Médecins de famille - Intérêts particuliers
Sur un ring improvisé nommé système de santé, omnipraticiens et spécialistes boxent une fois de plus. C'est officiellement au nom de la qualité d'un réseau où errent toujours deux millions de Québécois sans médecin. Mais la teneur des échanges laisse croire plutôt à un autre de ces feuilletons partisans desquels la population ne retire ni satisfaction, ni révolution.
Les joutes oratoires auxquelles se livrent les fédérations de médecins n'amélioreront pas d'un poil le fait que 25 % de la population du Québec doive attendre à l'urgence ou faire la tournée des cliniques sans rendez-vous au lieu de se tourner vers un médecin de famille. Ces querelles n'amusent pas la clientèle des salles d'attente, et ils ennuient les citoyens qui n'ont que faire des guerres de chiffres. Pour eux, une seule évidence: vite, un médecin!
Les jeux d'influence en santé n'ont rien d'inédit. En 1988, déjà, la Commission d'enquête sur la santé présidée par le Dr Jean Rochon avait conclu que le système était pris en otage par d'habiles groupes d'intérêts s'y étant constitués. Vingt ans plus tard, la même gangrène fait ses ravages. Les derniers jours ont permis d'assister à une tragi-comédie mettant en scène des acteurs en sarrau: un ministre de la Santé incapable d'arrêter une souque-à-la-corde médicale s'opérant sous ses yeux; un représentant des spécialistes traitant ses vis-à-vis omnipraticiens de paresseux; des médecins de famille remettant à l'avant-scène de douloureux écarts salariaux, et ce, tout juste après la clôture d'une négociation!
La pénurie de médecins de famille? Certains n'y croient plus, alors que d'autres jurent la subir au quotidien. Les hypothèses affluent, mais toujours, on tourne autour du pot: assez de médecins? Trop peu d'infirmières? Une organisation du travail déficiente? Un meilleur alliage public-privé? Maintes fois, ces constats ont été établis et on ne calcule plus les analyses brillantes qui s'empoussièrent dans les oubliettes du ministère. Les diagnostics ont été posés. On attend toujours le remède.
L'incapacité de ce système à se remettre en question là où il devrait le faire a fini par camper les fédérations de médecins, syndicats et ordres professionnels dans des rôles où chacun défend un morceau de pouvoir au lieu de tout mettre en oeuvre pour le bien-être des patients. Tous, ils refusent d'être réduits à des confréries de corporatistes, mais leur manière de s'époumoner en public laisse croire à une mise en veilleuse de leur mission première.
Certains, comme le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, flirtent avec l'insulte et accusent les omnipraticiens de s'abonner au temps partiel sitôt les études terminées. Derrière chacune de ses envolées, de même que celles de son homologue l'omnipraticien Louis Godin, se profilent les revendications d'une fédération de membres.
Et pour ajouter du piquant à cette sauce partisane, voilà qu'on y additionne la politique. La proximité du Dr Barrette avec la Coalition avenir Québec de François Legault n'a rien pour apaiser les tensions. Hier, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M. Legault, lui-même ex-ministre de la Santé jadis «otage» des lobbys, a répété que le Québec ne manquait pas de médecins de famille, contredisant là Yves Bolduc.
Le titulaire de la Santé aura besoin d'une forte dose de courage pour s'élever au-dessus des jeux d'influence, lui dont la répartie sanguine des derniers jours visait tout droit l'adversaire politique que constitue M. Legault. Les intérêts particuliers qui, semble-t-il, ont entaché jusqu'à un réseau de garderies faisant notre fierté, ne peuvent pas partout régner.
Les joutes oratoires auxquelles se livrent les fédérations de médecins n'amélioreront pas d'un poil le fait que 25 % de la population du Québec doive attendre à l'urgence ou faire la tournée des cliniques sans rendez-vous au lieu de se tourner vers un médecin de famille. Ces querelles n'amusent pas la clientèle des salles d'attente, et ils ennuient les citoyens qui n'ont que faire des guerres de chiffres. Pour eux, une seule évidence: vite, un médecin!
Les jeux d'influence en santé n'ont rien d'inédit. En 1988, déjà, la Commission d'enquête sur la santé présidée par le Dr Jean Rochon avait conclu que le système était pris en otage par d'habiles groupes d'intérêts s'y étant constitués. Vingt ans plus tard, la même gangrène fait ses ravages. Les derniers jours ont permis d'assister à une tragi-comédie mettant en scène des acteurs en sarrau: un ministre de la Santé incapable d'arrêter une souque-à-la-corde médicale s'opérant sous ses yeux; un représentant des spécialistes traitant ses vis-à-vis omnipraticiens de paresseux; des médecins de famille remettant à l'avant-scène de douloureux écarts salariaux, et ce, tout juste après la clôture d'une négociation!
La pénurie de médecins de famille? Certains n'y croient plus, alors que d'autres jurent la subir au quotidien. Les hypothèses affluent, mais toujours, on tourne autour du pot: assez de médecins? Trop peu d'infirmières? Une organisation du travail déficiente? Un meilleur alliage public-privé? Maintes fois, ces constats ont été établis et on ne calcule plus les analyses brillantes qui s'empoussièrent dans les oubliettes du ministère. Les diagnostics ont été posés. On attend toujours le remède.
L'incapacité de ce système à se remettre en question là où il devrait le faire a fini par camper les fédérations de médecins, syndicats et ordres professionnels dans des rôles où chacun défend un morceau de pouvoir au lieu de tout mettre en oeuvre pour le bien-être des patients. Tous, ils refusent d'être réduits à des confréries de corporatistes, mais leur manière de s'époumoner en public laisse croire à une mise en veilleuse de leur mission première.
Certains, comme le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, flirtent avec l'insulte et accusent les omnipraticiens de s'abonner au temps partiel sitôt les études terminées. Derrière chacune de ses envolées, de même que celles de son homologue l'omnipraticien Louis Godin, se profilent les revendications d'une fédération de membres.
Et pour ajouter du piquant à cette sauce partisane, voilà qu'on y additionne la politique. La proximité du Dr Barrette avec la Coalition avenir Québec de François Legault n'a rien pour apaiser les tensions. Hier, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M. Legault, lui-même ex-ministre de la Santé jadis «otage» des lobbys, a répété que le Québec ne manquait pas de médecins de famille, contredisant là Yves Bolduc.
Le titulaire de la Santé aura besoin d'une forte dose de courage pour s'élever au-dessus des jeux d'influence, lui dont la répartie sanguine des derniers jours visait tout droit l'adversaire politique que constitue M. Legault. Les intérêts particuliers qui, semble-t-il, ont entaché jusqu'à un réseau de garderies faisant notre fierté, ne peuvent pas partout régner.
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