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Santé - Qui paiera?

Jean-Robert Sansfaçon   18 janvier 2012  Santé
La rencontre des premiers ministres des provinces s'est terminée, hier, sur un constat prévisible: malgré la bonne entente de façade, les intérêts sont de plus en plus divergents en matière de financement de la santé. Si le fédéralisme canadien n'est pas le pire système qu'on puisse imaginer, il devient de moins en moins équitable.

Les dépenses en santé grimpent à un rythme plus rapide que l'économie, on le sait. Le vieillissement explique une partie du phénomène, mais il y a plus.

Dans un ouvrage publié en 1993, le Prix Nobel d'économie Robert W. Fogel démontrait que la fraction des revenus des ménages consacrée à la santé, à l'éducation et aux loisirs avait crû plus rapidement que leurs revenus au cours des cent années précédentes aux États-Unis. À l'inverse, la part du même revenu consacrée au logement, à l'habillement et à la nourriture avait diminué. Au rythme où vont les choses, écrivait-il, les Américains consacreront non plus 16 %, mais 29 % de leur PIB à la santé en 2040... et ce n'est que normal.

Dans une analyse très pertinente publiée le mois dernier dans Optimum Online, l'économiste Gérard Bélanger de l'Université Laval reprenait ces données à son compte pour démontrer que l'on fait fausse route en croyant pouvoir renverser une tendance aussi fondamentale. Selon lui, les nouvelles technologies, les médicaments et la réorganisation perpétuelle des services ne conduiront jamais à une réduction des dépenses totales consacrées à la santé contrairement à d'autres activités, telles l'agriculture et la fabrication des biens qui ont profité des gains de productivité de l'industrialisation. Au contraire, plus on comprend la maladie, plus on découvre de nouveaux traitements et plus la part de nos revenus consacrée à notre santé s'accroît.

Le problème n'est donc pas de savoir comment stopper la croissance de la demande ou de l'offre de soins, mais qui payera.

Bien sûr, il faut redoubler d'efforts sur le front de l'organisation des services. Mais comme cela ne fera que ralentir la croissance des coûts sans l'arrêter, qu'améliorer la qualité sans diminuer la quantité de soins prescrits, la question du payeur demeure.

C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la décision du premier ministre Harper d'indexer la croissance future des transferts en santé à celle du PIB, sans égards aux besoins. Cela signifie qu'Ottawa renvoie les provinces moins riches, ou plutôt les abandonne à leurs «responsabilités». Non seulement devront-elles réduire leurs prestations ou y consacrer une part insoutenable de leurs PIB respectifs, mais, ce faisant, elles subiront les pressions inflationnistes exercées par les provinces plus riches, en mesure d'offrir de meilleurs salaires à leurs professionnels.

Le problème pourrait être atténué grâce à la péréquation, mais là encore, Ottawa a imposé un plafond qui réduira les revenus des provinces bénéficiaires. Malgré cela, le même gouvernement fédéral continue de contrôler le régime grâce aux conditions imposées dans la Loi canadienne sur la santé qui fait la fierté du Canada.

À moins d'une hausse majeure du fardeau fiscal dans les provinces moins nanties et d'une privatisation accélérée des services jugés «accessoires», la qualité des soins ira en se détériorant dans la plupart des provinces au cours des prochaines années. Voilà pourquoi, au nom de la santé de l'équité, les gouvernements des provinces doivent maintenir la pression sur Ottawa.
 
 
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  • D.Lafrenière - Abonné
    18 janvier 2012 07 h 20
    Un ou l'autre
    Si les provinces ne veulent pas prendre leur responsabilitées , elles n'ont à offrir au fédéral de s'occuper entièrement de la santé. De cette manière, partout au Canada nous aurons les même soins au même prix. Mais ça réduira le pouvoir des provinces face a un fédéral encore plus gros, fort et important.
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  • François Ricard - Abonné
    18 janvier 2012 07 h 34
    Des choix de société
    Lors de l'instauration du programme canadien de la Santé le fédéral s'était engagé à en défrayer 50% des coûts.
    Puis Martin a sensiblement diminué la portion du fédéral. Et maintenant Harper fait de même. Tellement que la portion du fédéral n'est que de 20% maintenant.
    100 milliards pour la guerre en Afghanistan, 110 milliards pour des avions et des frégates, 21 milliards pour des prisons...
    On peut pas tout avoir: c'est cela ou la santé.
    Alors Messieurs-Dames des provinces, tous vos sparages, tous vos déchirements de chemise, nous le savons, c'est pour donner un bon spectacle qui sera, comme dans le passé et aussi dans l'avenir, sans fruit.
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  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    18 janvier 2012 08 h 08
    La manoeuvre
    La manoeuvre politique est astucieuse. Les provinces devront enfin apprendre à gérer correctement leur budget. S'ensuivra un recours obligé à l'entreprise privée, d'où la généralisation d'un régime à deux vitesses. Finalement, la Loi canadienne sur la santé, «fierté du Canada», disparaîtra par pans entiers sous prétexte de l'exclusivité de la prérogative provinciale. Harper a été clair: le fédéral n'a rien à voir en santé. L'action des conservateurs se situe dans le droit fil de leur pensée politique.

    Qui a dit: les libéraux font de belles promesses qu'ils ne tiennent pas, les conservateurs font l'inverse.

    Pierre Desrosiers
    Val David
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  • Denis Miron - Inscrit
    18 janvier 2012 10 h 16
    Sinon...
    Faudra faire appel à Guy Nantel et médecins sans frontière pour s'occuper des sans-abris fiscaux. (99%). Ceux qui ne seront pas contents, devront s'exprimer de façon très polis, car l'argent épargné du système de santé ira sans aucun doute vers la construction de prisons.
    L'efficacité oblige...et de plus, des F-35, c'est pas donné.
    Libéraux et conservateurs sont au service du même 1%. Seule l'approche est différente, l'un est autoritaire et l'autre est menteur, mais le but visé est le même. Maintenir l'enrichissement du 1%. Dans quelques années, on parlera peut-être tout bas du 0.1% quand toute dissidence sera interdite. Chut...! Le modèle Chinois est très efficace, n'est-ce pas?
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  • Maco - Abonné
    18 janvier 2012 10 h 19
    Nous!
    Qui d'autres?
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  • Roland Berger - Abonné
    18 janvier 2012 11 h 40
    Et la formation et la pratique médicales
    « Le problème n'est donc pas de savoir comment stopper la croissance de la demande ou de l'offre de soins, mais qui payera », écrit Monsieur Sansfaçon. Et voilà écartée une refonte en profondeur de la formation et de la pratique médicale comme une des solutions importantes à la limitation des coûts des soins de santé. Il faut en effet que les médecins généralistes retournent à l'école pour sortir de la « symptomanie » qui règle leur profession depuis des décennies.
    La prescription de médicaments fait taire des symptômes, mais engendre inévitablement d'autres problèmes de santé, problèmes passés sous silence par les richissimes compagnies pharmaceutiques. Peut-être faudrait-il aussi créer deux classes de médecins, comme on a créé deux classes d'infirmiers et d'infirmières : les médecins formés au diagnostique des symptômes et des médecins capables de remonter aux causes profondes des maux dont souffrent les malades.
    Roland Berger
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  • erebe - Inscrite
    18 janvier 2012 12 h 50
    Le privé, mais à quel prix?
    J'entends déjà les commentaires des gens qui trouvent que la Santé au Québec, c'est un état dans l'État, qu'ils faut réorganiser le système. C'est vrai que c'est lourd! Mais comment faire cette réorganisation sans donner plus de place au privé? Et si on le fait, y va falloir réglementer serré pour éviter les dérapages comme on voit aux États-Unis!
    Réorganiser dans le privé, c'est facile. On coupe. Ça s'appelle rationalisation. Dans le public, c'est une autre histoire, parce que là on parle de services directs aux citoyens, d'un paquet de travailleurs avec des conventions collectives et d'une structure en «béton armée». Mais comme disent les optimistes, retroussons-nous les manches et allons-y!
    Je pense à Noël qui vient de passer, avec une nouvelle clientèle de ''pauvres'', les travailleurs (euses) au salaire minimum qui sont obligés de fréquenter les banques alimentaires pour finir leur fin de mois. Auront-ils l'argent pour se soigner, déjà que des familles n'ont pas de médecin et que les listes d'attente débordent! Nathalie Alarie
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  • armand guindon - Inscrit
    18 janvier 2012 14 h 06
    Les Initiatives
    Imaginez 2.5 ou 3 millions de québecquois qui ne font pas leurs déclarations d'impôts au fédéral cette année.
    Imaginez le messages envoyé à ce gouvernement auquel nous ne sentons aucune
    appartenance.
    Plantons la graine qui saura germer
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  • Maco - Abonné
    18 janvier 2012 15 h 30
    WOOOO Erebe
    Le privé n'est pas la panacée. Que ce soit le privé ou le public ... c'est nous qui payons! Ça ne change pas, sauf qu'au privé, tu en as moins pour ton argent. Le miracle du privé ne se manifeste pas par une crise cardiaque moins grave! Mais pour sur, le coût associé à ton traitement sera plus ... grave.

    Le privé n'est garant que d'une chose... le profit. Allez, va te faire soigné aux États-Unis et l'on s'en reparle, d'accord.
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  • SNost - Abonné
    19 janvier 2012 12 h 08
    Rôle du fédéral
    Le fédéral n'a pas d'expertise en santé et n'aurait jamais dû le financer. Pourquoi s'encombrer encore d'un autre niveau de gouvernement?
    Il aurait dû plutôt bonifier les transferts en général, en considérant l'augmentation des besoins en santé.

    Mais les libéraux ont toujours été de grands piétineurs de responsabilité provinciale, alors nous vivons avec cet héritage. Il faut assumer son fédéralisme, petit peuple québécois.
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  • Une pensee differente - Inscrit
    19 janvier 2012 12 h 29
    Qui paiera? Moi, toi, lui puis elle, NOUS!
    D’accord, nous paierons!

    Mais faite gaffe, car nous allons vous demander nos taxes car plus besoin de soutenir des armées des fonctionnaires et leurs grasses convention collectives et leurs grasses pensions!

    Et je suis persuadé que, même aux prix américains, vous aller trouvez que c’est bien payé quand tu as les soins que tu as besoin, quand tu as besoins, et non pas dans un an ou deux! Ou encore mieux, après ta mort! (Permettez mois de penser que je parle en connaissance de cause car j’ai habité pendent 5 ans au sud de la frontière, mon beau-frère y habite encore et j’ai plein, plein, plein d’ami là bas.)

    Non, nous n’avons pas un système de santé avec des médecins et leurs cadres auxiliaires! Nous avons un système des fonctionnaires! C’est le résultat du manque d’imputabilité qui nous à été enseigné durant les dernier décennies! Car je n’en connais pas un qui paye un cent noirs dans le privé quand il est traité de la manière de laquelle nous le sommes dans notre merveilleux système publique!

    Ce genre de système a été crée d’une noble idée mais ce sont les incompétents et les paresseux qui y ont trouvé refuge, malheureusement. Puis il y en a parmi nous… Regardez, aux alentours mes cher(e)s concitoyen(ne)s.

    A les amis.
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  • SNost - Abonné
    19 janvier 2012 13 h 29
    @Une pensée differente
    Les USA n'ont pas de fonctionnaires vous dites? Je crois que vous ne connaissez pas bien medicare et medicaid. En plus, ils ont une armée d'assureurs, qui eux ne se gènent pas pour créer de la paperasse et des modalités de remboursement bidon... Il faut l'inclure dans l'équation.

    On voit que vous n'avez pas subi de chirurgie récemment. Moi ça m'est arrivé à la suite d'un accident et j'ai été pris en charge rapidement, avec une grande qualité à tous les niveaux. Même avec beaucoup de mauvaise volonté, je ne peux pas être d'accord avec la manière dont vous dépeignez notre système de santé.
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  • Louise Hurteau - Abonnée
    20 janvier 2012 07 h 45
    @Une pensee differente
    Vous ne savez de toutes évidence, pas de quoi vous parler.

    Aux US - c'est le système privé de santé est le plus cher de tous les pays industrialisé, il en coute le double et c'est le moins performant, sauf en urgentologie.

    Une famille de 4: entre 350$ et 850$ par mois, selon l'endroit et la santé des assurés 5K de déductible par année par personne, donc un accident d'auto avec toute la famille va couté 20K en déductible. Il y a aussi les pré-conditions, faut pas être malade pour être assuré - n'oublions pas, ce sont des assureurs, des organismes a but LUCRATIF. 60% des faillites aux US sont causés par les frais de santé, ils vivent moins vieux que tous les pays industrialisés et ont le taux de mortalité infantile équivalent à un pays du tiers monde.

    Ajoutons à ca qu'il y a au delà de 40 millions de personnes sans assurance (plus que la population du Canada).

    La décision de Harper est de suivre la ligne du National Citizens Coaltion, n'importe qui qui a suivi les pommes de route de Harper, sait très bien qu'il suit le mandat de cet organisme de lobby de droite qu'il a présidé pendant 5 ans, soit de 1997 à 2002. L'abolition du long formulaire de census, l'abolition de la commission canadienne du blé et l'abolution du système de santé publique sont des points majeurs que le National Citizen Coalation combat depuis 40 ans. Harper ne travaille pas pour les Canadiens, il travaille pour le NCC.
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  • Axerix - Inscrit
    22 janvier 2012 11 h 56
    OK pour moins de fonds du fédéral
    Mais surtout pour moins d'interventions dans les juridictions provinciales.
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