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    Système de santé au Québec - 500 000 accidents de soins en un an

    19 novembre 2011 |Caroline Montpetit | Santé
    C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.
    Au cours de la dernière année, il y a eu environ un demi-million d'«accidents de soins» dans le système de santé québécois. Ces chiffres, avancés cette semaine par l'avocat Jean-Pierre Ménard, qui œuvre dans le domaine des erreurs médicales depuis longtemps, doivent être rendus publics au mois de décembre par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Ce chiffre d'un demi-million regroupe autant les incidents n'ayant eu aucun impact sur les patients, entre autres parce qu'ils ont été détectés à temps, que les accidents ayant entraîné des conséquences, ces conséquences pouvant aller jusqu'au décès du patient. Sans vouloir s'avancer à donner de ratio précis dans ce domaine, Me Ménard croit qu'on peut compter environ 90 % d'incidents pour 10 % d'accidents.

    Ce sont les erreurs liées à la médication qui sont les plus nombreuses à causer des accidents, suivies en cela par les chutes. Avec le registre, «on va pouvoir identifier les 10 erreurs médicales les plus fréquentes», se réjouit Me Ménard en entrevue, et par conséquent tenter d'y remédier. Me Ménard s'est battu pour que ce registre soit mis en place, et s'apprête à réclamer un plan d'action pour la prévention des erreurs médicales.

    C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles.

    «Ce sera une première dans le monde», dit Me Ménard, qui ajoute cependant que la sous-déclaration est un problème récurent dans ce domaine. «On est encore loin de tout déclarer», commente-t-il.

    Considérant que le Québec n'est sans doute ni mieux ni pire que d'autres pays du monde au chapitre des erreurs médicales, Me Ménard croit cependant que la transparence dans le réseau de la santé est une vertu qui aurait tout à gagner à être mieux cultivée. À cet égard, il cite le cas d'un patient qui s'était fait opérer à la prostate après qu'une erreur administrative lui eut attribué à tort le diagnostic de cancer de quelqu'un d'autre! Avisé de l'erreur immédiatement après l'opération par son médecin, le patient s'est dit soulagé malgré tout de pouvoir ainsi maintenir sa confiance envers son docteur...

    «Les médecins n'ont pas la déclaration facile», ajoute cependant Me Ménard. Plus tôt cette année, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Yves Bolduc, avait en effet admis que la mise en place du registre, prévue par la loi depuis 2002, avait été lente parce que les établissements de santé «étaient hésitants à rendre l'information disponible». Pourtant, la transparence du corps médical tend à faire baisser le nombre de poursuites.

    «Les gens acceptent que les médecins se trompent, mais ils n'acceptent pas qu'ils les trompent», résume-t-il. Reste que le Québec affiche un taux d'indemnisation plus élevé que les autres provinces en ce qui a trait aux poursuites pour erreurs médicales. Ici, donc, 55 %, soit une majorité de victimes, sont indemnisées, contre moins du tiers dans les autres provinces, avance l'avocat.

    Selon Me Ménard, les erreurs médicales ne sont pas anecdotiques, elles sont systémiques. On remarque en effet que les mêmes erreurs tendent à revenir souvent. En matière de médication, plusieurs erreurs sont liées à la mauvaise identification des médicaments. «Les fabricants font des contenants de médicaments qui se ressemblent beaucoup», dit Me Ménard. L'avocat s'est par exemple déjà occupé de plusieurs cas d'intoxication au chlorure de potassium, médicament qui peut causer la mort lorsque mal administré. Dans un cas, la bouteille de chlorure de potassium, non identifiée, avait été placée à côté de l'eau iodée, et une infirmière a confondu les deux contenants. L'établissement de santé a ensuite décidé de ne laisser le chlorure de potassium que dans un endroit sûr, et une tête de mort orne désormais les contenants. Les erreurs médicales surviennent aussi lorsque les pharmaciens lisent mal l'ordonnance, ou lorsque les pharmaciens, les infirmières ou les médecins ne portent pas attention aux interactions médicamenteuses. L'une des causes les plus célèbres est celle d'une jeune femme qui, s'étant fracturé un tibia, est morte d'avoir reçu trois fois du Dilaudid prescrit par trois urgentologues différents... Il arrive aussi qu'une infirmière administre par erreur un médicament par intraveineuse alors qu'il doit être administré par voie buccale, par exemple. Ainsi, Me Ménard propose que soit mis sur pied un protocole de révision et d'administration des médicaments qui réduirait ce nombre d'erreurs.

    En matière de chutes, Me Ménard considère que certains correctifs pourraient aussi mieux assurer la sécurité des patients. «On pourrait baisser les pattes de lit, ou mettre des tapis à côté des lits», suggère-t-il.

    Reste que l'intense pénurie de personnel qui frappe le système de santé, des infirmières aux médecins, a évidemment un effet négatif sur la sécurité des services. Un personnel fatigué par de longues heures supplémentaires au travail court plus de risques de commettre des erreurs qu'un personnel reposé et averti. Me Ménard cite le cas d'une infirmière qui avait repris le travail à huit heures du matin après l'avoir laissé à minuit, et qui a par erreur injecté de l'hyperalimentation à un nourrisson directement dans le cerveau plutôt que dans les veines de la tête, atrophiant du coup 40 % de son hémisphère. Dans ce cas, l'hôpital a été blâmé pour avoir mal géré les horaires du personnel, raconte Me Ménard...

    Selon Me Ménard, il est faux de croire que les médecins plus âgés font moins d'erreurs que les plus jeunes. Il cite par exemple le cas d'un gynécologue de 25 ans d'expérience qui avait ligaturé une veine de sa patiente au lieu d'une trompe. La patiente est tombée enceinte peu après l'opération. «Après 25 ans de pratique, ce médecin se considérait tellement bon qu'il n'a pas vérifié le rapport de pathologie. S'il l'avait fait, il se serait rendu compte de son erreur.» Les jeunes recrues font cependant parfois des erreurs liées à l'inexpérience.

    Me Ménard s'adressait cette semaine à des professionnels de la santé dans le cadre d'un 5 à 7 sur les erreurs médicales organisé par le groupe Espace santé.
    C'est la première année que de telles données sur les erreurs médicales survenues dans les établissements de santé au Québec seront disponibles. Me Jean-Pierre Ménard<br />












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