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L'oncologue Jean Latreille hérite du dossier du cancer au Québec

Amélie Daoust-Boisvert   19 janvier 2012  Santé
Alors que le registre du cancer québécois n'est toujours pas fonctionnel, les attentes envers le Dr Jean Latreille, nommé hier à la tête de la Direction québécoise du cancer, sont très élevées. L'oncologue annonce d'emblée qu'il va apporter du «changement» dans la lutte contre le cancer.

La publication, hier, des dernières données de Statistique Canada sur le cancer, mettait en lumière un des défis qui attendent le Dr Latreille. En effet, ces chiffres pancanadiens excluent le Québec. Pourquoi? Le registre du cancer promis par le gouvernement Charest n'est toujours pas opérationnel, et le partage des données, impossible.

En entrevue hier, le Dr Latreille ne voulait pas promettre prématurément un registre fonctionnel au printemps. Selon son observation de la situation en Montérégie, où il pratique, la saisie des données dans le registre va bon train. «J'ai bon espoir pour le printemps, dit-il, si on n'y arrive pas, je vais être vraiment fâché!» Il souhaite détailler son plan d'action d'ici deux mois. «J'ai l'intention d'insister sur la prévention», dit-il déjà.

Des espoirs


Pour Sylvie Salvail, il est plus ou moins réaliste d'espérer que les données de 2011 figurent au registre du cancer à la date buttoir du 31 mars. La présidente de l'Association des registraires en oncologie, les archivistes médicaux qui nourrissent le registre du cancer, fait état de retards dus au manque de main-d'oeuvre et de ressources informatiques. Plusieurs hôpitaux tardent à mettre en place leur registre local, observe Mme Salvail. Elle se réjouissait hier de l'arrivée du Dr Latreille dans le dossier, mais elle espère beaucoup plus.

Le Dr Latreille, qui a participé comme chercheur à des études cliniques sur des médicaments financées par l'industrie pharmaceutique, laissera tomber ce volet de sa carrière scientifique pour assurer ses nouvelles fonctions au sein du ministère de la Santé, indique-t-il au Devoir. Oncologue d'expérience, très impliqué, il doit aussi mettre de côté ses responsabilités au sein du Centre intégré de cancérologie de la Montérégie et du Réseau cancer Montérégie. Il continuera toutefois à suivre ses patients à l'hôpital Charles-Lemoyne et à enseigner à l'Université de Sherbrooke.

C'est l'an dernier que la Direction de lutte contre le cancer a été renommée Direction québécoise du cancer. Mais ce changement d'appellation n'a pas été suivi d'actions, dénonce la Coalition priorité cancer. Cette dernière fonde beaucoup d'espoir dans l'arrivée du Dr Latreille, et espère des «gestes concrets» pour la lutte contre le cancer.


Le cancer progresse, la survie aussi

Prévalence (pour 100 000 personnes) sur dix ans des principaux cancers au 1er janvier 2008
 


Hommes Femmes
Prostate 1016
Sein 6 904
Colorectal 326 275
Peau 114 111
Poumons et bronches 107 117
Lymphone non hodgkinien 110 97

Source: Statistique Canada, Tendances de la prévalencedu cancer au Canada, 18 janvier 2012



La prévalence des cancers a augmenté de 2,1 % par année entre 1997 et 2008 au Canada, soulignait hier Statistique Canada en dévoilant les données sur le cancer de 1997 à 2008. La situation est attribuable à une meilleure survie et au vieillissement de la population, l’incidence de la majeure partie des cancers augmentant avec l’âge.

Le cancer du foie est celui qui a connu la plus forte progression sur dix ans, ce qui pourrait être dû à l’augmentation des infections par les virus de l’hépatite B et C, et aux taux croissants de diabète et d’obésité. La prévalence des cancers les plus courants, comme ceux de la prostate et du sein, a également augmenté.

Contrairement à l’incidence — le nombre de nouveaux cas —, la prévalence comprend toutes les personnes qui ont souffert d’un cancer, sans distinction entre les nouveaux et les anciens cas. «C’est une bonne nouvelle», de lancer le nouveau directeur de la Direction québécoise du cancer, le Dr Jean Latreille, au sujet de ces données. «Ça veut dire que plus de gens survivent», explique-t-il, mais reste à savoir à quel point leur qualité de vie s’en trouve affectée.

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