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    Inégalités sociales - Mortelles injustices

    Le cri des indignés résonne encore au-dessus des campements désertés. Ce sont des rapports comme celui dévoilé hier par la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) qui permettront d'en relayer longtemps l'écho en dessinant clairement les contours de l'écart séparant les riches des pauvres. Le bilan de la DSP l'illustre de manière éloquente: l'injustice sociale tue.

    L'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'avait démontré en 2008: les inégalités sociales sont une question de vie ou de mort. Née en Suède ou au Japon, une petite fille a espoir d'étirer ses jours jusqu'à 80 ans. Apparue plutôt dans certains pays d'Afrique, la même enfant peut retrancher 35 années à son horizon. À l'intérieur même des pays, ces disparités s'observent; le Canada n'échappe pas à la règle, lui chez qui le fossé entre riches et démunis se creuse. Dans une ville comme Montréal, les inégalités se notent d'un coin de rue à l'autre. Les fortunés côtoient les moins nantis, mais, hormis un espace géographique similaire, ils ont peu en commun.

    Vingt-deux mille ménages y sont en attente d'un logement abordable; cinq ans s'écouleront avant qu'ils y aient accès. Dans la catégorie des revenus les plus bas, le taux de mortalité est deux fois plus élevé. Sur le territoire du CLSC Hochelaga-Maisonneuve, l'espérance de vie est de 74 ans; dans les environs prospères du CLSC Saint-Laurent, elle s'étire de 11 années. Pourtant destinés entre autres aux enfants issus des milieux les moins favorisés, afin de soutenir leur développement, les CPE sont moins fréquentés par les enfants pauvres. Les facteurs de risque se multiplient chez les nouveau-nés des mères pauvres, un fait troublant compte tenu du fait que le nombre de naissances augmente chez les parents à faible revenu (croissance de 4 %) et diminue chez les riches (baisse de 14,5 %).

    Chez les groupes les plus vulnérables, les luttes sont multiples pour garder le corps et la tête en santé. Comme autant d'obstacles à une vie saine, la privatisation du réseau de la santé, l'accès déficient à des soins dentaires ou de psychothérapie, le coût d'une bonne alimentation, des conditions néfastes de logement, tout cela se dresse sur la route des exclus. Les effets pervers sur la santé ne sont pas théoriques: même si les femmes de milieux défavorisés sont moins susceptibles de développer un cancer du sein, leur taux de mortalité est égal et même supérieur à celui des fortunées. Les inégalités sociales sont bel et bien mortelles.

    Au rythme où vont nos politiques, il faudra cent ans pour réduire ces écarts malsains. Une action urgente menée par les différents paliers de gouvernements permettrait d'effacer les inégalités en l'espace d'une génération, c'est du moins l'analyse qu'en fait le Dr Richard Lessard, directeur de la santé publique de Montréal. Oui, la hausse des revenus d'aide sociale, un meilleur accès au logement social et l'équité en matière d'accès aux programmes sociaux sont des leviers à actionner de manière prioritaire.

    Mais que l'on tente aussi de mieux comprendre ce groupe social. Comment? D'abord, en s'y intéressant. La pauvreté colore nombre de rapports en mode catastrophiste, mais donne rarement lieu à des actions politiques percutantes; sans doute en partie parce qu'on ne daigne pas s'y attarder véritablement, une critique qui échoit aussi aux médias. Alors qu'on s'active à remplir les bas de la Guignolée en mode grand luxe, il serait peut-être utile de penser offrir aussi espace et temps d'antenne pour mieux raconter le quotidien des plus démunis.












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