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Services à domicile aux aînés: quels sont les vrais chiffres?

Jacques Fournier - Organisateur communautaire retraité  30 décembre 2011  Santé
Dans Le Devoir du 16 décembre, le Dr Réjean Hébert, de l'Université de Sherbrooke, plaide pour un financement accru des services à domicile destinés aux aînés. La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, réplique au Dr Hébert dans Le Devoir du 22 décembre 2011, car elle n'est pas d'accord avec son analyse des sommes réellement investies dans les services à domicile. Le Dr Hébert dit que le MSSS y investit un peu plus de 400 millions $ annuellement, alors que Mme Blais allègue que c'est la somme de 587 millions $ qui y est consacrée.

Or le chiffre plus élevé de Mme Blais inclut peut-être erronément certains montants. Si on analyse les données précises du budget 2011-2012, c'est plutôt la somme de 463 millions $ qui irait aux aînés au titre des services à domicile.

Comment expliquer cette différence? Peut-être parce que Mme Blais inclut dans son total des montants qui ne devraient normalement pas y être, comme le montant investi dans le PEFSAD (Programme d'exonération financière pour les services d'aide domestique). Ce montant était de 58 millions $ en 2009-2010. Il faut noter que seulement 67 % du PEFSAD va aux 65 ans et plus (au 31 mars 2009).

Qu'est-ce qui peut faire croire que Mme Blais a inclus le PEFSAD dans son total? Elle mentionne «50 millions $» comme somme nouvelle ajoutée aux services à domicile en mars 2011. Or ces 50 millions incluent justement 5 millions $ de plus pour les entreprises d'économie sociale, les EESAD. Elle aurait donc récemment pris l'habitude d'ajouter systématiquement le PEFSAD aux grands totaux, contrairement aux calculs faits par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) quand ce dernier compare les provinces canadiennes.

Autres sources de confusion


La ministre insiste aussi lourdement sur le crédit d'impôt remboursable pour les services à domicile. Or ce crédit d'impôt ne bénéficie pas aux plus démunis, mais à la classe moyenne (revenu familial de moins de 52 080 $), celle qui a les moyens de payer 70 % des coûts, le crédit d'impôt étant de 30 %.

Il existe aussi une autre source possible de confusion: les services à domicile des aînés ne sont qu'une composante de l'ensemble des services à domicile. Ces derniers, plus larges, comprennent aussi, par exemple, les services des infirmières à domicile pour les soins postopératoires et post-hospitalisation (dont les moins de 65 ans), le soutien à domicile des personnes handicapées, etc. Le grand total des services à domicile était de 982 millions en 2008-2009. Il y a peut-être parfois confusion dans l'affectation précise de certaines sommes.

Autre élément qui rend difficile l'analyse des données: à compter de 2008, le gouvernement Charest avait annoncé 80 millions $ de plus par année pendant cinq ans pour les services à domicile, mais on n'a pas vu le versement concret de cette somme après 2009. De plus, on ne trouve pas dans les données accessibles au public sur Internet les sommes «réellement nouvelles» qui ont été affectées aux services à domicile des aînés pour les années 2009 à 2011.

Que de travail pour comprendre les données réelles! Et on garde le désagréable sentiment d'être parfois un peu manipulé...

***

Jacques Fournier - Organisateur communautaire retraité
 
 
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  • Yvon Bureau
    Abonné
    vendredi 30 décembre 2011 09h21
    Davantage des Soins à domicile : oui, oui, oui.
    Ce qui est certain et souhaitable, c'est que les soins à domicile se doivent d'être augmentés en grand nombre et significativement. Maintenant.

    Tant pour y vivre, tant pour y mourir dignement et librement.

    Merci Jacques; écrivez plus souvent en 2012. Vos écrits nous sont si utiles.

  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 30 décembre 2011 09h34
    Au pays des voeux pieux

    Dans la dernière phrase de ce texte, si simplement formulée pourtant, on sent si bien la fatigue et l'exaspération contenue:

    "Que de travail pour comprendre les données réelles! Et on garde le désagréable sentiment d'être parfois un peu manipulé..."

    Un peu manipulé...

    Une grave réalité s'y cache pourtant: les grandes annonces raflent du capital politique alors que les réalités auxquelles elles correspondent sont souvent des enchevêtrements inextricables ou les intentions annoncées rapetissent comme peau de chagrin.

    Mais qui prend la peine de s'intéresser à la réalité plus qu'aux annonces?

  • paumier1
    Abonné
    vendredi 30 décembre 2011 13h49
    Bravo !
    Bravo Jacques. Plus de transparence serait bienvenue de la part de ce gouvernement glauque.

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