Santé - Qui paiera?
La rencontre des premiers ministres des provinces s'est terminée, hier, sur un constat prévisible: malgré la bonne entente de façade, les intérêts sont de plus en plus divergents en matière de financement de la santé. Si le fédéralisme canadien n'est pas le pire système qu'on puisse imaginer, il devient de moins en moins équitable.
Les dépenses en santé grimpent à un rythme plus rapide que l'économie, on le sait. Le vieillissement explique une partie du phénomène, mais il y a plus.
Dans un ouvrage publié en 1993, le Prix Nobel d'économie Robert W. Fogel démontrait que la fraction des revenus des ménages consacrée à la santé, à l'éducation et aux loisirs avait crû plus rapidement que leurs revenus au cours des cent années précédentes aux États-Unis. À l'inverse, la part du même revenu consacrée au logement, à l'habillement et à la nourriture avait diminué. Au rythme où vont les choses, écrivait-il, les Américains consacreront non plus 16 %, mais 29 % de leur PIB à la santé en 2040... et ce n'est que normal.
Dans une analyse très pertinente publiée le mois dernier dans Optimum Online, l'économiste Gérard Bélanger de l'Université Laval reprenait ces données à son compte pour démontrer que l'on fait fausse route en croyant pouvoir renverser une tendance aussi fondamentale. Selon lui, les nouvelles technologies, les médicaments et la réorganisation perpétuelle des services ne conduiront jamais à une réduction des dépenses totales consacrées à la santé contrairement à d'autres activités, telles l'agriculture et la fabrication des biens qui ont profité des gains de productivité de l'industrialisation. Au contraire, plus on comprend la maladie, plus on découvre de nouveaux traitements et plus la part de nos revenus consacrée à notre santé s'accroît.
Le problème n'est donc pas de savoir comment stopper la croissance de la demande ou de l'offre de soins, mais qui payera.
Bien sûr, il faut redoubler d'efforts sur le front de l'organisation des services. Mais comme cela ne fera que ralentir la croissance des coûts sans l'arrêter, qu'améliorer la qualité sans diminuer la quantité de soins prescrits, la question du payeur demeure.
C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la décision du premier ministre Harper d'indexer la croissance future des transferts en santé à celle du PIB, sans égards aux besoins. Cela signifie qu'Ottawa renvoie les provinces moins riches, ou plutôt les abandonne à leurs «responsabilités». Non seulement devront-elles réduire leurs prestations ou y consacrer une part insoutenable de leurs PIB respectifs, mais, ce faisant, elles subiront les pressions inflationnistes exercées par les provinces plus riches, en mesure d'offrir de meilleurs salaires à leurs professionnels.
Le problème pourrait être atténué grâce à la péréquation, mais là encore, Ottawa a imposé un plafond qui réduira les revenus des provinces bénéficiaires. Malgré cela, le même gouvernement fédéral continue de contrôler le régime grâce aux conditions imposées dans la Loi canadienne sur la santé qui fait la fierté du Canada.
À moins d'une hausse majeure du fardeau fiscal dans les provinces moins nanties et d'une privatisation accélérée des services jugés «accessoires», la qualité des soins ira en se détériorant dans la plupart des provinces au cours des prochaines années. Voilà pourquoi, au nom de la santé de l'équité, les gouvernements des provinces doivent maintenir la pression sur Ottawa.
Les dépenses en santé grimpent à un rythme plus rapide que l'économie, on le sait. Le vieillissement explique une partie du phénomène, mais il y a plus.
Dans un ouvrage publié en 1993, le Prix Nobel d'économie Robert W. Fogel démontrait que la fraction des revenus des ménages consacrée à la santé, à l'éducation et aux loisirs avait crû plus rapidement que leurs revenus au cours des cent années précédentes aux États-Unis. À l'inverse, la part du même revenu consacrée au logement, à l'habillement et à la nourriture avait diminué. Au rythme où vont les choses, écrivait-il, les Américains consacreront non plus 16 %, mais 29 % de leur PIB à la santé en 2040... et ce n'est que normal.
Dans une analyse très pertinente publiée le mois dernier dans Optimum Online, l'économiste Gérard Bélanger de l'Université Laval reprenait ces données à son compte pour démontrer que l'on fait fausse route en croyant pouvoir renverser une tendance aussi fondamentale. Selon lui, les nouvelles technologies, les médicaments et la réorganisation perpétuelle des services ne conduiront jamais à une réduction des dépenses totales consacrées à la santé contrairement à d'autres activités, telles l'agriculture et la fabrication des biens qui ont profité des gains de productivité de l'industrialisation. Au contraire, plus on comprend la maladie, plus on découvre de nouveaux traitements et plus la part de nos revenus consacrée à notre santé s'accroît.
Le problème n'est donc pas de savoir comment stopper la croissance de la demande ou de l'offre de soins, mais qui payera.
Bien sûr, il faut redoubler d'efforts sur le front de l'organisation des services. Mais comme cela ne fera que ralentir la croissance des coûts sans l'arrêter, qu'améliorer la qualité sans diminuer la quantité de soins prescrits, la question du payeur demeure.
C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la décision du premier ministre Harper d'indexer la croissance future des transferts en santé à celle du PIB, sans égards aux besoins. Cela signifie qu'Ottawa renvoie les provinces moins riches, ou plutôt les abandonne à leurs «responsabilités». Non seulement devront-elles réduire leurs prestations ou y consacrer une part insoutenable de leurs PIB respectifs, mais, ce faisant, elles subiront les pressions inflationnistes exercées par les provinces plus riches, en mesure d'offrir de meilleurs salaires à leurs professionnels.
Le problème pourrait être atténué grâce à la péréquation, mais là encore, Ottawa a imposé un plafond qui réduira les revenus des provinces bénéficiaires. Malgré cela, le même gouvernement fédéral continue de contrôler le régime grâce aux conditions imposées dans la Loi canadienne sur la santé qui fait la fierté du Canada.
À moins d'une hausse majeure du fardeau fiscal dans les provinces moins nanties et d'une privatisation accélérée des services jugés «accessoires», la qualité des soins ira en se détériorant dans la plupart des provinces au cours des prochaines années. Voilà pourquoi, au nom de la santé de l'équité, les gouvernements des provinces doivent maintenir la pression sur Ottawa.








