imitera. Et encore, c'est parce qu'il est 8h, un matin de semaine. Car en dehors des heures de pointe, environ une personne sur dix seulement préfère les marches à l'escalier mécanique.
Le professeur à l'Université McGill Ross Andersen et ses étudiants au doctorat ont eu la patience de se poster dans le métro pendant deux mois et de compter. C'est à Baltimore, aux États-Unis, qu'il a mené cette expérience, avant de déménager à Montréal. Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en activité physique et en santé croit que les Montréalais afficheraient probablement le même résultat.
«Si peu de gens empruntent les marches... C'est surprenant!», dit-il à propos de ses résultats publiés récemment dans l'American Journal of Health Promotion. C'est pourtant, selon lui, une excellente façon de faire de l'activité physique sans abonnement au gym et simplement en profitant d'une occasion qui se présente tous les jours.
Plusieurs personnes ont besoin d'une petite dose de motivation supplémentaire pour grimper 15, 30 ou 45 marches en sortant du métro.
Pendant une période d'observation pas du tout scientifique à la station Bonaventure, à 8h jeudi dernier, Le Devoir a constaté à Montréal le même phénomène observé par Ross Andersen à Baltimore. Entre l'arrivée de deux rames de métro, les quelques passants empruntent les escaliers mécaniques. Mais quand la foule s'engouffre et qu'une file commence à se former, de nombreuses personnes affrontent les quelque 45 marches.
Plusieurs hommes les grimpent même deux par deux ou en courant. D'autres usagers, plus calmes, montent tranquillement en lisant le journal ou en... textant sur leur cellulaire. Une dame dans la cinquantaine émerge en haut et affiche un air satisfait. «Pourquoi vous le faites?», lui demande-t-on. «C'est un bon cardio!», lance-t-elle.
Affichage efficace
En apposant simplement une affiche sur laquelle est inscrit «Pas de temps pour l'exercice? Prenez les marches!», Ross Andersen a réussi à motiver 5 % plus de femmes afro-américaines dans le métro de Baltimore. Il a en effet constaté qu'un signe culturellement significatif — dans ce cas, une jolie femme noire qui monte les marches avec le sourire — est beaucoup plus efficace qu'une affichette générique devant laquelle les Afro-Américaines passaient sans réagir, se dirigeant droit vers l'escalier mécanique. «Il faut un ensemble de signes différents qu'on change souvent, car les gens s'habituent. Comme Montréal est très multiculturelle, ça prendrait une affiche qui transcende ces cultures et qui peut être interprétée dans n'importe quelle langue», croit-il.
Les gérants de stations du métro de Baltimore ont conservé les affiches une fois l'expérience terminée: ils étaient heureux de la nouvelle fluidité de la circulation!
«Ça peut avoir l'air peu, le fait d'inciter 5 ou 10 % plus de gens à prendre les marches. Mais quand on extrapole cela à tous les usagers du métro, dit Ross Andersen, ça commence à faire beaucoup de monde. C'est très intéressant sur les plans de la santé publique et de la prévention.» Surtout qu'avec son réseau entièrement souterrain et ses stations souvent profondes, Montréal est vraiment idéale pour promouvoir la mise en forme dans le transport en commun, croit-il.
La STM écarte pour le moment l'idée d'installer des panneaux incitatifs au bas des escaliers du réseau montréalais. «Nous préconisons le libre choix des usagers», dit la porte-parole Isabelle Tremblay, soulignant que, de toute façon, «prendre le transport en commun est en soi bon pour la santé, qu'on emprunte les marches ou non».
Catherine Morency, titulaire de la Chaire de recherche Mobilité de l'École polytechnique, l'a même calculé! En se basant sur les données recueillies par le ministère des Transports dans son enquête Origine-Destination, elle a déterminé que les usagers du transport en commun font le quart de l'exercice physique quotidien recommandé, simplement en marchant de leur demeure ou de leur travail vers l'arrêt d'autobus ou la station de métro le plus près.
Sur YouTube, une vidéo, rapidement devenue virale, montre un escalier de métro transformé en véritable piano, dont chaque marche est une note de musique, devenir tout à coup populaire. Heureusement, pas besoin d'un dispositif aussi élaboré pour inciter les gens à fournir un petit effort.
Il va sans dire qu'un escalier étroit et sombre est peu attrayant, souligne Marie Demers, épidémiologiste à la Chaire Mobilité. Pour elle, la clé, c'est «attrait, accessibilité, sécurité». «On ne veut pas se punir dans la vie!», lance-t-elle, tout en précisant qu'il faut éviter les aberrations, comme l'impossibilité de marcher en toute sécurité de la station de métro ou de train jusqu'à destination.
Aux abords du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) en construction, la question du raccordement au métro Vendôme est d'ailleurs toujours à l'étude. Y aura-t-il un tunnel et des aménagements pour les piétons?
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Ces stations qui vous veulent du bien
Beaudry et Université-de-Montréal
Là, vous avez le choix entre un trottoir roulant qui s'étend presque à l'infini et plusieurs flopées de marches espacées de pentes bien senties. Que vous choisissiez de marcher sur l'une ou l'autre des voies qui s'offrent à vous, vos cuisses et vos fesses vous en remercieront (et votre coeur, par la même occasion)!
De l'Église, Lucien-L'Allier et Bonaventure
Ces stations sont parmi les plus profondes du réseau: leurs marches sont à l'avenant, nombreuses! Aurez-vous le courage de grimper les trois longs escaliers qui permettent d'émerger de la station De l'Église?
Jean-Talon
Sa profondeur en fait une station riche pour la marche, mais, alors qu'à Lionel-Groulx deux lignes se croisent sans douleur, ici les couloirs sont rois. Lorsqu'on émerge d'un train de la ligne bleue pour se rendre rue Saint-Hubert, on doit non seulement enfiler de (très) nombreuses marches, mais également de longs tunnels. Une bonne promenade de santé qu'on peut poursuivre sur la Plaza Saint-Hubert ou au marché Jean-Talon.
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