Système de santé au Québec - 500 000 accidents de soins en un an

C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.

Au cours de la dernière année, il y a eu environ un demi-million d'«accidents de soins» dans le système de santé québécois. Ces chiffres, avancés cette semaine par l'avocat Jean-Pierre Ménard, qui œuvre dans le domaine des erreurs médicales depuis longtemps, doivent être rendus publics au mois de décembre par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Ce chiffre d'un demi-million regroupe autant les incidents n'ayant eu aucun impact sur les patients, entre autres parce qu'ils ont été détectés à temps, que les accidents ayant entraîné des conséquences, ces conséquences pouvant aller jusqu'au décès du patient. Sans vouloir s'avancer à donner de ratio précis dans ce domaine, Me Ménard croit qu'on peut compter environ 90 % d'incidents pour 10 % d'accidents.

Ce sont les erreurs liées à la médication qui sont les plus nombreuses à causer des accidents, suivies en cela par les chutes. Avec le registre, «on va pouvoir identifier les 10 erreurs médicales les plus fréquentes», se réjouit Me Ménard en entrevue, et par conséquent tenter d'y remédier. Me Ménard s'est battu pour que ce registre soit mis en place, et s'apprête à réclamer un plan d'action pour la prévention des erreurs médicales.

C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.

«Ce sera une première dans le monde», dit Me Ménard, qui ajoute cependant que la sous-déclaration est un problème récurent dans ce domaine. «On est encore loin de tout déclarer», commente-t-il.

Considérant que le Québec n'est sans doute ni mieux ni pire que d'autres pays du monde au chapitre des erreurs médicales, Me Ménard croit cependant que la transparence dans le réseau de la santé est une vertu qui aurait tout à gagner à être mieux cultivée. À cet égard, il cite le cas d'un patient qui s'était fait opérer à la prostate après qu'une erreur administrative lui eut attribué à tort le diagnostic de cancer de quelqu'un d'autre! Avisé de l'erreur immédiatement après l'opération par son médecin, le patient s'est dit soulagé malgré tout de pouvoir ainsi maintenir sa confiance envers son docteur...

«Les médecins n'ont pas la déclaration facile», ajoute cependant Me Ménard. Plus tôt cette année, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Yves Bolduc, avait en effet admis que la mise en place du registre, prévue par la loi depuis 2002, avait été lente parce que les établissements de santé «étaient hésitants à rendre l'information disponible». Pourtant, la transparence du corps médical tend à faire baisser le nombre de poursuites.

«Les gens acceptent que les médecins se trompent, mais ils n'acceptent pas qu'ils les trompent», résume-t-il. Reste que le Québec affiche un taux d'indemnisation plus élevé que les autres provinces en ce qui a trait aux poursuites pour erreurs médicales. Ici, donc, 55 %, soit une majorité de victimes, sont indemnisées, contre moins du tiers dans les autres provinces, avance l'avocat.

Selon Me Ménard, les erreurs médicales ne sont pas anecdotiques, elles sont systémiques. On remarque en effet que les mêmes erreurs tendent à revenir souvent. En matière de médication, plusieurs erreurs sont liées à la mauvaise identification des médicaments. «Les fabricants font des contenants de médicaments qui se ressemblent beaucoup», dit Me Ménard. L'avocat s'est par exemple déjà occupé de plusieurs cas d'intoxication au chlorure de potassium, médicament qui peut causer la mort lorsque mal administré. Dans un cas, la bouteille de chlorure de potassium, non identifiée, avait été placée à côté de l'eau iodée, et une infirmière a confondu les deux contenants. L'établissement de santé a ensuite décidé de ne laisser le chlorure de potassium que dans un endroit sûr, et une tête de mort orne désormais les contenants. Les erreurs médicales surviennent aussi lorsque les pharmaciens lisent mal l'ordonnance, ou lorsque les pharmaciens, les infirmières ou les médecins ne portent pas attention aux interactions médicamenteuses. L'une des causes les plus célèbres est celle d'une jeune femme qui, s'étant fracturé un tibia, est morte d'avoir reçu trois fois du Dilaudid prescrit par trois urgentologues différents... Il arrive aussi qu'une infirmière administre par erreur un médicament par intraveineuse alors qu'il doit être administré par voie buccale, par exemple. Ainsi, Me Ménard propose que soit mis sur pied un protocole de révision et d'administration des médicaments qui réduirait ce nombre d'erreurs.

En matière de chutes, Me Ménard considère que certains correctifs pourraient aussi mieux assurer la sécurité des patients. «On pourrait baisser les pattes de lit, ou mettre des tapis à côté des lits», suggère-t-il.

Reste que l'intense pénurie de personnel qui frappe le système de santé, des infirmières aux médecins, a évidemment un effet négatif sur la sécurité des services. Un personnel fatigué par de longues heures supplémentaires au travail court plus de risques de commettre des erreurs qu'un personnel reposé et averti. Me Ménard cite le cas d'une infirmière qui avait repris le travail à huit heures du matin après l'avoir laissé à minuit, et qui a par erreur injecté de l'hyperalimentation à un nourrisson directement dans le cerveau plutôt que dans les veines de la tête, atrophiant du coup 40 % de son hémisphère. Dans ce cas, l'hôpital a été blâmé pour avoir mal géré les horaires du personnel, raconte Me Ménard...

Selon Me Ménard, il est faux de croire que les médecins plus âgés font moins d'erreurs que les plus jeunes. Il cite par exemple le cas d'un gynécologue de 25 ans d'expérience qui avait ligaturé une veine de sa patiente au lieu d'une trompe. La patiente est tombée enceinte peu après l'opération. «Après 25 ans de pratique, ce médecin se considérait tellement bon qu'il n'a pas vérifié le rapport de pathologie. S'il l'avait fait, il se serait rendu compte de son erreur.» Les jeunes recrues font cependant parfois des erreurs liées à l'inexpérience.

Me Ménard s'adressait cette semaine à des professionnels de la santé dans le cadre d'un 5 à 7 sur les erreurs médicales organisé par le groupe Espace santé.
15 commentaires
  • Nicole Poirier Carpe Diem Centre De Ressources Alzheimer - Abonnée 19 novembre 2011 04 h 40

    La pointe de l'iceberg

    Il est difficile pour des professionnels et des établissements de déclarer des erreurs quand il s'agit de patients qui sont en mesure de comprendre et de se défendre. Peut-on imaginer combien d'erreurs, d'incidents et d'accidents sont gardés sous silence quand il s'agit de personnes qui ont perdu l'usage de la parole et de la mémoire, qui sont sans défenses?
    Au-delà des erreurs dans l'administration des médicaments, il y a la sur-utilisation de psychotropes (antipsychotiques, anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs, etc) dans les milieux d'hébergement qui sont la cause de nombreuses chutes, d'atteinte à l'autonomie et de non respect de droits fondamentaux.
    Ces pratiques bien connues servent souvent à pallier au manque d'effectifs humains, à contourner une organisation non-adaptée ou à répondre aux pressions du personnel en manque de moyens et de formation.

    Les premières personnes à en faire les frais sont les personnes atteintes d'une maladie de type Alzheimer et les premières à entrer dans leur frais sont les compagnies pharmaceutiques. Et ce sont nos impôts qui financent ce système.

    Nicole Poirier
    Trois-Rivières

  • Clothaire - Inscrite 19 novembre 2011 06 h 20

    ERREUR OU NÉGLIGENCE ?

    Quand on refait la même erreur encore et encore, ne peut-on pas parler de négligence ?

  • Raynald Blais - Abonné 19 novembre 2011 07 h 09

    Réduction budgétaire et mammaire

    "Reste que l'intense pénurie de personnel qui frappe le système de santé, des infirmières aux médecins, a évidemment un effet négatif sur la sécurité des services."
    Curieusement le choix du mot "pénurie" qui signifie, "rareté de ce qui est nécessaire à une collectivité", me semble trompeur en évacuant la source de cette rareté, tout en protégeant l'infâme politique de réduire les services de l'État pour les remplacer par ceux du privé que les argentés peuvent se payer.
    Voici maintenant une anecdote à ajouter à ce triste chapitre: Une bonne amie, pour raison médicale, est admise à l'Hôtel-Dieu pour une réduction mammaire. De retour à la maison, elle reçoit un appel la priant de se présenter immédiatement à l'urgence car l'on venait de s'apercevoir que l'anesthésiste lui avait percé un poumon pendant l'intervention.

  • Jacques Lafond - Inscrit 19 novembre 2011 08 h 29

    Lea avocats ...

    Maître Ménard devrait plutôt se mêler des erreurs judiciaires, des délais d’attentes dans le système de justice, et des très nombreux avocats qui travaillent bien plus pour leurs poches que pour leurs clients.

    Un avocat est payé quand il y a un problème. Quand le problème est réglé, l’avocat n’est plus payé. L’avocat a donc un fort incitatif à créer des problèmes et à ne pas les régler.

    Maître Ménard devrait travailler là-dessus, au lieu de se mêler de ce qui ne le regarde pas dans les hôpitaux.

  • johanne fontaine - Inscrit 19 novembre 2011 09 h 06

    Triste anecdote; un 500,001e cas à archiver!

    Un mec sympa, allumé et volubile
    la mi-quarantaine,
    fumeur invétéré et alcoolo,
    consulte un psychiâtre
    et se consent à son internement
    une petite quinzaine durant,
    entre Noël et le Jour de l'An
    en vue d'un sevrage d'alcool.l

    Sous Effexor,
    neuroleptique contre-indiqué
    en pareil cas (alcool et cigarette),
    il se conforme,
    parfaitement "compliant"
    selon le jargon psychiâtrique,
    à la prescripton neuroleptique.

    Mi-janvier,
    de retour chez sa conjointe,
    après un souper pris au resto
    se croyant victime d'une indigestion
    au beau milieu de la nuit,
    victime d'un terrible malaise,
    seul et tout bêtement
    il crève en émettant un grand râle,
    dans un fauteuil
    sans que sa récente compagne au repos,
    elle, une infirmière en soins intensifs
    n'ait pu lui administrer
    le moindre secours!


    La succession échoit à la famille;
    la compagne
    de fraîche date est évincée,
    au profit des enfants...

    Apparemment,
    les liquidateurs
    n'on pas jugé bon
    d' informer
    le psychiâtre concerné
    de ces faits troublants...

    Un cinq cent mille et unième cas
    pour votre information,
    Me Jean-Pierre Ménard!

    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert